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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 15:06
Photo : Le Parisien.fr .

Photo : Le Parisien.fr .

" Quand le possible est improbable, le souhaitable peut, au moins psychologiquement, tenir lieu de réalité " ( Jacques Julliard , Journaliste ) .

Hier soir, lors du troisième débat de la primaire socialiste, je me suis cru au théâtre, devant une pièce de Pirandello : six personnages allaient et venaient, se croisaient, s'apostrophaient parfois, soliloquaient souvent, levaient les yeux au ciel à certains moments, chacun visiblement pris dans son histoire personnelle et tous en quête d'un auteur qui à l'évidence n'était pas là .

J'en écarte un, d'emblée, un tantinet illuminé, qui visiblement n'a besoin de personne pour se raconter et qui nous fait sourire quand il annonce les premières mesures qu'il prendra, dès son arrivée à l'Elysée .

Mais ces six comédiens jouaient-ils la même pièce dans la mesure où les trois acteurs principaux du drame étaient absents : F. Hollande au centre, J.L. Mélenchon à gauche et E. Macron à droite ? C'est donc bien à un véritable théâtre d'ombres que la "Belle Alliance Populaire " nous conviait, hier soir, sur le service public dans la mesure où, jusqu'à ces derniers jours, le vainqueur de cette consultation ne se voit crédité que de la 5e place au premier tour de l'élection présidentielle du printemps prochain, après M. Le Pen, F. Fillon, E. Macron et J.L. Mélenchon .

Un classement aussi piteux explique l'atmosphère irréelle qui entoure la désignation du candidat socialiste dont les chances de parvenir à l'Elysée sont nulles .  

Cependant, la primaire n'est pas totalement dénuée d'intérêt . Les deux favoris - Manuel Valls et Benoît Hamon - y ont dessiné deux lignes qui annoncent une nouvelle répartition des rôles pour l'après présidentielle .

La première, incarnée par Manuel Valls, qui considère que le PS doit rester un parti de gouvernement, posture qui est la sienne depuis F. Mitterrand et assumer pleinement l'ensemble des questions qui se posent à la France, mondialisation, prédominance de la finance, diktats européens, volonté qui limite singulièrement les marges de manoeuvre .

L'autre, portée par Benoît Hamon, se veut en opposition à la précédente, se pare de certains atours utopistes - c'est le cas avec la proposition de revenu universel, l'ouverture sans beaucoup de limites à l'immigration, une certaine indulgence envers le communautarisme ou encore la légalisation du cannabis - sans pour autant inviter à une quelconque révolution, ce doit être clair . Ce faisant, on s'affranchit des deux conditions exigées par la posture précédente : une alliance majoritaire au sein du peuple entre classes populaires et classes moyennes et le financement des projets . Remarquons que B. Hamon n'a pu apporter aucune réponse au financement du revenu universel .

Benoît Hamon négocie un virage périlleux : quand on n'a plus les moyens d'agir on conserve toujours les moyens de rêver . Et si dimanche, c'était cette ligne utopique qui l'emportait, on peut être assuré que cela signifierait que le Parti Socialiste se mettrait en vacances de la politique et peut être du réel .

Ne soyons pas aveugles, n'est-ce pas ce que désirent ces classes moyennes supérieures et classes supérieures diplômées, présentes encore au sein de la clientèle socialiste, qui n'ont rien à craindre de la mondialisation, et qui peuvent trouver même quelques avantages aux politiques proposées par F. Fillon, en matière d'impôt particulièrement ? 

Une nouvelle répartition des rôles : aux progressistes, le rêve, aux conservateurs la réalité ? Cela dit, est-ce si nouveau que cela ?

Il y a donc deux façons de regarder la primaire socialiste . On peut y voir une sorte de " tournoi ", dans la grande tradition médiévale, de " guerre symbolique " et désintéressée dont l'enjeu n'est que de désigner un futur vaincu, perspective peu grisante . Mais on peut estimer aussi que le PS est à la croisée des chemins, écartelé entre une dégénérescence " bobo " et une dégénérescence " austéritaire ", écartèlement dont la sanction pourrait être la scission du parti d'Epinay assortie d'un double reclassement . Et, à ce stade, j'ose une prédiction : la partie dite de gauche du PS, la plus bourgeoise, irait rejoindre les troupes de Mélenchon - l'essentiel des classes populaires ayant rejoint Marine Le Pen depuis longtemps - , la partie de droite du PS, plus populaire, allant rejoindre les troupes d'un centrisme revu et corrigé par l'expédition Macron, pour en faire un parti démocrate à l'américaine .

Et à la clé de ces reclassements, l'assurance d'une droite au pouvoir pour vingt ans !

 

NB : d'après le billet de Jacques Julliard, dans Marianne, " Utopie et social-démocratie ", No 1034, du 20 janvier 2017 .

 

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Published by regain2012 - dans Politique
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