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3 octobre 2017 2 03 /10 /octobre /2017 13:11
" Le Pandemonium " de John Martin, Musée du Louvre .

" Le Pandemonium " de John Martin, Musée du Louvre .

Le Pandemonium : nom inventé par l'Anglais John Milton dans son livre " Paradise lost ", paru en 1667 ( du grec, pan : tout, et dàimôn : démon ), désigne la capitale des Enfers . Il désigne aujourd'hui, tout lieu où règnent chaos, décadence et corruption .

La Catalogne ? Evitons, avant toute chose, la rhétorique confortable consistant à partager les camps, en bons et méchants . Ce dimanche 1 octobre, en Catalogne, le gouvernement, très conservateur, du premier ministre Mariano Rajoy et du Parti Populaire Espagnol, s'est laissé glisser avec une brutalité inacceptable dans l'habit du méchant faisant, mécaniquement, du peuple catalan un peuple martyr . S'ensuit-il, pour autant, qu'il ait tous les torts ?

Durant toute la semaine qui a précédé la tenue du référendum d'auto-détermination, les actions judiciaires et policières avaient suffisamment perturbé l'organisation de la consultation électorale, constitutionnellement illégale, pour que le gouvernement central n'eût nul besoin, le dimanche, d'envoyer Garde Civile et Police Nationale, charger des files d'attente d'électeurs, farouchement décidés à voter . Le résultat, en termes médiatiques, était connu d'avance .

Il existe dans le monde démocratique un principe essentiel consacré par la loi internationale : " le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes " . Si une majorité de Catalans, à condition que ce soit d'une manière claire et nette, ce qui signifie qu'un citoyen ne vote pas plusieurs fois, que son identité soit bien contrôlée avant son vote, que les urnes restent sous le contrôle visuel permanent de toutes les parties, que les procès-verbaux des dépouillements soient approuvés par des autorités indiscutables et les différentes parties, que la centralisation des résultats soit également transparente, que la désinformation ne prenne pas le dessus sur la vérité, si une majorité de Catalans donc, une fois toutes ces conditions garanties - ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui - signifie sa volonté d'indépendance, on ne voit pas très bien au nom de quel principe supérieur on pourrait la lui refuser, sur le long terme .

Au Canada, au Royaume-Uni, dans des circonstances proches, le Québec et l'Ecosse ont tenu des référendums d'indépendance . A chaque fois, de courtes majorités ont choisi l'union, ce qui tend à prouver que la sécession n'est pas une issue irrésistible . Dans le cas inverse, de longues négociations de séparation juridique auraient eu lieu préparant le terrain à une séparation équilibrée dans le respect de chacun .

C'est le cas en France, où l'année prochaine, la Nouvelle-Calédonie pourra gagner son indépendance - si le peuple le décide ainsi - après trente ans de préparation de cet événement à la suite des accords de Matignon signés par le gouvernement de Michel Rocard en 1988 et les représentants canaques prorogés par le gouvernement Jospin à Nouméa, en 1998 .

Dans les années 1990, Croates, Slovènes, Bosniaques, gagnèrent leur indépendance par la force des armes face à la posture brutale et impérialiste de la Serbie, on en connaît le résultat : plus de 200 000 morts . Ce précédent yougoslave devrait inciter chacun, dans la péninsule ibérique, à plus de retenue .

En politique, les décisions ne se prennent pas seulement sur les principes, fussent-ils supérieurs, mais également en termes d'opportunité, c'est à dire en examinant concrètement les conséquences probables d'une déclaration d'indépendance unilatérale : car c'est là que se loge " le pandémonium ", le chaos prévisible .

Que sera par exemple le statut des Catalans qui veulent rester espagnols ? Ne va-t-on pas voir naître des citoyens de premier ordre et des citoyens de second ordre qui devront se soumettre sans discuter à un pouvoir nouveau qui pourrait devenir très vite intolérant ? Comment maîtriser le processus de démembrement de l'Espagne que l'indépendance catalane ne manquera pas de faire surgir, au Pays Basque, en Navarre, aux Iles Baléares, aux Canaries, en Galice même ? Et subséquemment en Corse - voire en Bretagne, en Alsace - en ce qui concerne la France ? Chimères, répondront certains ! Je demande à voir, leur rétorquerai-je .

Dans ces affaires, où l'incandescence est absolue, il est un impératif incontournable : donner au temps toute sa place, comme la France sut le faire en Nouvelle-Calédonie . Après tout, quand on attend depuis plusieurs siècles, on peut attendre une ou deux décennies de plus et choisir la négociation, la temporisation, la confrontation théorique et non l'affrontement violent .

Evidemment ces quelques réflexions font figure de " bonnes paroles ", lénifiantes, faciles, et c'est un peu vrai . Mais quel est l'autre chemin ? " La violence nationaliste " ! Les petits enfants des combattants de 1936 - 1939 ont oublié l'horreur de cette période .

 

NB : d'après la " Lettre politique " de Laurent Joffrin, Libération, 02/10/2017 .

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Published by regain2012 - dans Politique
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