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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 14:52
Courrier international .

Courrier international .

" Dans l'ambiance politique qui est la nôtre, deux facteurs d'immoralité sont réunis : d'un côté, la surlégitimité héritée d'un appareil public ancien ; de l'autre, un climat social corrupteur issu du néo libéralisme nouveau " ( Marcel Gauchet ) .

Si la question de la morale est revenue au premier plan en France, comme on le voit à travers le climat de défiance qui pollue la campagne électorale de la présidentielle, cela tient à un élément essentiel : " Le culte de l'Etat " avec lequel nous avons longtemps vécu et qui faisait qu'on passait beaucoup de choses aux gouvernants .

L'Etat a été longtemps habité, chez nous, par une sacralité, diffuse et diluée, et pourtant bien présente qui voulait qu'on ne posât pas les questions que les citoyens sont normalement en droit de se poser . Et il y avait une justification historique à ce " sacré " : le maintien de l'impératif suprême du fait politique parce qu'il représentait le salut du peuple, la protection du peuple - comme on peut l'entendre encore, de-ci, de-là - sous la forme de la défense nationale . Les trois derniers grands conflits européens, la guerre de 70, la guerre de 14-18, la seconde guerre mondiale, plus les grandes figures surgies des tensions que ces conflits provoquèrent, Gambetta, Clémenceau, Charles de Gaulle participèrent de ce mouvement accordant à l'instance chargée de nous protéger une légitimité évidente pour tout le monde . 

Mais cette éminence de l'autorité publique, mélange de révérence et de résignation a vécu : l'autorisation tacite, donnée autrefois aux dirigeants de se conduire de façon machiavélique pour le plus exigeant, malhonnêtement pour le plus banal, n'a pas résisté aux coups du néolibéralisme et c'est ce qui se défait aujourd'hui, sous nos yeux . D'un côté, la transcendance de l'Etat s'efface complètement, de l'autre, les impératifs immédiats qui justifiaient ses commandements ont disparu puisque la politique, aujourd'hui, c'est gérer et non plus préserver l'existence même de la communauté publique .

Dès lors, la remise en question de " la privilégiature " qui s'était construite à l'abri de l'ancien ordre défensif devient naturelle, contestation " d'une nomenklatura " , se pensant hors d'atteinte des suspicions citoyennes, un cercle de quelques milliers de personnes vaquant à leurs occupations, dans la haute fonction publique, la politique, la haute administration, et jouissant d'une situation particulièrement confortable .

Cela est devenu inacceptable pour le citoyen et d'autant plus insupportable que le personnel politique n'a toujours pas pris conscience de l'évolution de la société et continue de vivre comme si l'élu conservait des droits supplémentaires par rapport à nous . Pire, alors que la nomenklatura pense qu'il est logique de vouloir s'enrichir à un certain âge et à un certain niveau de compétence, classes moyennes et populaires vivent le déclassement apporté par la mondialisation, le chômage, la perte de revenus et supportent de plus en plus seuls la charge de l'impôt .

Voilà ce que ne comprend pas François Fillon .

La France n'en demeure pas moins un pays étrange et contradictoire . Elle est la seule à avoir élaboré une " méritocratie publique ", qui donne une légitimité au pouvoir qu'il n'a nulle part ailleurs . La réforme de l'Etat de 1945, et la création de l'ENA, dont le but était de démocratiser le service public, en éliminant la cooptation au sein des grands corps de l'Etat, en lui donnant des serviteurs formés moralement, intellectuellement et politiquement, capables de résister à toutes les tentations, dans le contexte de l'après guerre, jouissant d'une compétence incontestable les mettant à l'abri des pouvoirs politiques, ce qui nous donna une des administrations les plus intègres du monde, ne résista pas, avec l'arrivée des normes néolibérales, et de l'individualisme qui leur est inhérent, aux facteurs de corruption que ce système introduisit dans la machine de la haute-administration .

Parlez avec les politiciens d'aujourd'hui des affaires d'argent qui polluent la vie publique et politique française, du scandale des primes abusives, des emplois fictifs, du financement illicite des partis ou de la fraude fiscale, bref de tout ce qui est devenu un jeu dangereux pour la démocratie, la réponse que vous recevez est toujours la même : " Regardez ce que gagnent les patrons ! ", ce qui en dit long sur l'état d'esprit des politiques . 

D'où le rêve, devenu banal  : quitter, quand leur carnet d'adresses est suffisamment bien garni, la haute fonction publique, pour un fonds d'investissement de la City de Londres .

Le déni de F. Fillon de ses turpitudes est là, dans ces quelques mots : l'homme d'Etat, auto-proclamé au demeurant, considère qu'il est victime d'un manque de respect qui lui est dû, de par sa place dans l'Etat . Mais voilà ! L'histoire est passée et n'est pas Clémenceau qui veut !

NB : réf. " Le nouveau monde " ( Marcel Gauchet ), Gallimard, 2017 .

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Published by regain2012 - dans Politique
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