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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 15:07

" Souveraineté populaire, volonté générale, rousseauisme, légende bonapartiste, salvation gaulliste, grand soir qui abolit les classes sociales : toutes ces formes renvoient au fonds égalitaire du système national qui a du mal à concevoir une division simple de l'Assemblée en deux partis, capables de jouer pacifiquement un long match de tennis politique ."  ( Emmanuel Todd . Aprés la démocratie .Gallimard .2008 .)

( Illustration : Centre Ressources Théâtre Handicap . Les souffleurs d'images du Parc de la Villette .)  

 

 

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   Il faut que j'y revienne ! Je ne puis me résoudre à ne pas trouver de réponses satisfaisantes à ces questions qui me taraudent depuis le 6 mai 2012, pour certaines, depuis cinq ans pour d'autres .

   Comment Nicolas Sarkozy a-t-il pu devenir Président de la République en 2007,  puis manquer de peu sa réélection en 2012, ( à 1 million de voix prés ), comment avons-nous pu supporter ses frasques pendant cinq ans , comment avons-nous pu accepter sa vulgarité, sa satisfaction d'exister et de régner, étalée dans tous les médias ?

   " Fébrile, exhibitionniste, agressif, narcissique, admirateur des riches, incompétent en économie comme en diplomatie, cet homme nous avait pourtant révélé qu'il était incapable d'exercer les fonctions de Chef de l'Etat ." ( 1) .

   Rappelons-nous la première année du quinquennat : " Une période d'apesanteur, une période folle durant laquelle aucune règle, aucune tradition, aucune valeur ne semblait plus limiter l'action du nouveau Président ."(1) .

   Comment avons-nous pu tolérer, alors que les crises monétaires, financières, économiques s'abattaient sur le pays avec son lot d'angoisses,  que cet homme continue de nous asséner des images d'un être " ivre de lui-même ", utilisant les conférences de presse " pour vanter les qualités intellectuelles et morales de sa nouvelle épouse " .(1)

   19 millions de voix en 2007, 17 millions en 2012 : en cinq ans, les conventions politiques ont explosé, les traditions idéologiques ont disparu, les bonnes manières se sont évanouies, et pourtant il a failli être réélu !

   Si l'on ne trouve pas de réponses à cette résistance électorale, c'est peut-être parce qu'il ne faut pas les chercher indéfiniment dans le personnage, mais de notre côté . Et si c'était nous, les électeurs, le problème !

 

   Tout le monde reconnaît que le 6 mai 2012, n'a rien à voir avec le 10 mai 1981, en termes de ferveur populaire . C'est que les dérives politiques, du camp de gauche, comme du camp de droite, depuis trente ans, sont passées par là .

   Les résultats électoraux de 2007 et de 2012, ont leurs racines dans trente ans d'histoire récente . Cela commence par la catastrophe électorale de 1993, pour le Parti Socialiste, ( moins de cent députés à l'Assemblée Nationale )  : les couches populaires font payer aux socialistes, leur trahison, leur abandon du soutien à la classe ouvrière et leur choix de l' ouverture à l'ultra-libéralisme, à la libéralisation de la circulation des capitaux .

   Cette dérive de la gauche n'est pas anodine . Pour l'élection présidentielle de 1995,  le climat politique est " à la volitilisation idéologique", pendant plus de trois mois, on ne parle que d'un deuxième tour " Chirac- Balladur", exit le PS de ce débat .

   Et en 2002,  la poursuite de l'errance programmatique  du PS et de  L. Jospin, aux antipodes des aspirations populaires, consacre l'éjection du PS du débat : lourde abstention des couches populaires,( 30%),  choix du vote contestataire à l'extrême gauche, ( 15%) , mais surtout les 16.9% de J. M. Le Pen .

   La condamnation des deux partis de gouvernement est sans appel : moins de 20% pour le Président sortant, Chirac, 16.2% pour le premier Ministre sortant, Jospin , au premier tour .

   Quinze jours aprés, Chirac est élu avec un score de 82%, score complètement irrationnel, dans une confusion politique où tous les repères idéologiques ont sauté. Erreur monumentale de la gauche, sans cap politique :  les partis ne contrôlent plus rien :  le 21 avril 2002 consacre le début de la décomposition politique du pays .

   " La France est malade ".

   Car à droite, Chirac en est aussi aux renoncements . Le sabordage de l'idée gaullienne à travers la création de l'UMP, arme prévue pour la mise sur orbite de Juppé en vue des présidentielles suivantes efface toutes les nuances des droites traditionnelles, particulièrement catholiques et radicalo-laïques . Mais au moment des démêlés de Juppé avec la Justice, un petit malin va surgir de sa boîte et s'emparer de l'UMP . C'est facile, il n'a pas d'idéologie, et l'UMP n'en a plus, sinon l'argent . Quand on n'a pas d'idées, on n'a pas d'ennemis .

 

   Le théâtre est prêt pour 2007 ! En 2007, il faut admettre, pour comprendre ce qui s'est passé, que la pièce se joue à deux .

   Au PS,  personne ne sent l'élection et n'en veut ; personne ne veut assumer le grand écart, entre une pensée libérale et une demande populaire de Justice .  Alors on laisse partir Ségolène Royal seule à la bataille . S. Royal, livrée à elle-même, va déraper autour de sujets sociétaux, " l'ordre juste", l'encadrement de jeunes délinquants par les militaires, le drapeau aux fenêtres, la Marseillaise à l'école, bref une campagne à droite, terrain sur lequel, N. Sarkozy est plus fort qu'elle . Tellement que les discours de division, que nous connaissons bien aujourd'hui, lui ramèneront une moitié des voix de J. M. Le Pen .

   La désorientation des électeurs est à son comble . C'est ce qui explique le score inespéré de F. Bayrou, 18%, largement démenti cinq ans plus tard . Une fraction de l'ancienne démocratie-chrétienne ne s'est pas reconnue dans le personnage cupide de N. Sarkozy ; mais au deuxième tour, n'a pas trouvé S. Royal à la hauteur de la tâche .

 

   Eh ! bien, nous voilà en 2012 . Et la France est toujours malade, malgré le résultat du 6 mai . Toute la confusion politique de ces quinze dernières années reste devant nous, entière, et non résolue .

   Les choix économiques de F. Hollande restent " flous" , et malgré les mises en scène médiatiques, les Français attendent des choix majeurs, aprés les élections législatives . Aucune erreur ne sera pardonnée à F. Hollande .

   D'autant plus que le score serré du 6 mai, nous fait dire que N. Sarkozy n'est pas fini en tant qu'homme politique . Si notre société continue de déraper, il peut rebondir, et rebondir en pire, car il n'aurait en face de lui que Marine Le Pen .

   Les socialistes viennent d'endosser une trés lourde responsabilité : sortir le pays de la crise, tout en l'aidant à retrouver les valeurs fondamentales de la politique .

 

 

 

 

   NB : (1). Citations empruntées au livre d'E. Todd . Aprés la Démocratie . Gallimard . 2008 .

   

   

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Published by regain2012 - dans Société
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