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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 11:37

 6a0120a5a88f9d970b0120a6a01af7970c-800wi1.png  Le hasard surprend, souvent. Dans la même semaine j'ai abordé trois lectures, à priori différentes, qui toutes trois m'ont ramené à une même question, celle de notre identité personnelle, sur laquelle je m'interroge depuis longtemps à travers la formule du philosophe et écrivain espagnol, José Ortega y Gasset:" Je suis moi et ma circonstance."( Cette notion apparaît dans son premier livre: Méditations sur Don Quichotte.)

   Je viens donc de lire: " Les Identités meurtrières", de l'écrivain Franco-libanais Amin Maalouf; " La marche sur les cendres", de mon ami, écrivain randonneur Denis Boulbès et les Actes du colloque:" Journée des Doctorants du CRHT/ Paris Sorbonne, du 16 mai 2009, l'intervention de Maria Ortega Manez sur " Circonstance et perspective" chez Ortega y Gasset.

 

   Amin Maalouf nous propose une définition de ce qu'est notre identité personnelle trés complète, et trés riche.

   "Les éléments de notre identité qui sont déjà en nous, à la naissance, ne sont pas trés nombreux: quelques caractéristiques physiques comme la couleur des yeux, telle force ou faiblesse physiologiques, le sexe, la couleur...

   Ce qui caractérise l'appartenance à un groupe donné-  mon inclusion à un environnement, ma circonstance, aurait dit Ortega y Gasset,- c'est essentiellement l'influence d'autrui, l'influence des proches: parents, amis, compatriores, coreligionnaires, qui cherchent à se l'approprier, et l'influence de ceux d'en face qui cherchent à l'exclure. Chacun d'entre nous doit se frayer un chemin, entre les voies où on le pousse et celles qu'on lui interdit ou qu'on sème d'embûches sous ses pieds.- La notion de chemin est importante, aussi bien chez Ortega y Gasset que chez Denis Boulbès-.Il n'est pas d'emblée lui-même, il ne se contente pas de prendre conscience de ce qu'il est, il devient ce qu'il est; il ne se contente pas de prendre conscience de son identité, il l'acquiert pas à pas.- Ortega y Gasset dit: "je dois savoir à quoi m'en tenir"."

   L'apprentissage commence trés tôt, dès la première enfance; volontairement ou pas, les siens le modèlent, le façonnent, lui inculquent des croyances familiales, la langue maternelle bien sûr et puis des frayeurs, des aspirations, des préjugés, des rancoeurs aussi, ainsi que des sentiments d'appartenance, comme de non appartenance.

   Trés tôt aussi , à la maison, à l'école, dans la rue, surviennent les premières égratignures! Les autres lui font sentir, par leurs paroles, leurs regards, qu'il est pauvre, ou petit de taille, ou " haut sur pattes", ou basané ou trop blond, ou circoncis ou non circoncis, ou orphelin; ces différences innombrables, minimes ou majeures, qui tracent les contours de chaque personnalité, forgent les comportements, les opinions, les craintes, les ambitions, qui souvent s'avèrent éminamment formatrices mais qui parfois blessent pour toujours... Lorsqu'on a été humilié ou raillé à cause de sa religion, de sa peau, de son accent ou de ses habits rapiécés on ne l'oubliera pas...

   J'ai insisté jusqu'ici sur le fait que l'identité est faite de multiples appartenances, mais il est indispensable d'insister tout autant sur le fait qu'elle est une et que nous la vivons comme un tout...- Ortega y Gasset dit:" en moi sont entrelacés une vocation originale et une circonstance déterminée."

 

   Denis Boulbès, lance son héros sur les chemins de la Castille, terre de naissance d'Ortega y Gasset, sur la route de Don Quichotte; le philosophe médite, lui, sur le héros de Cervantés. Le héros de Denis Boulbès doit se reconstruire, aprés le deuil de l'être aimé et recherche une nouvelle personnalité. Il a une mission à accomplir, comme le Chevalier à la triste Figure, c'est la "raison vitale", dont parle Ortega y Gasset, "vivre c'est s'élancer vers quelque chose. Ce quelque chose" c'est le Projet Vital dont le profil surgit de la vocation et de la circonstance." Le projet vital de Don Quichotte.

  Le héros de Denis Boulbès a l'intuition de cela, quand il s'écrie à la fin du livre, de son parcours à travers la Castille: " Je suis Janus aux deux visages, maître des Portes. C'est à moi qu'il appartient de présider au passage entre hier et demain... Je suis moi et ma circonstance. En marchant et en trébuchant j'ai franchi le seuil ouvrant vers mon avenir. Ce n'est pas moi qui ai fait mon chemin, c'est le chemin qui m'a fait."

 

   Que veut nous dire Ortega y Gasset par ce concept: je suis moi et ma circonstance, selon Maria Ortega y Manez?

 

   " La circonstance désigne tout ce qui est autour de moi: "circum-stantia". Elle comprend tant le monde physique qui m'entoure que les valeurs historiques, culturelles et sociales. C'est le monde dans lequel le sujet est installé. La nouveauté, chez Gasset, consiste à établir que ce qui enveloppe l'individu l'intègre aussi métaphysiquement du fait qu'il a à faire à la réalité qui l'entoure.

   -Je crois que Maria Ortega y Manez a la bonne intuition quand elle choisit d'aborder son analyse par cette phrase des "Méditations"-: "Ma sortie naturelle vers l'Univers s'ouvre par les cols du Guadarrama. Ce secteur de réalité qui m'entoure forme l'autre moitié de ma personne. C'est seulement à travers lui que je peux m'intégrer et être pleinement moi-même." - Pour quitter Madrid, partir vers le Nord, vers la France, sa terre d'exil quand Franco s'en prendra à la République, passe par les cols de la Sierra de Guadarrama.- 

   Le "je" est inséparable de la circonstance, il n'a pas de sens en dehors d'elle. Mais inversement, la circonstance est toujours "ma" circonstance; elle comprend tout, mais par rapport à moi, tout ce qui me concerne. ( C'est, chez Amin Maalouf: notre identité est une, et nous la vivons comme un tout.)

   La vie, ou la réalité "radicale"- au sens de racines- nous est donnée à faire. Et vivre c'est essentiellement être en rapport avec le monde, agir sur lui, s'occuper de lui. C'est pourquoi il me faut savoir à quoi m'en tenir, c'est à dire être conscient de ma circonstance en même temps que de ma raison vitale, ma vocation:- la mission à accomplir pour Don Quichotte: Hidalgo, à la première ligne du livre mais qui ne veut plus être que Alonso Quijano à l'heure de sa mort, comme le dit si bien, Denis Boulbès.

   Pour Gasset, vivre ,c'est s'élancer vers quelque chose, ce quelque chose c'est le Projet Vital , la vocation originale... La circonstance suggère ce qui est à faire en fonction de la vocation pour, encore une fois, savoir à quoi s'en tenir."

   

   Mon identité personnelle, ce serait donc, savoir qui je suis pour savoir ce que j'ai à faire, dans l'espace" de ma circonstance, en ce qu'elle a de particulier et de limité", les deux faces du miroir étant intimement liées au point d'être inséparables.

 

N.B. Proche du mot situation, la notion de circonstance est souvent employée pour définir celle-ci dans des contextes différents.


   

   


 

   

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Published by regain2012 - dans philosophie
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