Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 14:59
" Le fardeau de l'homme blanc " *

* Poème de l'écrivain britannique Rudyard Kipling, de 1899, qui se veut une injonction aux Occidentaux de civiliser, de subvenir aux besoins et d'administrer les populations qu'ils ont colonisées .

Le résultat du premier tour de la " Primaire " de la droite, en vue de la prochaine élection présidentielle est marqué par deux événements importants : la disparition de l'homme qui a le plus parasité la vie politique française, ces quinze dernières années et l'apparition, au premier plan, d'un autre homme, qui va lui, cliver, idéologiquement, le pays, par " la vision du monde " dont il est porteur .

La disparition de N. Sarkozy du paysage politique, éjecté, ce qui n'est pas neutre, par sa propre famille, est un bienfait pour le pays car sa mise à l'écart va rendre bien plus lisible désormais le débat politique .

Le leadership de la droite par un F. Fillon décomplexé nous offre l'opportunité d'une lecture nettement plus claire et sans ambiguïtés, pour le camp du progrès, des luttes à venir parce que F. Fillon est porteur, lui, " d'une vision du monde " et ce n'est pas la plus nuancée : " J'ai puisé dans l'histoire millénaire de la France et dans sa grandeur, la première raison de ma candidature ... quand les autres ignorent l'histoire de France ", ( Sablé, 28 août 2016 ) .

Laissons pour l'instant de côté son programme économique que l'on sait être le plus radical - thatchérien, dit-il lui-même - en matière d'austérité, de reculs sociaux, de " livraison " du pays au grand patronat et attachons-nous à décrypter les lignes de force qui sous-tendent " le rapport au monde " du personnage . 

Le texte qui est au fondement de son rapport au monde est " le discours de Sablé- sur Sarthe ", son  fief, du 26 août 2016 .

Ce rapport est dans sa totalité inclus dans la phrase désormais célèbre, assénée au tout début de ce discours : " Non, la France n'est pas coupable d'avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Nord  " .

Ecoutons les mots qu'il emploie et le raisonnement qu'il déroule pour découvrir à partir de quel prisme - le premier, car il y en deux - il déploiera ses politiques sociétales ultra-conservatrices . Nous appellerons cette grille de lecture, " le négationnisme ", en ce qui concerne " le fait-colonial " .

Cela rappelle le discours de Jules Ferry de 1885, devant la Chambre des Députés : " Notre devoir de civilisation envers les races inférieures ", ou Rudyard Kipling .

Que nous dit F. Fillon ? Que la France n'a fait qu'entreprendre une démarche généreuse visant à faire partager " sa culture exceptionnelle " aux peuples du monde qui n'avaient pas cette chance . Placer sur le même plan la conquête du Québec en 1608 et la guerre d'Algérie ( 1954-1962 ) ne manque pas de culot : les " enfumades " du Général Bugeaud en Algérie, " la colonne infernale " des capitaines Voulet et Chanoine, à travers le Sénégal, l'expédition du Tonkin menée par J. Ferry tombent dans les oubliettes de l'histoire et F. Fillon se prépare à faire réécrire l'histoire de France à usage des élèves de l'école primaire au Lycée, comme il l'a annoncé .

La vision du monde de F. Fillon est une vision fondée sur un rapport hiérarchique entre les civilisations avec, à son sommet l'Occident chrétien, rapport explicité dans la formule suivante : " Le partage culturel voulu par la France a plutôt bien fonctionné au Québec ... sans doute moins en Algérie . Y sommes-nous vraiment pour quelque chose ? ..." L'habile homme !

Le deuxième prisme à travers lequel F. Fillon lit ce que doit être l'avenir de l'Europe est le prisme " chrétien " qui explique la forte percée qu'il fait dans l'électorat catholique et rural . Pas une intervention sans qu'il évoque la situation des " Chrétiens d'Orient " dont il a pris la défense avant tout le monde, et légitimement, mais qui le conduisent à ne voir le conflit syrien qu'à travers cette grille, ce qui est le cas quand il répond ( main droite levée et index dressé ) à la journaliste Léa Salamé, le 27 octobre dernier, sur France 2, à propos du chaos syrien : " On avait juste oublié un détail, c'est qu'il y a plusieurs communautés en Syrie, que Bachar el Assad est soutenu par sa communauté alaouite ... et par les Chrétiens " .

C'est une vision mythifiée des chrétiens d'Orient qui l'habite, communauté incarnant à la fois une forme d'excellence civilisationnelle, brillante, et vecteur de la présence culturelle française au Moyen-Orient . 

Quand dans l'imaginaire de F. Fillon les Chrétiens d'Orient deviennent la victime principale et innocente de l'Etat islamique, qu'il appelle aujourd'hui, dans un glissement sémantique assez curieux, le " totalitarisme islamique ", " la première cible d'une épuration culturelle, spirituelle et humaine " car " le message bienveillant du Christ, doit faire place au drapeau noir ", quand dans la pensée d'un futur président de la république, le sort d'une minorité, 7% de la population du Moyen-Orient - même si ce sort  est absolument intolérable - devient aussi prégnant, aussi structurant, on ne peut que trouver cela préoccupant par rapport au moment où il aura à assurer la responsabilité de la politique étrangère du pays .

Sa vision " post-coloniale ", qui lui fait ignorer les agendas politiques des acteurs locaux, son obsession d'ensevelir tout conflit sous une étiquette confessionnelle, vont l'amener à évacuer tous les enjeux sociaux et de partage des richesses, pourtant si prégnants dans cette partie du monde ce qui ne peut constituer un gage de paix pour les pays du pourtour méditerranéen et pas davantage l'assurance d'un meilleur accueil pour tous les réfugiés qui affluent de ces régions vers l'Europe .

Alors, peut-on dire que l'apparence placide et posée du personnage annonce l'aube d'un nouvel humanisme pour notre pays ? Certainement pas !

Le nouvel homme fort de la droite s'affirme comme " un homme de convictions " : faisons lui confiance ! Un idéologue - ce que n'était pas Sarkozy - dont l'imaginaire politique est celui du XIXe siècle et la vision de son action politique d'essence coloniale , nous promet une société des plus inégalitaires et très portée sur la violence d'Etat . 

 

NB : à partir du billet de Jules Nenon, le club de Mediapart, 18 novembre 2016 .

Partager cet article

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Regain 2012
  • Regain 2012
  • : Pour un retour à la démocratie réelle où le citoyen redevient acteur de son avenir et cesse de déléguer son pouvoir à des partis ou à des dirigeants trop éloignés des souffrances des peuples.
  • Contact

Vous aimerez peut-être :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Recherche

Nuage de tags

Nombre de visiteurs en ligne

Il y a actuellement    personne(s) sur ce blog

Catégories

Liens