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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 15:33
Train emmenant les candidats à la primaire socialiste arrivant en gare de Solférino .

Train emmenant les candidats à la primaire socialiste arrivant en gare de Solférino .

"  Je ne suis pas un citoyen et je n'ai pas envie de le devenir . On n'a pas de devoirs par rapport à son pays, ça n'existe pas . On est des individus, pas des citoyens, ni des sujets . La France est un hôtel, rien de plus " , ( Michel Houellebecq ) . 

A l'automne 2010, l'écrivain Michel Houellebeck, recevant le prix Goncourt pour son livre " La carte et le territoire " déclamait, peut-être sans le savoir, le " Credo " de " la Caste " au pouvoir, ( propos rapportés par Le Monde du 11 novembre 2010 ) .

Il est d'abord important de rappeler les origines de la notion de " civis ", à la racine du mot " citoyen " .. Chez les latins, ce terme impliquait une " communauté d'habitat " pour compagnons à laquelle était rattachée une valeur de réciprocité . En langue germanique, le mot correspondant désigne " l'ami, le parent ou l'allié " ( Emile Benveniste, " Le vocabulaire des institutions indo-européennes ", 1969 ) . Dans les deux cas, le " civis " désignait une sorte de concitoyen engagé avec ses pairs dans la construction d'une " civitas ", " d'un monde commun " . L'historien Pierre Rosanvallon appelle cette démarche " la communalité " .

A l'occasion de la Révolution Française, le sens de cette  " communalité " s'était retrouvé étroitement attaché à l'expression des Droits de l'Homme et du Citoyen, lien qui allait en faire, en quelque sorte, " le coeur de l'idée d'égalité " . 

Force est de constater que les deux concepts se sont aujourd'hui fortement éloignés l'un de l'autre, le sens de la " communalité " s'atrophiant de façon spectaculaire et , avec lui, le sens de la " démocratie " .

L'analyse par la poussée coupable des individualismes, oublieux de l'intérêt général, liée au système néo-libéral est certes séduisante mais ne couvre pas tout le champ du processus d'atrophie de la construction d'un " commun " . N'a-t-on pas accordé une omnipotence aux Droits de l'Homme qui aurait éclipsé le souci du politique ? Insuffisant .

Il s'est passé autre chose . Les fondements sociologiques, et pourquoi ne pas le dire, anthropologiques, du vivre ensemble, sont atteints ce dont témoigne " la sécession des riches " ( P. Rosanvallon ), c'est à dire le fait que la frange la mieux lotie de la population vit désormais en dehors du " monde commun " . L'illustration la plus frappante nous est offerte par " les exilés fiscaux " qui font ouvertement sécession en se retirant matériellement de la solidarité nationale : ils restent juridiquement des citoyens mais ne sont plus partie prenante de la " communalité " .

Quand on pense qu'à Rome, le " Code théodosien " fustigeait les " anachorètes fiscaux ", ceux qui se dégageaient de leurs obligations sociales en quittant la ville où ils avaient leurs attaches .

Ces gens qui devraient être frappés " d'apatridie " ne sont que quelques dizaines de milliers dans chaque pays, mais leur niveau de fortune, les noms qu'ils portent et leur statut social, qu'ils soient entrepreneurs, artistes ou sportifs de premier plan en font les symboles criants du séparatisme à l'oeuvre . Mais plus largement, la distance prise par le 1% le plus riche avec le reste de la population crée les conditions d'un divorce explosif . Nous sommes revenus au milieu du XIXe siècle, au temps où " deux nations hostiles ", au sein de la même nation, donnaient le signal à un nouveau cycle révolutionnaire .

Et là encore, l'opposition entre riches et exclus, ne doit pas nous empêcher de voir l'extension et la dissémination d'un séparatisme social à l'oeuvere dans tout le corps social . C'est à tous les niveaux de l'échelle sociale que les comportements d'éviction et de distinction se sont développés dans un grand mouvement de recomposition des identités relatives .

" Le ghetto français n'est pas tant le lieu d'un affrontement entre inclus et exclus, que le théâtre sur lequel chaque groupe s'évertue à fuir ou à contourner le groupe immédiatement inférieur dans l'échelle des difficultés : les ouvriers fuyant les travailleurs immigrés, les classes moyennes supérieures qui esquivent les classes moyennes, les classes moyennes qui refusent de se mélanger aux employés, les classes supérieures qui prennent de la distance avec les classes intermédiaires ... ", montre le sociologue Eric Maurin dans " La république des Idées ", Seuil, 2004 .

S'il y a une évolution sociologique majeure qui peut caractériser le monde contemporain c'est bien celle de ce séparatisme social généralisé, bien plus que le progrès diffus d'un individualisme encore flou dans sa définition .

Cette dislocation du " commun " se trouve magistralement illustrée, de façon particulièrement visible, dans l'organisation de l'espace urbain : multiplication des ensembles résidentiels fermés ( gated comunities ), des quartiers homogénéisés, des quartiers abandonnés par la puissance publique . En France, ce phénomène est illustré par le refus des communes riches de construire des logements sociaux, en refus de toute mixité sociale .

Nous voici parvenus au temps de " l'homo munitus " - du latin " munere " signifiant fortifier, protéger -  ( Expression créée par l'Américain Greg Eghigian, professeur associé à l'Université de Pennsylvanie ) .

A partir de là, une question se pose . Comment " l'homme barricadé ", replié sur lui-même dans l'entre-soi contraint de ses doubles, enclin à une dépolitisation croissante, à une dévitalisation de l'ordre démocratique hérité des anciens Grecs,  pourrait-il aspirer à la venue d'un " Clisthène " moderne, porteur d'une idée iconoclaste : " l'organisation délibérée d'une vie commune entre des gens différents " ?

 

* Clisthène : homme politique ( Archonte ) et réformateur grec - vers 570 av. JC - qui posa les premiers fondements de la démocratie athénienne . Prenant acte de la fin d'un monde composé de groupes sociaux figés dans des logiques familiales, il y substitua un nouveau cadre de la vie politique dont le but était de " fondre " les habitants - l'expression est d'Aristote -  dans un même corps civique . Tout l'opposé du processus actuellement à l'oeuvre dans le monde occidental .

 

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Published by regain2012 - dans philosophie
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