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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 14:26
Image francetvinfo .

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" Si vous saviez ce que l'au vu, hélas ! en bas . Le genre humain est au cachot . Le jour manque, l'air manque, la vertu manque : on n'espère plus, et ce qui est redoutable, on attend ... " ( Gwynplaine, L'homme qui rit, Victor Hugo ) .

Le prodigieux romancier-voyageur américain Jack London, ( 1876- 1916 ) ne nous a pas laissé que des grands romans d'aventures peignant la nature, les animaux, la mer ( L'appel de la forêt, Croc blanc, La vallée de la lune, Le peuple de l'abîme, Martin Eden, Les mutinés de l'Elseneur ... ), il nous a offert aussi de grands classiques de " la révolte " .

" Le talon de fer " est un de ceux-là . Nous sommes en 1906, juste après la première révolution - avortée - de la Russie du Tsar Nicolas II, survenue un an auparavant et noyée dans le sang . L'écrivain socialiste Jack London, est hanté par cet échec . Il devine malgré leur apparence civilisée de démocrates respectables que les capitalistes n'hésiteront pas à recourir à la force pour préserver leurs privilèges . Il voit venir le fascisme - avant l'apparition des fascismes - et comment " les trusts " ( les multinationales d'aujourd'hui ), issus de la concurrence, tuent cette concurrence, accaparent le pouvoir, façonnent une nouvelle oligarchie .

Il décrit ce que seront les sociétés totalitaires, les médias sous contrôle absolu, les " castes syndicales " achetées pour étouffer toute rébellion ouvrière, la classe moyenne réduite au rang de nouveau prolétariat .

" Coup de taureau et muscles saillants, parole ardente et sans peur ", le jeune révolutionnaire Ernest Everhard, héros du roman, fait frissonner l'assemblée des " Philomathes ", club de la bonne société californienne qui a invité le jeune leader ouvrier à s'exprimer devant eux, pensant pouvoir rire à ses dépens .

A l'image du Gwynplaine de " L'homme qui rit ", Everhard dresse devant eux leur terrible portrait de maîtres du pays : "  Un égoïsme et un manque de coeur monstrueux, un matérialisme vulgaire, une pratique d'une insatiable avidité ... " Il leur montre qu'ils ont tellement mal géré la société que leur règne touche à sa fin . Il leur annonce la révolution, au nom d'un million et demi d'ouvriers américains devenus socialistes - mot qui, alors, a encore gardé tout son sens - .

Nous voulons nous emparer des rênes du pouvoir et prendre en main les destinées du genre humain : ces mains sont fermes et fortes . Nous allons nous emparer de vos Etats, de vos palais et de toutes vos richesses ... "

Les Philomathes fulminent mais l'un d'eux, M. Wickson prend tranquillement la parole : " Quand vous tendrez czs mains puissantes dont vous êtes si fiers vers nos palais et nos ricgesses, nous vous montrerons ce qu'est vraiment la force . Vous l'aurez votre réponse mais elle se fera à coups de canons, dans le crépitement des mitrailleuses et sous une grêle d'éclats d'obus . Vous autres révolutionnaires, nous vous écraserons sous notre talon et nous piétinerons votre visage ... "

Et c'est ce qui arrivera : " le talon de fer " s'abattra sur le héros et ses compagnons : traques, exécutions et massacres ... mais nous pouvons lire aussi des pages de " résistance " avant l'heure .

Certes le roman présente bien des faiblesses littéraires, peu habituelles chez le grand conteur qu'était London, mais ce livre d'anticipation politique , précédant d'illustres classiques tels " Le meilleur des mondes ", d'Aldous Huxley ou " 1984 " de George Orwell, subjugue toujours par les concordances avec notre époque, ses éclairages troublants, les nouveaux questionnements qu'il soulève .

A présent une question me taraude : à quoi " rime " cette note, au lendemain de l'élection américaine ou dans la précampagne de la présidentielle française ? C'est vrai quoi ! Quel lien peut-il y avoir entre M. Wickson et Donald Trump ?

Victor Hugo écrivait, en 1868, ( Littérature et philosophie mêlées ), trois avant les événements de la Commune de Paris : " Il est de l'essence de l'émeute révolutionnaire, qu'il ne faut pas confondre avec les autres sortes d'émeutes, d'avoir presque toujours tort dans la forme et raison dans le fond " . Je crois que ce qui s'est passé aux Etats-Unis, il y a deux jours, est l'inversion complète de la proposition de notre grand écrivain : les Américains ont voulu faire une révolution contre le système, ils l'ont réussie dans la forme, pacifique - enfin, presque - mais ils auront eu tort sur le fond : Trump, ne reniera pas " la caste ", et va leur faire payer cher leur naïveté . Cela doit rappeler quelque chose, dans notre France déboussolée .

 

NB : d'après l'article de Jean-Luc Porquet, Le Canard Enchaîné du 9 novembre 2016, " Chante-moi une berceuse " .

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Published by regain2012 - dans Société
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