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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 13:29

Le magazine Marianne ( No 849 , page 55 ) nous apprend qu'entre technocrates délicats, les nouvelles pratiques politiques, portent un nom :  " la méthode suppositoire "  . Ce mode de gestion consiste à faire préparer, dans la plus stricte confidentialité,  les réformes, par des petits comités d'experts, puis à les mettre rapidement en oeuvre pour éviter le débat, la contestation et les résistances .

( Illustration : sergecar.perso.neuf.fr ) .

 

sondage.gif

 

   Le journaliste et essayiste Jean François Revel dénonçait cela  ainsi : " La démocratie, fondée sur la libre détermination des grands choix par la majorité, se condamne elle-même à mort si les citoyens qui effectuent ces choix se prononcent presque tous dans l'ignorance des réalités " . ( La connaissance inutile, chez Grasset . Cité par Marianne, No 849,  Extension du domaine du mensonge ) .

 

   Paradoxalemement la vie démocratique s'est fortement compliquée depuis l'apparition de ce qu'il est convenu d'appeler " la démocratie d'opinion " . L'opinion publique, surveillée par les sondages, amplifiée par des médias omniprésents et plus récemment  encalminée par la surproduction des réseaux sociaux, se révèle maintenant incontournable . 

   Le développement de l'individualisme et des égoïsmes a rendu les décisions politiques de plus en plus difficiles à prendre, car trés souvent, une majorité de l'électorat va s'y opposer, même si chaque électeur en comprend l'intérêt général, par crainte d'un effet négatif sur ses affaires privées .

   Ce phénomène est d'autant plus prégnant que la direction actuelle des sociétés imposée par le monde financier est manifestement tournée vers les régressions sociales et des ponctions de plus en plus élevées , par l'impôt, sur les revenus des classes populaires et moyennes .

   Ainsi en sommes-nous arrivés, dans nos pays démocratiques, à ce que toute proposition d'augmentation des impôts par quelque candidat que ce soit, à une élection, prenne le caractère d'un suicide électoral .

   Conséquence de cette évolution, " les élections sont devenues de véritables concours de parjures fiscaux ", ( Eric J. Hobsbawm ) .

   Dans le même temps, les électeurs et les parlements sont appelés à se prononcer sur des questions au sujet desquelles les profanes, que sont les électeurs et une grande majorité d'élus, sont mis en situation par la désinformation, le mensonge, la fragilisation des systèmes éducatifs, la spécialisation outrancière des formations, le goût du secret dans les préparations de réformes,  de ne pas être qualifiés pour exprimer une opinion .

   Le résultat est là . Dans les quelques pays où les citoyens acceptent un Etat fort, c'est parce que cet Etat est actif et socialement responsable, servant l'intérêt général et méritant donc une certaine liberté d'action .

   Dans tous les autres pays où les gouvernement se sont largement éloignés de cet idéal et sont donc devenus suspects aux yeux de leurs citoyens, ceux-ci n'en attendent plus aucun bien public .

   Dans ces situations là, les gouvernements ont appris à contourner la méfiance des citoyens et des assemblées élues et prennent leurs décisions avant de mettre ces derniers au défi de revenir sur un fait accompli, en comptant sur l'instabilité, les divisions et l'inertie de l'opinion publique . Celle-ci sera " promenée " , de micro-trottoirs en témoignages " bidonnés ", de sondages en enquêtes truquées, de débats télévisés mis en scène en pseudo-études scientifiques caviardées, et au total acceptera le fait accompli .

   De plus en plus, la politique est devenue un exercice de dérobade, les hommes politiques se refusant à dire aux électeurs ce qu'ils n'ont pas envie d'entendre . Cette politique de fuite en avant va se poursuivre, notamment par la mise en place d'instances de décision toujours plus nombreuses que l'on soustraira au contrôle électoral, en nommant ces corps directement par les pouvoirs ou à travers une floraison d'intercommunalités élues au second degré, ou encore - telles les banques centrales - en les déclarant indépendantes de tout pouvoir politique .       L'exemple le plus caricatural étant les " quangos " britanniques sur lesquels j'ai déjà écrit ou les agences nationales américaines .

   Tout cela nous a conduits, dans nos pays développés, à la réduction tacite de la démocratie . La politique est faite par un petit groupe d'hommes qui lisent les discours et les éditoriaux de leurs pareils, les commentent et font semblant de s'écharper par devant, pour mieux s'entendre par derrière .

 

   Et c'est cela  " la méthode suppositoire " :  ne pas dire à l'enfant que le docteur a prescrit un suppositoire, le lui administrer trés vite et lui demander, en sus, de " serrer les fesses " pour éviter tout retour en arrière . Pardon pour mon indélicatesse mais ce n'est pas moi qui ai inventé l'expression .

 

 

   NB : texte inspiré par Marianne , No 849 - Extension du domaine du mensonge - et E. J. Hobsbawm - L'âge des extrêmes - .


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Published by regain2012 - dans Politique
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