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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 15:17
Salle dortoir d'un ancien hospice .

Salle dortoir d'un ancien hospice .

" A la limite, il n'y aurait plus rien à assurer si les individus et leurs histoires étaient radicalement particuliers : on ne pourrait plus constituer aucune population assurable " ( Pierre Rosanvallon, La Société des Egaux ) .

Comment en est on arrivé à ce que ce qui constituait la colonne vertébrale de notre modèle qui, depuis la " Libération ", nous avait permis de " faire société " et que nous appellerons " le désir de solidarité ", puisse être remis en cause aussi brutalement par le projet affiché d'une droite revancharde et prête à tous les renoncements pour effacer d'un trait de plume un " contrat social " pourtant né des leçons infligées par une longue nuit fasciste, qualifiée trop rapidement par certains, peut-être pour en adoucir la barbarie : " le Pétainisme "

La rupture actuellement à l'oeuvre ne saurait s'appréhender comme le voeu d'un simple " retour en arrière ", voire un simple dérèglement de l'ordre existant . Et d'abord parce que des facteurs historiques ont une part évidente dans le basculement des années 1990, de notre " modèle assuranciel " qui occupait la centralité unificatrice de notre société : l'effondrement du communisme et du projet révolutionnaire entraînant la fin du réformisme de la peur ; l'érosion de la mémoire des grandes épreuves collectives du XXe siècle qui avaient donné chair sensible à un sentiment renforcé de solidarité .

A ces deux phénomènes, il convient d'ajouter trois causes : la crise mécanique et  morale des institutions de solidarité ; l'avènement d'un nouveau capitalisme ; les métamorphoses de l'individualisme .

L'installation de la France dans un chômage de masse et l'apparition de formes nouvelles d'insécurité sociale ont conduit à un glissement de " la protection universelle " vers un véritable " Etat d'assistance " se limitant de fait à ne gérer que les situations d'exclusion les plus criantes . Le caractère universaliste de nos protections s'en est trouvé entamé conduisant à en affaiblir la légitimité et tout particulièrement au sein des classes moyennes . 

Les phénomènes de chômage de longue durée et d'exclusion ont reconstitué " la pauvreté " en une véritable " condition ", fortement déterminée socialement, affectant de façon stable et durable certaines populations . Du coup, nous ne sommes plus dans l'ordre de situations individuelles aux risques également et aléatoirement répartis, situations  assises sur des distinctions simples : malades et bien-portants ; travailleurs et chômeurs ; actifs et retraités courant des risques de même nature .

Nous avons basculé dans un ordre nouveau de cohabitation de groupes de population socialement très hétérogènes, les exclus, les pauvres, les gens modestes, les gens plus aisés, les riches, les très riches, etc ... A partir de là, plus rien n'est assurable par la solidarité et vient vite l'heure de l'assurance particulière, privée .

Les ennemis de " la solidarité " ont tôt fait de saisir ces changements et tout mis en oeuvre pour les accélérer s'appuyant pour cela sur les progrès des connaissances et leur vulgarisation : Ah ! La beauté des statistiques .

Diffuser et démultiplier dans le public toutes ces statistiques sur l'état de la société, les conduites individuelles, le coût de chaque groupe pour la collectivité, le décorticage des conduites à risques, la prise de conscience par chacun de sa propre espérance de vie, les liens entre les comportements individuels et les situations objectives sont de plus en plus précisément appréhendés .

C'est une connaissance de plus en plus fine des différences entre individus et entre groupes sociaux qui s'est mise en place, qui se poursuit et ne pouvait que mettre à l'épreuve " le contrat social " .

Si les hommes sont facilement solidaires face à un destin qu'ils ignorent, ils le sont moins volontiers s'ils perçoivent des situations comme plutôt liées à des comportements et des choix individuels .

Le mouvement de " désolidarisation " se met en marche quand les informations sur les individus se multiplient : " l'information devient alors l'aliment direct de la différenciation ", écrit l'historien P. Rosanvallon .

Cette bataille-là, la gauche ne l'a pas vu venir, et la droite l'a d'ores et déjà gagnée .

C'est pourquoi, F. Fillon avec ses plans de destruction massive, pense pouvoir jouer sur du velours . Mais l'avenir n'est pas écrit !

 

NB : réf. " La Société des Egaux ", Pierre Rosanvallon, Seuil, 2011 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by regain2012 - dans Société
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