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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 14:06

" Dans la vie il n'y a que trois ou quatre choix fondamentaux à faire . Tout le reste est affaire de hasard ." ( Raymond Aubrac . Entretien donné au Monde en mars 2011 .)

( Illustration : chiclondres.com )       

 

photo-reistants-raymondaubracstephanehessel-cropped-1-452_a.jpg.

 

   L' annonce du décés de Raymond Aubrac a éveillé, en moi, une interrogation sur la lucidité . Comment ces hommes et ces femmes de la Résistance, issus de la société civile,  admirables de courage, ont-ils pu faire preuve de tant de lucidité, face au fascisme et au nazisme, alors que les classes politiques des divers pays occidentaux, soit se voilaient la face, soit hésitaient à miser entre deux périls, soit choisissaient Hitler, croyant encore que l'on pouvait pactiser avec le diable : ce fut le cas de la droite conservatrice traditionnelle, dans son ensemble, et de tous les grands industriels .

   N'oublions jamais qu'hitler obligea tous les sceptiques à se liguer contre lui et que , si le fascisme n'avait été représenté que par Mussolini, il n'y eût jamais eu d'alliance antifasciste. Rappelons que  les Etats-Unis, tout à leur politique isolationniste, n'envisageaient pas d'intervenir en Europe , mais il y eut  Pearl Harbor en décembre 1941 . ( Eric J. Hobsbawm . L' Age des Extrêmes .) Personne n'envisageait de s'en prendre, alors, à l'Italie . Pas plus qu'on ne s'en prit à Franco, en 1945 .

   Pour s'y retrouver, un peu, mais, il est vrai, soixante et dix ans aprés, et pour rétablir une réalité trop souvent occultée par la propagande médiatique et même des manuels scolaires, ( Roger Garaudy . " Souviens-toi "), rien ne vaut une analyse factuelle .

 

   Dans les années trente, loin de pratiquer une politique de résistance au fascisme et à ses agressions, les dirigeants anglais er français pactisent volontiers avec lui . Le " Pacte à quatre "de 1933, entre l'Allemagne, l'Italie, la Grande Bretagne et la France, en témoigne ; la signature de l'accord dit du " Front de Stresa" en avril 1935, entre l'Italie, la Grande Bretagne et la France, (représentée par son ministre des Affaires Etrangères, un certain Pierre Laval ) ; l'accord naval anglo-allemand de juin 1935, ( signé dans le dos des Français et des Italiens ), corroborent cet état d'esprit . Le Pacte de non-intervention en Espagne n'est pas la moindre des  démonstrations, de cette attitude . 

   L'URSS a en vain proposé aux Occidentaux, une semaine aprés l'élection de Hitler à la Chancellerie, lors de la Conférence Mondiale sur le Désarmement  de Genève, ( 1932-1934),  sous l'égide de la Société des Nations, un projet de riposte commune à toute agression . L'URSS est à ce moment-là menacée par le Japon, qui occupe la Mandchourie et tente d'envahir la Mongolie .

 

   Hitler a entrepris sa politique de réarmement et, tenez-vous bien : en octobre 1936, en pleine guerre civile en Espagne, le gouvernement français signe avec le Ministre hitlérien de l'économie, le banquier Von Schacht, un accord économique visant la livraison à l'Allemagne, pour trois milliards et demi de marks par an de minerai de fer , jusqu'en 1938 .Les exportations de bauxite, vers l'Allemagne, sont multipliées par cinq, en cinq ans, ce qui fait de l'Allemagne, le premier producteur d'aluminium au monde .

   Juste avant la deuxième guerre mondiale, les investissements américains en Allemagne s'élèvent à un milliard de dollars, sans compter les prêts accordés au gouvernement d'Hitler .

   Les Britanniques ne sont pas en reste . Qui sait que le 24 Juillet 1939, à un mois et demi de la déclaration de guerre, le Premier Ministre britannique Chamberlain, annonce à la Chambre des Communes, que les pourparlers menés par son Ministre du Commerce extérieur Hudson, et les Allemands, se sont conclus le 20 juillet par un prêt à l'Allemagne d' un milliard de livres sterlings .

 

   Lorsque la Tchécoslovaquie est menacée par la revendication de Hitler sur les Sudètes, L'URSS propose de lui prêter secours , en raison d'un accord de 1935, la France décline la proposition, et fait pression avec la Grande Bretagne sur la Tchécoslovaquie, pour ne pas appeler à l'aide l'URSS .

   Le 20 septembre 1938, c'est Munich : Daladier et Chamberlain se joignent à Hitler et Mussolini, pour intimer l'ordre à la tchécoslovaquie de rendre les Sudètes à l'Allemagne . Ce fut cela Munich ! Quelques heures pour livrer la Tchécoslovaquie aux nazis .

   Entretemps, il y avait eu l'Anschluss, 12 septembre 1938, l'annexion de l'Autriche, et personne n'avait rien dit .

 

   C'est que, dés cette époque, les dirigeants occidentaux pensent  imminente la campagne d'hitler vers l'Est . Voici ce que dit, Coulondre, l'ambassadeur de France à Berlin, le 15 décembre 1938 : " le dynamisme allemand ne s'arrêtera pas, et l'on parle déjà dans les milieux militaires allemands d'une promenade au Caucase et à Bakou ."

 

   Une précision, elle aussi historique, est nécessaire à ce stade : en 1939, peu de gens ont lu " Mein Kampf", à part une élite intellectuelle ; les camps de concentration allemands comprennent quelques huit mille prisonniers- tous politiques, communistes et opposants au régime , aucun plan d'extermination n'est en place, tout au plus , pense-t-on, les juifs, bien que déjà persécutés, vont-ils être expulsés d'Allemagne . Voilà quelle est la vision majoritaire, à l'Ouest ; finalement cela n'est pas si terrible ! Il y a , à l'Est, un danger bien plus grand, le Communisme et sa révolution sociale, et sa condamnation catégorique du droit à la propriété .( Eric J. Hobsbauwn) .

 

   Quand Hitler envahit la Tchécoslovaquie complètement, le 15 mars 1939, l'URSS tente encore une fois d'obtenir de la France et de l'Allemagne un accord, et propose le 17 avril 1939, un pacte tripartite d'assistance mutuelle . L'URSS propose même, le 23 juillet, une réunion des responsables militaires des trois puissances pour élaborer des mesures concrètes . Malgré l'urgence, car Hitler menace déjà la Pologne, les délégations anglaise et française n'arrivent à Moscou que le 11 août et , mépris suprême, sans mandat .

   L'URSS demande aux Anglais et aux Français d'obtenir, de la Pologne et de la Roumanie, leurs alliés, l'autorisation pour les armées russes de traverser leur territoire . Ni l'une ni l'autre ne réagit .

   La politique munichoise se poursuit : l'intérêt de voir s'écharper l'Allemagne et l' URSS , qui s'affaiblissent ainsi, mutuellement, ne déplaît pas aux démocraties occidentales .

   Le 23 août 1939, l'URSS signe avec Hitler, et à sa demande, le fâmeux Pacte de non agression !( Molotov- Ribbentrop ) . Que vouliez-vous qu'ils fissent !

   L'indignation fut grande chez les Philistins!

 

   Oui ! je me demande comment ces hommes et ces femmes de bonne volonté ont pu se forger une conviction, dans ce fatras de calculs politiques, d'hypocrisie diplomatique, de choix de société hors de toute humanité, d'égoïsmes nationalistes, de pacifisme béat , d'intérêts matériels, de folie sûrement ...

 

 

   NB :  Texte qui emprunte ses références au livre de Roger Garaudy :"Souviens-toi ". 1994 . Ed. Le temps des cerises ; et au livre de Eric J. Hobsbawn : l'Age des Extrêmes . 1999 . Editions Complexe .

 


 

   

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Published by regain2012 - dans histoire
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