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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 14:58
" Un homme ça s'empêche " *

" Nous avons basculé dans l'heure d'un pouvoir électronique immense et tutélaire ... absolu, détaillé, régulier, prévoyant,et doux ... " ( Eric Sadin, écrivain et philosophe ) .

* Albert Camus : " Le Premier Homme " .

Des politiques, tels Emmanuel Macron ou Nathalie Kosciusko Morizet, et bien d'autres, cherchent à nous entraîner dans ce qu'on pourrait appeler le pouvoir du " techno-libéralisme ", nouveau modèle dans lequel se vautre le néo-libéralisme, sous les coups de boutoir des start-up de la Silicon-Vallée : " Un monde où les écrans fascinent et où nous sommes surveillés, stimulés, excités puis endormis ... mais toujours sans violence ", ( Sébastien Lapaque, Marianne No 1027 du 2 décembre 2016 ) .

Dans son dernier livre " La silicolonisation du monde " ( Ed. L'échappée ), le philosophe Eric Sadin tente d'ouvrir des voies par où échapper au " libéralisme numérique " .

Les stratégies sont compliquées car ce que note d'emblée le philosophe c'est que nous sommes en face d'une colonisation douce : " Une colonisation d'un nouveau genre, plus complexe et moins unilatérale que les formes qu'elle prit au XXe siècle en s'incarnant dans des totalitarismes  d'une extrême barbarie . Une de ses caractéristiques principales étant qu'elle ne se vit pas comme une violence subie mais comme une aspiration ardemment souhaitée par ceux qui entendent s'y soumettre : une adhésion planétaire au système source de nouvelles compétitions économiques et d'un élargissement sans fin des marchés " .

L'organisation économique antérieure avec ses systèmes lourds et centralisés des deux premières révolutions industrielles ont atteint leur limites dans les organisations pyramidales et rigides, les très grosses usines de production, qu'ils exigeaient . Les nouveaux maîtres du monde ( Google, Facebook, Apple ... ) ont alors imaginé - aidés en cela par les progrès fulgurants de l'électronique - de nouvelles organisations, des structures, petites unités, souples, conviviales, délivrées de tout pouvoir coercitif, fondées sur des " visions " qui mêlent savamment un certain " techno-romantisme " à " la fibre contestataire " propre à tout être humain et d'une redoutable efficacité pour diffuser le venin d'un " jeu " qui n'en est pas un . 

" Le mouvement, le jeu, l'improvisation, la transgression, la dérive ... " constituent le fond de commerce de la nouvelle économie,  autant d'idées nouvelles, libertaires en apparence, mais grosses de menaces pour " l'humanité de l'homme " . N'en voit-on pas tous les jours le résultat ? " Désastre de la communication totale, cauchemar du pseudo-dialogue, enfin rétabli, entre tous les individus, malfaisances en expansion de l'inter-activité, culte de l'horrible contact, dictature du proximisme, éloge des tribus, dissolution programmée des frontières symboliques et de toutes les différenciations ... ", recensait l'essayiste Philippe Muray, dans son ouvrage " Après l'histoire II ", en 2000, Ed. Les Belles Lettres ) .

Quand l'historien du droit et psychanalyste Philippe Legendre en appelle à Freud pour nous détourner de " l'enfer des capteurs " a-t-il totalement tort ? 

" Freud identifiait un malaise fondamental dans la civilisation comme résultant d'un processus nécessaire situé à la base de toute société devant, par des lois et des règles, freiner les pulsions des individus, générant de facto des frustrations, un malaise enfoui et partagé . Et si c'était cette structure-là, fondatrice de toute civilisation, qui actuellement s'effondre, autorisant chacun à vivre ses pulsions gérées par des systèmes chargés de continuellement les assouvir  ? " 

Ces systèmes, qui insidieusement, contribuent à nous défaire de notre libre jugement, de notre capacité singulière d'action .

Nous n'avons pas le choix : n'en déplaise à M. Macron ou à Mme Kosciusko Morizet, nous devons nous libérer au plus tôt de " l'enfer des capteurs et des objets connectés ", de  la réalité augmentée, des réseaux sociaux sans filtres, du voyage au bout de la nuit de nos consciences dans laquelle nous fait sombrer la soi-disant " raison numérique " .

Tel est le message d'Eric Sadin, dans la conclusion de son livre, conclusion qu'il intitule " Gloire de la limite " : " La limite est à la fois la conscience et la preuve que nombre de choses nous excèdent et que le réel ne peut s'ajuster à tout instant à notre volonté " .

Albert Camus dans " Le Premier Homme ", ne disait pas autre chose : " Un homme ça s'empêche " .

 

NB : à partir du billet de Sébastien Lapaque dans Marianne No 1027 du 2 décembre 2016, concernant le livre d'Eric Sadin .

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Published by regain2012 - dans philosophie
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