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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 14:00

 (1) ." Je ne sais pas qui est Godot . Je ne sais même pas s'il existe ... Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé , à emporter aprés le spectacle, je suis incapable d'en voir l'intérêt . Mais ce doit être possible " . "  ( Samuel Beckett . Dramaturge irlandais, auteur de la pièce " En attendant Godot " , créée en janvier 1953 , à inscrire dans le courant du théâtre de l'absurde ) .

 ( Illustration pour la pièce En attendant Godot . Fewskulchor ) .

 

 

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   La pièce débute dans " un non-lieu " - route de campagne avec un arbre - à la tombée de la nuit ; deux vagabonds, Vladimir et Estragon, attendent Godot, un homme - qui ne viendra jamais - qui leur a promis qu'il viendrait à ce rendez-vous, sans qu'on sache vraiment ce qu'il est censé apporter, sinon, peut-être, la promesse d'un changement . Mais quel changement ? On ne le saura pas .

   Tout en cherchant à s'occuper, les deux amis laissent transparaître des inquiétudes : est-ce le bon jour et le bon endroit ? Peut-être est-il déjà passé ? Que faire en attendant ?

   Mais un  autre couple va traverser la scène : l'autoritaire  propriétaire Pozzo et son esclave Lucky, dont on retiendra - avant qu'il ne disparaisse -  un discours interminable, de plusieurs pages, sans ponctuation, morcelé et inintelligible  .

   La pièce se termine par la chute des deux vagabonds, aprés une tentative de suicide ratée, dans l'amnésie et l'immobilité .

 

   La revue de la presse européenne qui suit l'intervention de François Hollande du 16 mai révèle quelques perles . Ainsi, le journal britannique The Guardian, ne manque-t-il pas d'humour, en intitulant son commentaire " En attendant Godot ", idée que je reprends à mon compte ici .

   Pour Beckett,  Godot annonçait le changement, mais on ne vit jamais Godot . Pour Hollande " le changement c'était maintenant ", en mai 2012 . Mais ce changement là a la transparence de Godot .

   La conférence de presse n'a été qu'un discours digne de " l'esclave Lucky " de la pièce. Pas une seule fois nous n'aurons entendu le mot " salarié " ; pas une seule fois n'auront été évoqués les risques nouveaux que nous font prendre les banques et leur retrait de l'activité économique ; pas une seule fois les plans sociaux qui déferlent sur notre économie ; pas une seule fois la baisse du pouvoir d'achat .

   Les mesures d'austérité à venir sont abordées " avec des pincettes " : travailler un peu plus longtemps, bien sûr ; mais vous verrez bien ; les allocations familiales réduites, jusqu'où ? vous verrez bien ; de nouvelles augmentations d'impôts, vous verrez bien ; l'indemnisation du chômage : il faudra voir . Autant de mesures déjà en cours de mise en place, mais qu'on refuse d'avouer clairement .

   Alors on se félicite de quelques succés que les Français ont du mal à entrevoir quand ne s'étalent devant eux que la récession, les investissements et les exportations en berne, les chiffres records du chômage, le pouvoir d'achat en chute libre .

   On a l'impression d'entendre le garçon du drame de Beckett venant annoncer le passage de Godot pour le lendemain, sans se souvenir quand arrivera demain .

   F. Hollande nous demande d'attendre le sursaut du pays, qui ne saurait tarder, ajoutant pour nous rassurer que lui aussi attend, par exemple, l'inversion de la courbe du chômage pour la fin de l'année, mais en faisant quoi ? Attendre !

   F. Hollande est persuadé que les crises sont cycliques et qu'aprés cinq ans , l'activité ne peut que repartir , toute seule, d'un coup de baguette magique . Pendant ce temps, il feinte .

 

   Il peut même faire mieux ! A la sortie de sa rencontre avec les Commissaires Européens, mercredi dernier, il décrit son action: " Je soigne l'économie française pour qu'elle puisse repartir " . Croyait-il nous rassurer avec ce langage médical ?

 L'économie française n'est pas malade, elle est harassée, éreintée, épuisée par les vampires de la finance et de la banque, les actionnaires et les rentiers,  qui lui volent les dernières gouttes de son sang . Qu'y a-t-il à soigner là ? Il y a simplement à empêcher des prédateurs de nuire plus longtemps .

   Cher François " Godot " ! Pour des raisons trés différentes au Guardian, je suis obligé de reconnaître avec lui qu'il " existe de forts doutes sur votre volonté de nager contre les courants qui tirent la France vers le fond " .

   A la fin de la pièce de Beckett, Vladimir et Estragon tentent de se suicider !


   

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Published by regain2012 - dans Politique
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