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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 14:18

Réedition de décembre 2012 .

"  J'abhorre la canaille avec laquelle je suis en communication, en même temps que sous le nom de peuple je désire passionnément son bonheur ." ( Stendhal . Vie de Henri Brulard ) ) .

 ( Illustration : grandmaison.over-blog.com ) .

 

 

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   En réaction à l'ordre de l'Ancien Régime, absolutiste et corporatif, la Révolution de 1789, institue l'homme en sujet juridique, porteur de droits garantissant sa liberté de pensée et d'action, sa propriété et son autonomie, et en sujet politique, partie du souverain dans l'exercice du droit de vote . Liberté et égalité étant considérées comme indissociables .

   " Une fois débarrassés des ordres, des tutelles, des structures imposées, les individus allaient pouvoir s'affirmer pleinement comme êtres humains ", pensait-on, alors .

   La dimension psychologique de cet " individu universel " n'était pas niée, dans la mesure où était reconnue, dans cette aspiration à la liberté et à l'égalité,  l'expérience vécue douloureusement de l'humiliation, du mépris, de l'arrogance, de la domination, imposée par l'ancien monde aristocratique .

   Mais ces considérations psychologiques restèrent  limitées aux effets de classe et laissèrent de côté les relations interpersonnelles, les manières d'être liées à l'image que l'on veut donner de soi, quel que soit le groupe social auquel on appartient . En un mot on oublia trop vite les portraits de La Bruyère , de La Rochefoucauld ou de Saint-Simon .

   On considéra un peu trop légèrement les travers des sociétés de Cour, poussés jusqu'à l'hystérie, à tout le moins la caricature, sous le règne de Louis XIV . Peut-être parce qu'on ne les vit, alors, que comme jeux de pouvoir et d'apparence, sans grande importance . Pourtant, " ces relations qui mettent en jeu les logiques d'imitation et de distinction, les mécanismes de l'envie et de la jalousie, les dispositions à la sympathie et au partage ", ne sont pas des données secondaires dans l'approche de la nature humaine .

La preuve en est qu'elles continuent de sévir et, en tout cas, constituent le terreau de ce que P. Rosanvallon, appelle , aujourd'hui : " l'individualisme de distinction " .

   D'aucuns pourront considérer le phénomène comme marginal, pour ma part, si j'en parle, c'est parce que je range les comportements de nos " stars " actuelles, dans ce mode de fonctionnement .

   Au XIXe s., une fois la noblesse marginalisée, entre la bourgeoisie triomphante  mais engoncée dans son conformisme, " dans l'étroitesse de ses objectifs et son absence d'imagination ", et une classe laborieuse déclassée par les idéologues conservateurs, au rang de classe paresseuse et dépravée, va apparaître un groupe social, désireux d'affirmer sa rupture " avec le commun" : les artistes .

   Ce groupe va mêler " l'esprit de la bohème romantique à des relents de sentiments aristocratiques " flirtant parfois avec " des attitudes très ambiguës par rapport à  la démocratie " .

   La notion " d'élites " au sens contemporain du terme était née : artistes, créateurs, journalistes ou avocats, auxquels vinrent se mêler " dandys " et autres parasites .

   Cette nouvelle aristocratie, individualiste , dans la distinction, se positionnant bien au-dessus des masses réduites à l'état de simple force de travail, se met donc à aspirer " à une existence élargie " , qu'apportent succès, réputation, parfois admiration, dans tous les cas, intérêt de la part du " commun " .

   L'incarnation de cette ambition se construira à travers le phénomène de la mode . La mode, symbole de l'individualisme triomphant, peut-être faudrait-il dire " du particularisme ", dans le sens où la mode exige l'existence d'un groupe restreint . La mode est un système où un petit groupe d'individus se mesurent les uns aux autres, mais en cercle fermé, comme les courtisans de la Cour de Louis XIV .

   " L'individualisme de distinction " fut le berceau de la mentalité, de la moralité de nos élites d'aujourd'hui , dont le maître-mot est " vivons séparés du commun " .  Au commun, accordons l'offrande de notre talent  - contre espèces sonnantes et trébuchantes , cela va sans dire - mais nous n'allons pas vivre comme lui, encore moins avec lui, mais s'il le faut, contre lui . 

Qu'ai-je voulu dire à propos de nos élites actuelles, stars, vedettes, sportifs, intellectuels, journalistes et politiques ?  Qu'il ne faut pas leur en vouloir de s'exiler fiscalement, de ne pas vouloir participer à l'effort commun, quand le pays est en crise et qu'il est injuste de qualifier leur fuite d'égoïsme et de cupidité ?

   Comme autrefois la noblesse était exemptée de l'impôt financier parce qu'elle devait au roi l'impôt du sang, aujourd'hui, nos élites nous ravissent par leur talent - certains pensent même leur génie - et estiment qu'elles ne nous doivent rien de plus, oubliant, ou plutôt ignorant, que c'est le peuple qui fait les élites, et que dans l'histoire, on a vu bien des idoles déboulonnées de leur piédestal par " le commun " las de trop d'humiliations  .

Nous appellerons aussi " l'individualisme de distinction ", afin de l'incarner, " le syndrome Gérard Depardieu " .

NB : (1) . Texte inspiré par P. Rosanvallon : " La Société des Egaux " .

 

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Published by regain2012 - dans Société
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