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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 14:11
Image du film de Jacques Demy ( 1971 ) .

Image du film de Jacques Demy ( 1971 ) .

" Malheur à toi, terre, dont le prince est un jeune homme et dont les princes ont mangé dès le matin ", ( L'Ecclesiaste, X, 16 ) .

( Note : Hamelin est une ville de Basse-Saxe, au centre de l'Allemagne, bâtie sur les rives du fleuve Weser, qui se jette dans la Mer du Nord ) .

Au XIXe siècle, les frères Grimm, reprennent le récit d'un événement survenu dans la ville d'Hamelin, au XIIIe siècle, et en font le conte du " Joueur de flûte d'Hamelin ", qui, grâce à un air sorti de sa flûte, libère la vile d'une invasion de rats, entraînant ces animaux dans son sillage et les conduisant jusqu'à la Weser, où tous se noient . ( Le titre allemand du conte étant " Der Rattenfänger, l'attrapeur de rats " ) .

L'historien Jules Michelet avait signalé, en son temps, qu'avec l'apparition du suffrage universel dans le processus politique, le problème des hommes politiques modernes allait être de gérer leur carrière sous la menace permanente de ce suffrage universel, c'est à dire qu'ils allaient devoir s'appuyer à la fois " sur l'argent des riches et le suffrage des pauvres " . Une équation très complexe .

L'entrée du capitalisme dans son stade " néolibéral " n'a pas arrangé les choses . Dès lors que sur fond de croissance en berne et de désastre écologique grandissant, il est devenu clair que les pays libéraux avaient désormais plus de comptes à rendre à leurs créanciers internationaux qu'à leurs propres citoyens, les élites occidentales ont dû se mettre à réfléchir sur le moyen le plus efficace de " gouverner autrement " .

C'est à cette aune-là, qu'il faut mesurer les péripéties actuelles de la vie politique française, disparition des uns, réapparition éphémère des autres, apparition de nouvelles têtes . C'est à cette aune-là qu'il faut chercher à comprendre le sens de ce nouveau slogan, totalement incompréhensible selon les critères de la tradition française, ce " Ni droite, ni gauche " venu d'en haut, dont on trouve l'accomplissement dans la grande coalition allemande " SPD-CDU ", conservateurs et sociaux-démocrates, à ne pas confondre avec le " ni gauche, ni droite " d'en bas, porté par le mouvement " Podemos " espagnol : " Tracer de nos mains un éclair qui montre qui sont ceux d'en bas et qui sont ceux d'en haut ", dit très joliment le théoricien du mouvement Juan Carlos Monedero .

Dans la nouvelle perspective, venue d'en haut, qui a la faveur des " marchés financiers ", il fallait d'abord mettre sur la touche les classes populaires, " ces empêcheurs de tourner en rond ", et ce fut le rôle dévolu à Marine Le Pen : " le joueur de flûte " de la nouvelle politique , entraîner les classes populaires dans son sillage, jeu risqué, certes, mais que l'on saurait contenir, le moment venu . 

La " Rattenfänger " des classes populaires a tenu son rôle avec un certain succès, emmenant " les indésirables ", grisés par sa démagogie, se noyer dans la " Weser " du Front National .

Le PS, dont le dépeçage façon Hollande avait bien fonctionné, et réduit à une portion congrue de nostalgiques, étant prêt à faire le saut ultime, le scénario pouvait être lancé à la faveur de ces " Primaires ", de droite comme de gauche, importées des EEUU, mais impossibles à acclimater en France comme on va le voir .

Les deux " jokers " de la classe dominante, les plus prometteurs à l'évidence, pour mener la sarabande " ni droite, ni gauche " étaient Emmanuel Macron et Alain Juppé : " le " off " et le " in " .  Manuel Valls aurait pu faire l'affaire, pensa-t-on un moment . Mais ses rigidités dans le domaine régalien le rendaient peu fiable .

Misère ! Contre tous les pronostics officiels et les instituts de sondage, c'est le fils de notaire, le notable de province, sans subtilité, sans imagination, sans fibre populaire qui l'emporte et devient le présidentiable le plus plausible : avec moins d'aveuglement, ces élites arrogantes, auraient pu deviner, que les primaires, cette espèce de " suffrage censitaire " , vieux et vicié, pouvait conduire à cela .

Du coup, toutes les cartes sont rebattues . Tout est à refaire . Bon, d'accord ! Macron est toujours là : on va donc tout miser sur Macron . Tous les médias doivent se mettre " en ordre de marche " - oui, nous osons - pour élever " le brillant jeune homme " à la dimension d'un présidentiable . Fillon ne convient pas vraiment à nos élites urbaines façonnées pour la mondialisation : l'élection présidentielle étant la dernière élection qui mobilise encore les classes populaires, son programme des primaires, radical en matière sociale, va l'obliger - et il a déjà commencé - à des " rétropédalages " que les " marchés "  détestent, parce que incertitudes et risques ne sont jamais bons pour les affaires .

Mais notre classe dirigeante ne doit pas écarter trop vite l'avertissement de l'Ecclesiaste, vieux de 2300 ans : " Malheur à toi, terre, dont le prince est un jeune homme et dont les princes ont mangé dès le matin " .

 

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Published by regain2012 - dans histoire
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