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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 13:12

 " L'héritage de Margareth Thatcher c'est une nation d'individus riches et de communautés pauvres " . ( Leader du Parti Libéral britannique ) .

 ( Illustration : afrus.ru ) .france_de_jef_site_0.png

 

   C'est l'histoire d'un enfermement idéologique,  psychologique et technocratique . Entre 1983 et 1986, au moment du tournant de la rigueur des années Mitterrand, aprés une tentative d'ouverture vers un socialisme modéré, entre 1981 et 1982, trois figures du socialisme français, Jacques Delors, Laurent Fabius et Pierre Bérégovoy, vont convaincre François Mitterrand de la nécessité d'un changement de stratégie, et avec son accord, engager la France, sur la voie du libéralisme financier et de la libre circulation des capitaux .

    Le paradoxe est fort : "  C'est Jacques Delors, figure importante du socialisme français qui va être, plus que quiconque, l'architecte de la rigueur française et amener le Parti Socialiste à remettre en question, complètement, ses positions sur les questions financières ... Ce fut un moment où les positions de la gauche française en matière de libéralisation des capitaux ne se distingua plus de celles de la droite ... ". ( Rawi Abdelal . Harvard Businness School ) .

   Comme le dit encore le professeur de Harvard, les Etats-Unis ne vont pas mener le combat pour institutionnaliser les règles et les obligations d'un marché financier libéral, ils étaient plutôt  partisans de laisser les marchés s'imposer, au coup par coup, librement . Ils vont donc regarder faire les Français, sans les forcer .

   " Ce n'est donc pas une capitulation de la gauche européenne qui ouvre la voie à l'instauration du libéralisme sur les marchés financiers, la gauche française a fait beaucoup plus que de se laisser briser par les réalités de la mondialisation, les socialistes français se sont ralliés, dans les années 1980, carrément, au marché ...

   A cette époque, la gauche et la droite, française et européenne, n'étaient d'accord sur pratiquement rien, sauf sur la finance " .

    Voici ce que dit J. Delors, dans un entretien, en décembre 2004, avec Rawi Abdelal  : " Historiquement, il a toujours existé en France une position minoritaire - une partie de la gauche et les démocrates chrétiens -  qui considère l'inflation comme le pire fléau pour la santé à long terme de l'économie, parce qu'elle ronge la valeur de la monnaie, pousse à la fuite des capitaux, lèse les pauvres et les classes moyennes . Cette minorité a toujours cherché à moderniser la France, à stabiliser sa monnaie, à combattre l'inflation, à promouvoir l'emploi et une croissance saine . Il se trouve qu'elle l'a emporté, en France, dans les années 1980, mais la bataille a été longue et dure " .

   Analyse en forme d'aveu, mais particulièrement anachronique par rapport à la situation de 2013 .

 

   Enfin, passons ! L'histoire commence en 1981 . De 1961 à 1981, l'Europe et l'OCDE résistent à toutes les tentatives de libéralisation des mouvements de capitaux . Seuls quatre pays, Etats-Unis, Grande- Bretagne, Allemagne et Japon se sont engagés dans cette voie .

   En 1981, suite aux mesures économiques et sociales avancées du gouvernement d'Union de la Gauche de F. Mitterrand, les marchés sont trés irrités et organisent une fuite des capitaux massives . Malgré un contrôle des changes draconnien et aprés trois dévaluations du franc, en dix huit mois, et un niveau des réserves en devises trés affaibli , deux ans plus tard, sous la houlette de J. Delors, la France décide que, puisqu'on ne peut enrayer la fuite des capitaux, on n'a qu'à faire comme au judo : " on se couche avec l'adversaire " . C'est à dire, qu'on en libéralise la circulation, pour qu'ils reviennent .

   Ce que confirme le Français Henri Chavransky, alors Président du Comité des Mouvements de Capitaux de l'OCDE, de 1982 à 1994, dans un entretien, en avril 2004, avec Rawi Abdelal : " Nous avons compris que dans une époque d'interdépendance, les capitaux trouveraient toujours le moyen de circuler , et nous avons été obligés de libéraliser l'ensemble " .

   Peter Hall,  professeur à Harvard, appelle cette sorte de conversion, " le long processus d'apprentissage  de la gauche française " .

   La vérité est ailleurs .  Jonah Levy, professeur à Berkeley, en sciences politiques, spécialiste de Tocqueville, voit dans ce qu'il accepte d'appeler un " apprentissage ", autre chose : " Un Delors, un Fabius, un Bérégovoy, et d'autres, avaient des raisons plus personnelles de se rallier à l'économie de marché, ce choix leur permettait de se doter d'une identité politique attrayante, d'un profil moderne, compétent, qui tranchait avec l'image archaïque et excessivement idéologique d'un Chevènement ou d'un Marchais " . 

   Les membres influents du Parti Socialiste avaient commencé à se réinventer .

   Aprés avoir largement assoupli les contrôles sur les mouvements de capitaux, dés 1983, supprimé le plafond d'allocations de devises en cas de voyage à l'étranger et le carnet des changes, en 1985, ils entreprennent de libéraliser à peu prés toutes les transactions financières et notamment autorisent la création d'eurobonds libellés en francs : une banque étrangère peut créer et mettre en vente  une obligation sur le franc . Ce qui est le summum de ce que permet le libéralisme . La monnaie d'un pays peut se créer ailleurs que chez lui .

   Paradoxalement, lors de la cohabitation - Mitterrand, Chirac - entre 1986 et 1988, le gouvernement de droite ralentira le mouvement . Mais en 1988, les socialistes revenus aux affaires, sous la houlette de Michel Rocard, achèvent la besogne . Ce qui permet à Rawi Abdelal  de dire : " au 1er janvier 1990, le compte de capital de la France est complètement ouvert " .

   Le Français Pascal Lamy, un socialiste, aujourd'hui  Directeur Général de l'OMC, à l'époque collaborateur de Jacques Delors, confirme tout cela : " Lorsqu'il s'agit de libéraliser, il n'y a plus de droite en France . La gauche devait le faire, parce que la droite ne l'aurait pas fait " . ( Entretien avec R. Abdelal ) .

   Un conservateur, comme Jacques de Larosière, ancien Directeur Général du FMI, ancien gouverneur de la Banque de France, ex- collaborateur de Giscard d'Estaing, confirme ce constat, lui qui disait qu'il fallait nuancer les bienfaits de la libre circulation des capitaux : " Sans les institutions et les procédures de surveillance voulues, les mouvements de capitaux peuvent causer des ravages " , dira-t-il .

   L'ardeur de la gauche française à surpasser la droite ne se borna pas à la finance et s'étendit à tous les domaines de la vie économique .

   En matière monétaire, Jonah Lévy constate, chez les socialistes,  " une orthodoxie financière beaucoup plus forte que celle observée chez les gens de droite " , alimentée par cette soif de " crédibilité " .

   Ce phénomène a été largement analysé . Serge Halimi, spécialiste en sciences politiques, y voit " l'ambition de faire ses preuves sur le terrain même de l'opposition . Cette conviction  se traduit par une politique encore plus brutale que celle de la droite lorsqu'il s'agit d'appliquer des politiques économiques orthodoxes " .

   Pour l'économiste luxembourgeois, David Howarth, " il était nécessaire, pour les socialistes de se fabriquer une image de gérants économiques responsables, tant pour des raisons de politique intérieure, la volonté de rester au pouvoir, que pour résister à la spéculation internationale contre le franc " .

   Cette logique de conquête de crédibilité aux yeux des marchés financiers mondiaux exigeait, en quelque sorte, de la gauche française qu'elle se fît " plus royaliste que le roi " .

   Le conseiller du milliardaire américain Donald Trump, l'avocat d'affaires George Ross, dira de son côté : " Les socialistes ont dû vivre un changement massif sans aucune autre stratégie plausible, se débattre dans bien des contradictions et encaisser des coups, mais au final ils gardèrent le pouvoir, au prix d'un certain cynisme de la part de certains et de la dépossession pour les autres de toute conviction forte " .

 

   Et tout allait s'accélérer, au niveau européen, quand l'architecte de la rigueur à la française, Jacques Delors, accède à la Présidence de la Commission Européenne où il va rester dix ans . 

   Delors ne perd pas de temps et produit, en juin 1985, son livre blanc, qui est la feuille de route de l'Europe, pour atteindre au 1er janvier 1993, l'achèvement du marché intégré , non pas sur le seul trépied, de la libre circulation des biens, des services et des personnes, mais avec l'ajout d'un quatrième pied : la libre circulation des capitaux, qui pourtant ne figurait pas dans le Traité de Rome et avait suscité la résistance, pendant plusieurs décennies, de la majorité des Européens dont la France .

   Delors bousculera toutes ces réticences, non sans une certaine rouerie, que d'autres appellent habileté politique . Mais c'est un autre sujet .

   Le tournant français engendrera, par la volonté de certains socialistes français le tournant européen vers le néolibéralisme et le système financier dominateur .

   L'économiste français Jacques Melitz dira : " Lorsque les historiens de l'économie considèreront ce moment crucial de l'histoire financière de l'Europe, ils concluront que le programme français de libéralisation des capitaux a donné le" Livre blanc de Delors " qui lui-même a engendré le passage d'une Europe protectrice au marché intégré des services financiers ".

   Enfermé dans le dogme du " franc fort " protecteur de l'économie, Delors poursuit sa logique, et ne voit la protection assurée du franc, que dans une Union Monétaire, une monnaie unique, qu'il marchande avec l'Allemagne contre la libéralisation des services financiers . L'affaire est conclue entre Helmut Khol, Mitterrand et Delors .

   George Ross écrira que l'Union Monétaire était plus que tout le reste " le bébé de Delors ", qui voyait dans les fondations de cette organisation " l'exploit le plus grandiose qu'un Président de la Commission aurait jamais accompli ", motivation que l'intéressé ne nie pas, puisqu'il déclara, dans un entretien avec R. Abdelal que " ces autres considérations politiques ont joué un rôle " .

   " C'est en France que s'est déroulée la bataille déterminante des idées libérales pour l'Europe ", dans les années 1980, pourra écrire Craig Parsons, professeur à l'Université de l'Oregon .

 

   Le résultat de ces considérations politiques, psychologiques et technocratiques, est que durant ces années-là, l'Europe perdit avec le marché unique des capitaux et les taux de change fixes toute possibilité de conduire des politiques monétaires autonomes . 

   Le résultat de cette conversion est " que l'âme du socialisme est morte dans ces années-là ", que le socialisme perdait, à tout jamais, la capacité de piloter l'économie du pays en toute souveraineté .

   Le résultat est que Jacques Delors enfermait à tout jamais , ses disciples et ses successeurs, dans un cadre dogmatique irréversible .

   Le résultat est que François Hollande , en disciple revendiqué de J. Delors, est enfermé dans ce cadre dogmatique, qu'en technocrate buté il n'en sortira pas, et que donc, la route qu'il trace, au jour le jour, nous conduit dans l'enfer, alors que son maître  nous promettait " l'emploi et une croissance saine " .

 

 

   NB :  d'aprés l'article du professeur Rawi Abdelal - site champ libre - " Le Consensus de Paris :  la France et les règles de la finance mondiale " . ( traduction de Rachel Bouyssou ) .

   

   

 

   

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Published by regain2012 - dans histoire
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