Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 14:07

" On pourrait croire que l'enseignement des théories qui nous ont menés dans le mur a été sérieusement repensé depuis 2008 . Surprise : il n'en est rien ! Dans les masters d'éco et de finance, dans les grandes écoles de commerce, les futures élites récitent les mêmes cours - ou presque . " ( Emmanuel Lévy, Anna Topalov . Marianne No 809 du 20 au 26/10/12 ) .

 ( Illustration : unithèque.com ) .

 (1) . Titre emprunté au livre d'Emmanuel Todd, Aprés la démocratie .Gallimard .

 

 

9782916352282-clefs-pour-hautes-etudes-commerciales_g.jpg

 


 

   Trois informations, en apparence sans lien direct, m'ont interpellé ces derniers jours . La première concerne un documentaire télévisé où l'on voit fonctionner une usine textile chinoise, ouverte en Ethiopie . Les ouvriers et ouvrières y travaillent, six jours sur sept, dix heures par jour, pour un salaire de 40 euros par mois, sous l'autorité de contremaîtres chinois peu sympathiques , qui, la montre à la main , ne cessent de houspiller leurs semi-esclaves . La raison de cette délocalisation inattendue : en Chine, ces ouvriers coûteraient six fois plus cher . L'essentiel est dit !

   La deuxième information donnée par le magazine Marianne concerne les programmes des grandes écoles commerciales et des masters universitaires d'économie . Malgré la crise commencée en 2008 et dont nous n'avons, peut-être pas vécu le pire, les contenus des programmes économiques de ces établissements n'ont pas bougé . A la rentrée 2012, à HEC, on a distribué les mêmes polycopiés des cours de finance  qu'en 2006 .

   Dans les masters universitaires, où certains professeurs ont essayé de créer des modules à consonnance humaine, " responsabilité sociale de l'entreprise ", " éthique des affaires " ou  encore " finance et déontologie", ces modules vivotent, quand ils ne ferment pas .

    La troisième information est liée à l'attribution du Prix Nobel d'Economie ."  L'efficacité des marchés  a montré ses limites avec la crise . Qu'à cela ne tienne, les banques regardent désormais du côté des neurosciences et de la recherche comportementale " , disent les journalistes de Marianne . 

    Dans les salles de marchés règnent en maître, trading haute fréquence et modèles à rationalité limitée : c'est à dire, où  la spéculation est considérée comme un jeu, où l'anticipation des réactions des concurrents est essentielle . Vous comprenez, à ce stade,  les motifs de l'attribution du Prix Nobel d'Economie à deux Américains ayant travaillé sur des équations tendant à rationnaliser les règles de tout jeu,  " ce que l'on a cru longtemps être des caprices du hasard " . Cette attribution n'a rien d'innocent , ne vous y trompez pas .

   L'économiste Frédéric Lordon traduit cela trés bien quand il dit : " Les prix du marché sont comme ceux de la bourse, ils n'ont en réalité aucun sens, mais ce n'est pas grave, on joue quand même ."

   Pourquoi ce détour par trois faits si distincts : tout simplement , parce qu'ils indiquent deux leçons à tirer de ces dernières années . La sortie de la crise ne se fera pas par les affaires ni par les économistes ; la sortie de crise ne peut passer que par un retournement politique de l'Europe .

 

   C'est pourquoi je dis : halte au feu !  Messieurs les directeurs de journaux, vos attaques permanentes contre le couple exécutif, sa mollesse et son manque d'autorité, ne poursuivent qu'un seul but : faire croire à son incompétence . Hors le fait que vous emboîtez le pas à une droite irresponsable et furieuse de sa défaite, vous vous comportez comme ces républicains américains, qu'anime " une haine froide " de l'Etat, de l'impôt et de toute solidarité . ( Cf. le dernier livre de la philosophe canadienne Nicole Morgan, " Haine froide ") .

   Votre attitude autorise les plus grands idiots de l'élite parisienne à traiter le chef de l'Etat de "nouille ", " " d'imbécile", Karl Lagarfeld, dont les dénégations sur sa méconnaissance de l'espagnol ne convainquent que lui-même, ou encore un Luc Ferry décrivant une gauche " qui ne peut qu'avaler son chapeau ", qu'il n'y a plus de débat possible, le principe de réalité étant le plus fort : la démocratie lui dit merci . ( Marianne No 809 . Jack Dion ) .

   Eh ! bien, si, le débat peut se poursuivre, n'en déplaise à M. Ferry, l'un des plus piètres ministres de l'Education que nous ayons eu .

   F. Hollande a beaucoup de longueurs d'avance sur ses ridicules contempteurs .

   Il sait que l'avenir passe par l'Europe, que l'avenir passe par l'axe franco-allemand, mais pas à n'importe quel prix . C'est toute la confrontation politique qui, actuellement se joue , au niveau européen, à fleurets mouchetés, entre Hollande et Merkel , et bien plus importante et décisive que le vote conjoncturel du traité ou l'union bancaire .

   La vérité de la confrontation tient à deux visions en apparence inconciliables : les Allemands veulent passer à l'étape fédéraliste, tout de suite, étape éminemment politique, les contenus de la construction de l'Etat fédéral et des objectifs qu'il se fixe, se faisant par la suite, en chemin, en quelque sorte . 

   La position de F. Hollande, qui n'a rien à voir avec la fuite en avant ultra-libérale et destructrice de son prédécesseur est de dire, qu'il faut s'être mis d'accord, d'abord, sur les contenus de cette Union Fédérale, avant de la concrétiser .

   Que dit-il ? " Avant de se lancer dans une mécanique institutionnelle, les Européens doivent savoir ce qu'ils veulent faire ensemble " . Réflexion frappée au coin du bon sens !

   François Hollande est certes un social-libéral, attaché au marché et au libre échange . Mais il a compris que l'Europe doit renverser son dogme " de la totale et anarchique libre circulation des capitaux et des marchandises, pour stopper la destruction totale de l'industrie et du tissu social sur le vieux continent " .

   F. Hollande a compris que l'Allemagne est et restera le coeur de l'industrie européenne, qu'il faut l'admettre, et qu'on peut amener les dirigeants allemands à envisager la protection de cette industrie . Il a compris que le Royaume-Uni, ultra-libéral, dont l'ADN est la finance,  ayant sacrifié son industrie et son agriculture à l'idole financière, n'a plus sa place dans l'UE, c'est pourquoi il ne dit rien sur les forces centrifuges à l'oeuvre en Grande Bretagne pour une sortie de l'Union Européenne .

   Il sait que l'Allemagne est actuellement libre-échangiste, mais que ce n'est pas son identité . La Fédération allemande s'est construite, historiquement, sur une union douanière, le Zollverein . 

   La vieille et absurde croyance française que l'Allemand est dogmatique et ne peut changer d'idée n'est pas celle de F. Hollande . La chancelière a bien accepté la mise en place d'une taxe sur les transactions financières .

   N'a-t-on pas vu l'Allemagne, face au problème du vieillissement de sa population et à la nécessité de s'ouvrir à l'immigration, mettre à bas, en matière de naturalisations,  son " sacro-saint" droit du sang pour le remplacer par le droit du sol ?

   Qui peut croire que l'Allemagne ne tire que des profits de l'euro fort ?  Elle doit elle-aussi subir les délocalisations, l'effritement de ses classes moyennes, la baisse des salaires .

   C'est bien parce que l'Allemand est pragmatique qu'un revirement de sa part est possible, de l'arrêt du gaspillage sur les marchés financiers américains des  profits tirés de son efficacité industrielle, à une relance de la demande intérieure européenne, grâce à un protectionnisme européen intelligent .

   Le but de ce protectionnisme n'est pas de repousser les importations venues des pays situés à l'extérieur de la préférence communautaire, mais de ne pas les laisser entrer n'importe comment et à n'importe quelle condition .

   Je suggèrerai volontiers au Président d'ajouter à sa vision d'un retournement de l'Europe, l'option suivante : pour revivifier la vie démocratique européenne, actuellement en état d'asphyxie, il est un objectif incontournable . Les espaces économique et politique doivent coïncider à nouveau . Il faut donc créer une forme politique d'un genre nouveau . Je la vois entre la pointe bretonne de la France et la limite de l'ancien rideau de fer . Clairement et définitivement établie, cette force qui représente déjà, la plus grande masse économique du monde, la plus grande concentration de savants, d'ingénieurs, de techniciens et d'ouvriers qualifiés, pourrait contrer toutes les attaques spéculatives imaginables et montrer au monde que la finance sauvage et son train d'inégalités sociales n'est pas un avenir obligé .

   Messieurs les journaleux, regardez l'action de F. Hollande sous cet angle cela vous évitera d'accumuler, jour aprés jour, les âneries !

 

 

   NB : la vision européenne de la deuxième partie du billet est inspirée par le livre " Aprés la Démocratie " d'Emmanuel Todd . Gallimard . 2008 ) .


Partager cet article

Repost 0
Published by regain2012 - dans Economie
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Regain 2012
  • Regain 2012
  • : Pour un retour à la démocratie réelle où le citoyen redevient acteur de son avenir et cesse de déléguer son pouvoir à des partis ou à des dirigeants trop éloignés des souffrances des peuples.
  • Contact

Vous aimerez peut-être :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Recherche

Nuage de tags

Nombre de visiteurs en ligne

Il y a actuellement    personne(s) sur ce blog

Catégories

Liens