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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 14:39

" Tu seras employable, mon fils, mais il n'y aura plus d'emplois " .

 

 

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    La tendance est à la déterioration de l'emploi dans toute l'Europe . En novembre 2012, le taux de chômage , dans l'Union, atteint un record, depuis vingt ans : 11.8% . Ce qui signifie qu'en 2013, le taux de 12% sera dépassé . Allemagne, Autriche, Pays-Bas, jusque là préservés, connaissent une érosion de l'emploi, ce qui a conduit la Chancelière Merkel, à doubler de six mois à un an, la durée du recours au chômage partiel, l'Etat prenant 67% de l'indemnisation, à sa charge . Mesure catastrophique pour les Etats voisins, en termes de compétitivité ...

   " Il est désormais établi qu'une politique d'austérité combinée à une réforme du marché du travail, ne permet pas de sortir de la crise ...Faciliter les licenciements accélère les pertes d'emploi sans pour autant stimuler les embauches, et l'on assiste, ainsi, à un " enkystement du chômage de longue durée . " ( Raymond Torrès . Directeur du Centre de recherche de l'Organisation Internationale du Travail à Genève . Interview de Mediapart . )

 

   En 1984,  le patron du CNPF, ancêtre du MEDEF, Yvon Gattaz,  exigeait du gouvernement socialiste la suppression de " l'autorisation préalable de licenciement ", en contre-partie de la création de 400 000 emplois . Il les avait baptisés les " ENCA " : emplois nouveaux à contraintes allégées . Rappelons qu'en 1981, la gauche avait remis au centre des relations sociales le CDI . En 1986, Jacques Chirac, Premier Ministre de cohabitation, supprima l'autorisation préalable de licenciement, mais le pays ne vit jamais les 400 000 emplois de M.  Gattaz . ( Laurent Mauduit . Marianne No 821 ) .

 

   Vendredi dernier, 11 janvier 2013, un nouvel  accord sur les relations au travail a été signé, entre syndicats et patronat, médiatiquement occulté par l'actualité au Mali, ce qui ne lui enlève, en rien, son importance sociale majeure . Trois centrales syndicales l'ont approuvé, ont pris donc leurs responsabilités, mais, que ces responsables syndicaux me pardonnent, au-delà de mesures ne prenant pas en compte les avertissements des Organismes Internationaux,  je ne peux m'empêcher de voir derrière cet accord, le plat de lentilles contre lequel, Esaü, vendit, selon la bible, son droit d'aînesse à son frère Jacob .

 

   Revenons donc sur cet accord , en rappelant que depuis des mois, Mme Parisot, patronne du MEDEF, n'a cessé de répéter que tout accord passerait par " des avancées décisives en matière de flexibilité, sans lesquelles il n'y aurait pas d'accord ", car ajoutait-elle, " il fallait apaiser l'angoisse des patrons qui était à son comble " . ( Sortez les mouchoirs ! )

   Je veux donc préciser, à ce stade, que si accord il y a eu, c'est bien parce que Mme Parisot a dû obtenir beaucoup sur la flexibilité, d'autant que des élections ont lieu au MEDEF, en mai, et qu'elle est candidate à sa réélection, en bousculant un peu les statuts de l'organisation .

 

   Que dit cet accord ?

   Les syndicats obtiennent quelques avancées, reconnaissons-le, en toute honnêteté . Les CDD seront un peu plus taxés, sur les côtisations chômage de l'UNEDIC : la côtisation passe de 4% à 7% pour les CDD de moins de un mois, et à 5.5% pour les CDD de un à trois mois . Les travailleurs obtiennent des " droits rechargeables " en matière de chômage, c'est à dire qu'ils garderont les droits non utilisés en cas de reprise du travail avant l'épuisement des droits précédents, ainsi que les droits acquis sur le temps de formation, en cas de changement d'entreprise - c'est tout " le volet sécurité " de l'accord . Ils obtiennent un droit à une complémentaire santé, dont la moitié de la côtisation est prise en charge par l'entreprise : cela existait déjà dans beaucoup d'entreprises, ce n'est donc qu'un élargissement .

   Un représentant des travailleurs siègera dans le Conseil d'Administration des sociétés de plus de 5000 salariés . Rien de révolutionnaire de ce côté-là .

   Et du côté flexibilité, Mme Parisot a-t-elle eu son compte ?  Je crois qu'elle peut être contente, le Code du Travail vient d'en prendre un coup .

   L'entreprise  " en cas de graves difficultés conjoncturelles " pourra négocier - au niveau de l'entreprise - avec le syndicat majoritaire, des baisses de salaires et des augmentations du temps de travail, jusqu'à une durée de deux ans, en echange du maintien de l'emploi . Remarquons que dans beaucoup de grandes entreprises, cela existait de fait, mais que bien de " plans sociaux " et de fermetures d'usines, frappent des sociétés, où ces négociations avaient eu lieu ;  les actionnaires ne s'embarrassent pas d'accords sociaux quand leurs dividendes baissent .

   Grande nouveauté : l'élargissement des " Contrats  Intermittents " . C'est le principe de l'emploi des moniteurs de ski, dans les stations de sports d'hiver : un contrat à durée indéterminée, mais ciblé sur des périodes précises de l'année, dont on est sûr du retour périodique de l'activité . la rémunération est négociée, soit lissée sur l'année, soit mobilisée sur les périodes de travail effectif . Ces contrats obéissaient jusqu'à présent à des règles strictes, d'accords de branches, par exemple. ( Dan Israel . Mediapart du 12 janvier 2013 ) .

   Leur élargissement et leur assouplissement constituent une ouverture à du " n'importe quoi " en matière d'embauche,  et surtout à l'explosion du nombre de travailleurs pauvres . Retenez bien cette innovation : " Les contrats intermittents ", nous en entendrons beaucoup parler dans les mois qui viennent .

   Mais ce n'est pas terminé .

   Mme Parisot a obtenu la mise en cause des Conseils des Prud'hommes, cette justice populaire haïssable, trop dure avec l'entreprise et trop lente . La mise en place des " plans sociaux " est allégée afin de limiter le nombre de recours des salariés devant la justice, et est mise en place l'étude du transfert des recours sociaux, des " Prud'hommes " vers la justice administrative,  moins regardante sur le sort des salariés, peuvent penser certains . En matière de sécurité professionnelle, Mmes et MM . les responsables syndicaux représentant les salariés, et signataires de l'accord,  il y avait mieux à faire, me semble-t-il !

   Finalement, Mme Parisot est trés contente !

 

   D'aprés ce que j'ai cru comprendre, M.  le Président de la République aussi est trés content . A ses détracteurs qui lui reprochent, sans cesse , de ne pas savoir où il va, je dis, d'essayer de mettre , bout à bout, toutes ses mesures économiques et sociales depuis des mois, puis de les rattacher aux propos de son Ministre du Budget - J. Cahuzac, Mots Croisés, France2, du 07/01/2013 - " Je n'ai jamais cru à la lutte des classes ", et ils changeront, peut-être, d'opinion  .



 

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Published by regain2012 - dans Société
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