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8 novembre 2017 3 08 /11 /novembre /2017 17:19
Lénine à Petrograd : novembre 1917 .

Lénine à Petrograd : novembre 1917 .

CENTENAIRE : COMMENT LA REVOLUTION D'OCTOBRE A CHANGE LA FACE DU MONDE .
( 07 Nov 2017 )

Jacques Pauwels (1) . ( Extrait )

À l’occasion du centenaire de la révolution d’Octobre, l’historien Jacques Pauwels revient sur cet événement qui a marqué le monde. Comment les soldats, les ouvriers et les paysans de l’empire russe ont renversé l’ordre établi ? Quel rôle Lénine et les bolcheviks ont-ils joué ? Pourquoi le reportage d’un journaliste américain, présent au cœur de la tempête, a eu un effet retentissant à travers le monde, jusqu’au cœur des Etats-Unis ? Comment la contestation y a-t-elle été étouffée par les champions autoproclamés de la démocratie, avec le concours du Ku-Klux-Klan ? Comment l’Union soviétique a changé le cours de l’Histoire, depuis les mouvements pour l’indépendance dans les colonies jusqu’à la victoire sur le nazisme en passant par la lutte pour la libération des Afro-Américains ? Démêlant les mythes des réalités, Jacques Pauwels nous explique comment la révolution d’Octobre a changé le monde et pourquoi nous sommes redevables des peuples de l’empire tsariste qui se sont soulevés, il y a cent ans .

En 1917, alors qu’elle était encore profondément impliquée dans la Grande Guerre, la Russie fut secouée par une double révolution . Une première vague révolutionnaire a traversé le pays vers la fin de février, selon le calendrier Julien alors encore en usage dans l’empire des tsars ; c’était déjà en mars selon le calendrier grégorien, plus précis, qui avait été adopté depuis longtemps dans la plupart des autres pays, mais qui devait être introduit en Russie seulement au début de 1918 . Une deuxième phase révolutionnaire a suivi en octobre, ou novembre selon le calendrier grégorien. De sorte que cette « révolution d’Octobre » devait être commémorée plus tard chaque année au onzième plutôt qu’au dixième mois .

La révolution de février/mars a conduit à l’abdication du tsar ainsi qu’à toutes sortes de réformes démocratiques remarquables, comme la séparation de l’Église et de l’État ou l’introduction du suffrage universel . Mais octobre a vu l’arrivée au pouvoir des bolcheviks, dirigés par Lénine. C’étaient des socialistes marxistes, mais ils différaient très fort des adeptes, bien plus nombreux, de la variété « réformiste » ou « évolutionniste » du socialisme . Ceux-là étaient simplement appelés « socialistes » ou sociaux-démocrates. Contrairement à ces derniers, les bolcheviks continuaient à croire qu’une transition révolutionnaire était nécessaire et souhaitable pour passer de l’ordre établi capitaliste à une société socialiste. En Russie, cet ordre établi était encore principalement féodal .

Sous les auspices bolcheviques, à l'automne 1917, la révolution russe se radicalisa, comme en témoignent les mesures « communistes » telles que la redistribution des terres ainsi que la socialisation des usines et autres moyens de production . Une autre décision importante, véritablement révolutionnaire, prise par Lénine et ses camarades, fut de retirer la Russie d’une guerre qui durait depuis des années, une guerre qui avait provoqué des pertes et une misère sans précédent pour le peuple russe .

Une révolution bien accueillie par les masses populaires à travers le monde .

Journaliste américain issu d’une famille bourgeoise, mais socialiste convaincu, John Reed a été témoin des événements turbulents de la Russie à l’automne 1917. Il a écrit un livre sur le sujet : " Dix jours qui ébranlèrent le monde ". Le récit a été publié à New York en 1919 . Le succès qu’il a rencontré montre comment les ouvriers et autres salariés, ainsi que de nombreux si pas la plupart des fermiers, de même que d’innombrables petits-bourgeois, ont accueilli les nouvelles de la révolution d’octobre avec un grand intérêt et un véritable enthousiasme aux Etats-Unis. Cela contredit l’idée répandue selon laquelle l’Amérique a toujours été une forteresse inattaquable du capitalisme, où le bolchevisme (ou le communisme) et même le socialisme (ou la social-démocratie) n’auraient jamais eu l’occasion de prendre racine .

Aux États-Unis, en Europe occidentale et dans beaucoup d’autres parties du monde, la révolution d’Octobre a effectivement bénéficié d’une sympathie, d’un soutien et même d’une émulation remarquables de la part des membres des classes inférieures ; et les raisons de cela étaient les mêmes qu’en Russie . 
Un premier facteur déterminant était la fatigue générale qu’avait produite la guerre après des années de massacres massifs, futiles et interminables. C’est ce qu’on appelait la « Grande Guerre ». Devant l’attitude intransigeante et belliqueuse de tous les gouvernements, échapper à cet enfer ne semblait possible qu’au travers d’une révolution .

Deuxièmement, le peuple éprouvait une rancœur amère à l’égard des élites aristocratiques, bourgeoises et cléricales qui régnaient encore dans tous ces pays en 1914 d’une manière parfaitement antidémocratique. Ces élites provoquaient la guerre, lui trouvaient des prétextes, la perpétuaient et en tiraient même d’énormes profits, du moins pour les banquiers et les fabricants d’armes.

Troisièmement, les prolétaires étaient extrêmement irrités parce que ces mêmes élites avaient utilisé la guerre comme prétexte pour arrêter le processus de démocratisation politique et sociale qui avait fait des progrès remarquables (quoique lents et limités) depuis la fin du 19e siècle, grâce aux efforts du mouvement ouvrier . Des acquis démocratiques avaient été durement obtenus sur le plan social et politique, comme la limitation du temps de travail ou le droit de grève. Mais dans tous les pays belligérants, la plupart sinon la totalité de ces acquis ont été « réduits » peu après le début de la guerre. Partout où ils existaient, les embryons de systèmes parlementaires démocratiques devaient être remplacés, de facto sinon de jure, par des régimes autoritaires comme ceux de Clemenceau, Lloyd George et Ludendorff .

Ces régimes étaient caractérisés par une limitation drastique des libertés et une répression « proto-totalitaire » des pacifistes et des dissidents en général . Dernier point, mais non des moindres, une misère de plus en plus grande était infligée aux classes inférieures . Ce sont elles qui essuyaient la plus grosse partie des massacres et des décès sur le front . À l’intérieur du pays, elles devaient travailler plus longtemps pour un salaire toujours plus bas . Tout cela au nom d’une cause sacrée dans laquelle, aveuglées par un déluge de propagande patriotique, ces classes n’avaient cru que très brièvement, dans cet étouffant été de 1914.

Marx s’était-il trompé ?

 

(1) 

Source: " Investig’A ".

(1) . Jacques R. Pauwels (né à Gand, Belgique, en 1946) vit depuis 1969 ans au Canada . Docteur en sciences politiques et en histoire, il a enseigné ces matières à l’Université de Toronto . Il est l’auteur des livres " Le mythe de la bonne guerre ", " Big business avec Hitler " et " 1914-1918, La grande guerre des classes " aux Editions Aden .

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