Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 12:56
Procession de pénitents : semaine sainte .

Procession de pénitents : semaine sainte .

Sous-titre : la religion et la politique .

" En matière de religion, il faut convenir, que la très catholique Espagne fut plus souvent hétérodoxe qu'orthodoxe, nourrissant en son for intérieur l'hérésie qu'elle poursuivait au-dehors " ( Alfred Fouillée ) .

La religion espagnole est restée étrangère à toute métaphysique et n'a pas davantage conservé le sens profondément moral des dogmes . Elle est ritualiste, comme la religion des Romains, mais au lieu de l'indifférence foncière qui a caractérisé la foi italienne, l'espagnol a montré toute l'ardeur du fanatisme . Ce fanatisme, en Espagne, ne provient pas, comme chez les Germaniques, de l'intériorité mystique d'une pensée perdue en Dieu, il est plutôt l'expression d'un attachement inflexible et aveugle " aux dehors de la religion " au culte et aux pratiques . Ce fanatisme dont on a pu dire qu'il est à la religion ce que la jalousie est à l'amour, et l'Espagnol est trop jaloux pour ne pas être très fanatique . La dévotion a abouti, en Espagne, à toutes les macérations orientales, à cette dureté envers soi qui est le pendant de la dureté envers les autres . Ne voyait-on pas, autrefois, se promener dans les villes des pénitents nus jusqu'à la ceinture, le corps bleu et meurtri de coups, portant jusqu'à sept épées passées dans leur dos de dans leur bras ou d'autres ployant sous le poids de croix énormes, recevant des autres fidèles du vinaigre en guise de cordial, pour ne pas tomber inanimés ? 

C'était " l'ostentation de la pénitence " et la fierté castillane ne perdait rien à cette humilité .

Un autre caractère de la foi espagnole, c'est son prosélytisme conquérant, ce besoin de s'imposer à l'infidèle ou à l'hérétique . La castillane Thérèse d'Avila, le basque Ignace de Loyola, le navarrais François Xavier de Jasso, sont les incarnations des grandes aventures religieuses, pendants des grandes conquêtes, menées par l'Espagne, prévoyante sagesse mais prosélytisme inquiet qui ne perd jamais de vue ni la fin, ni les moyens que la fin justifie .

Quand elle n'est pas conquérante et envahissante, la foi espagnole n'aboutit qu'à une pratique machinale et formaliste . Ce n'est plus l'esprit qui sauve, c'est la lettre : la stricte observance, le salut non pas par les oeuvres ou la foi intérieure mais par les rites extérieurs, ainsi que le montre le dramaturge Calderòn de la Barca dans sa pièce  " La dévotion à la croix " . 

Ainsi déviait, aux mains de l'Espagne, un catholocisme altéré en son essence : une extériorité contraire au véritable esprit du christianisme qui enseigne que sans la disposition du coeur, l'effet au dehors n'est que mensonge, qu'une bonne action perd son prix si l'intention n'est pas droite voire que l'acte même de piété exprimé par un coeur indigne constitue le plus haut sacrilège .

De tout cela, on peut induire que le catholicisme espagnol était bel et bien " hérétique " .

 

Sept siècles de guerres incessantes pour la " Reconquête " du territoire et le prosélytisme de la religion avaient fait naître une sorte de rêve d'unité en Espagne . Le pays put connaître cette unité durant deux siècles, particulièrement au cours du XVIe s. - appelé, énorme paradoxe, le Siècle d'Or espagnol - sous les règnes des deux premiers Habsbourg . Mais à quel prix ? La guerre des Communes, sous Charles Quint, enterra les libertés publiques acquises dans les combats de la reconquête ; la répression sanglante du protestantisme par le fils, Philippe II,  ruina la liberté de conscience . Il n'est pas inintéressant de rappeler ici la devise de ce monarque : " Dissimuler " !

L'Espagne, en son temps de grandeur, possédait le Portugal, Naples, Milan, La Franche-Comté, les Flandres, en Europe ; la plus grande partis de ce qu'on nomme aujourd'hui l'Amérique latine, plus d'importants comptoirs en Afrique, dans l'Inde, en Malaisie . De Bornéo à la Californie, on disait que l'Océan pacifique n'était qu'un lac espagnol .

La politique reprenait le dessus mais en cultivant dans ce peuple inquiet les éléments les plus dangereux de son caractère : l'indolence méridionale d'origine sémitique, l'aversion des choses nouvelles - toujours synonymes de conquêtes -, la réduction de l'activité spirituelle aux formes extérieures et à une vie imaginative .

" Tout régime tendant à établir par l'oppression l'uniformité d'idées va contre la nature des choses et n'engendre que dégénérescence et misère " . Le fanatisme des uns entraîne l'hypocrisie des autres et le proverbe espagnol a raison qui dit que " le diable a coutume de se masquer derrière la croix " . 

Un peuple vit surtout par la conscience, source de toute moralité . Le despotisme politique et le fanatisme intolérant ont toujours pour résultat de supprimer la dignité personnelle pour la remplacer par l'obéissance de la machine à des règles bien trop formelles . Et le véritable esprit politique qui donne à une nation la libre communauté des idées et des sentiments fut étouffé pour céder la place à une unité extérieure et factice sans lendemains car au moment où le pouvoir absolu faiblit, l'unité artificielle fait place à l'anarchie .

Dès lors, les conditions de climat, la configuration géographique, les questions de transport, reprirent le dessus ; les montagnes refirent leur apparition entre les provinces, autant d'images visibles de la séparation des esprits .

L'essor du commerce et de l'industrie s'arrêtant avec celui des intelligences, tout recommença à végéter et tout l'or ramené des Amériques par les galions n'y put rien : la population qui avait été de 40 millions d'individus sous l'empire romain tomba à 6 millions d'individus en 1700 .

On se mit à vivre avec les souvenirs d'une grandeur passée, avec l'orgueil chevaleresque sans ce qui le justifiait, avec l'étroitesse de conscience, pire, avec l'absence d'inspiration morale . Le résultat intérieur fut l'universel effondrement des différents caractères de l'espagnol auquel il faut ajouter sur le plan matériel une famine endémique car jamais la poursuite de l'or ne ruine plus rapidement une nation même au point culminant de sa puissance et de sa gloire .

La tradition populaire veut qu'à l'origine du monde " l'Espagne demanda au Créateur un beau ciel : elle l'obtint ; une belle mer, des beaux fruits, de belles femmes : elle les obtint , aussi ; mais quand vint le moment de demander de bons gouvernants, Dieu répondit : " Non ! Ce serait trop . L'Espagne deviendrait le paradis sur terre " . 

Le roi Ferdinand d'Aragon, époux d'Isabelle la Catholique, se plaignait même, que Dieu avait également refusé à l'Espagne des hommes gouvernables . Peut-être parce que " la discorde est dans le sang des espagnols, esprits inquiets, pauvres et tournés aux violences ", explique Francesco Guicciardini, ambassadeur de Florence auprès de Ferdinand d'Aragon, dans " Relazione di Spagna "

Un portrait qui de nos jours n'a pas encore perdu toute sa vérité : l'électeur espagnol, à cause de son histoire, ignore à peu près ce qu'est la résistance quotidienne à un gouvernement dont il a appris qu'il a toujours la majorité, par un moyen ou par un autre . La seule ressource donc pour un Espagnol qui veut afficher son indépendance est " la rébellion " .

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by regain2012 - dans histoire
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Regain 2012
  • Regain 2012
  • : Pour un retour à la démocratie réelle où le citoyen redevient acteur de son avenir et cesse de déléguer son pouvoir à des partis ou à des dirigeants trop éloignés des souffrances des peuples.
  • Contact

Vous aimerez peut-être :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Recherche

Nuage de tags

Nombre de visiteurs en ligne

Il y a actuellement    personne(s) sur ce blog

Catégories

Liens