Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 15:41
La Commune de Paris .

La Commune de Paris .

" Que F. Hollande soit fourbe, menteur et servile et que son projet soit glauque, ce n'est pas une raison pour nous condamner à ne penser qu'à lui au risque de la disparition de la pensée de gauche qu'il a usurpée " ( L'ère du peuple, octobre 2014, Fayard ) .

(1) . Albert Camus en 1951 .

Le vote des cadres du Parti Communiste Français, hier, lors de la Conférence Nationale de ce parti, qui a entériné par 55% des voix, le refus du PCF de soutenir Jean-Luc Mélenchon dans sa campagne pour les élections présidentielles - du moins pour le moment - et ce, contre la position du Secrétaire National, ne doit pas être considéré comme une simple péripétie politique .

Ce vote ne doit pas davantage se mesurer à l'aune de rivalités personnelles ou de supposés coups bas voire de règlements de compte, ce qui en réduirait considérablement la portée politique .

Certes, quand on lit, sur les réseaux sociaux, les débats entre " les militants insoumis de Mélenchon " et la partie des militants communistes hostiles à l'ancien leader du Front de Gauche, on n'est pas rassuré : invectives et injures, mépris et arrogance, jaillissant des deux côtés de ce qui pourrait se terminer en corps à corps de barricade font peur .

C'est pourquoi, j'ai choisi de revenir, malheureusement trop succinctement, aux fondamentaux . Qu'est-ce qui dans le livre programmatique de JLM, " L'ère du peuple ", publié en octobre 2014, peut paralyser l'esprit dialectique de militants toujours marxistes ?

Commençons par les points positifs du livre . J'en retiendrai cinq .

On y trouve d'abord, une profondeur et une radicalité de l'analyse qui part du constat indiscutable d'une défaite intellectuelle et politique : " Il n'existe plus aucune force politique puissante et mondialisée face au parti invisible de la finance globalisée ", ce qui implique la nécessité de reconstruire " une alternative idéologique ", c'est à dire une perspective de dépassement du capitalisme capable de fédérer largement " la vraie gauche " , thème repris récemment par Alain Badiou dans une émission de la journaliste Aude Lancelin .

Je retiendrai ensuite le caractère " globalisant " - et donc " reliant " précise E. Morin  - de la réflexion . Ce livre cherche à penser le global et l'individuel, du devenir écologique de la planète à la misère psychologique et morale des individus réduits à leurs capacités de consommer et donc soumis à des frustrations brutales, en passant par la domination mondiale du capitalisme de la rente et de la spéculation . Il est remarquable que l'homme politique qu'est Mélenchon, généraliste par définition, ne s'enferme pas dans le seul cadre national pour s'ouvrir à la survie de la biosphère par la démarche qu'il théorise dans son ouvrage de décembre 2012, " Le Manifeste de l'éco-socialisme " .

Le troisième point fédérateur se trouve dans son souci de sortir de " la dénonciation démoralisante " afin de proposer des chemins aux luttes à venir : sa théorie de " La révolution citoyenne " n'est en fait que la réaffirmation du principe démocratique de " la souveraineté populaire " formulé par la Révolution Française, cette idée que le peuple n'a pas à subir la dictature d'une classe particulière : ni oligarchie financière, ni préférence libérale d'une gouvernance " des élites " ( social-libéralisme ), ni dictature du prolétariat " investi d'une mission historique " . La démocratie donc, mais toute la démocratie .

Vient ensuite la proposition de mise en place d'une Assemblée Constituante en vue de fonder une VIe République, mise en place préparée par des milliers " d'assemblées citoyennes ", délibérantes et s'auto-organisant  . Proposition non fermée donc, à discuter ... Et si ces assemblées figent dans le marbre le nom-cumul des mandats, en nombre et en durée, associé à la révocation des élus qui faillissent, quelle avancée démocratique . Oui, c'est un républicanisme radical qui est prôné : faudrait-il s'en plaindre ?

Quant au cinquième point , celui qui concerne " l'éco-socialisme ", proche d'un néo-communisme écologiste et démocratique, il repose sur les descriptions du " matérialisme historique ", une des clés de voûte du Marxisme-Léninisme , pour rappeler les rapports de force sociaux : le peuple est constitué majoritairement de salariés en butte à la voracité des actionnaires, lesquels empochent 80% des profits et organisent la pression sociale pour étendre leur puissance et démanteler les droits du travail . 

Cela dit, bien d'autres points du livre ne laissent pas d'être problématiques . JLM a saisi l'air du temps et noté soigneusement le discrédit qui frappe les partis d'où est issue sa démarche individuelle, hors partis, démonétisés : dirigée originellement contre les " solfériniens " et F. Hollande, elle n'épargne pas les partis de la vraie gauche et peut être brutale : " Les Verts ", cette écologie politique constituée en parti, " firme qui truste le label " ou le Parti Communiste jugé " pusillanime " . Une manière de ménager, du coup, les oligarchies ? La question peut être posée . La démocratie aura toujours besoin des partis, rénovés cela va de soi, plus en prise avec le réel, mais indispensables à " l'expression du suffrage ", comme le dit l'article 4 de la Constitution. Prudence : le première mesure de tout dictateur accédant au pouvoir est l'interdiction des partis, ce n'est pas pour rien .

JLM se montre imprudent quand récusant " les savantes explications pour discerner la vraie gauche de la fausse " il privilégie l'idée, chère aux médiacrates, que tout le peuple serait attiré par le Front National, et qu'il faut extirper de ce cloaque tous les égarés . Il néglige le constat que le grand succès du FN résulte mécaniquement de l'ultra- droitisation de la droite dont l'électorat a toujours été pour une bonne part un électorat ouvrier, en tout cas salarié, sans lequel la droite n'aurait pas gouverné aussi longtemps depuis 1958 . Il y a donc une question de priorité qui semble lui échapper : " la gauche peut mourir ", la priorité est donc de rassembler ce qui reste de ses forces vives agissantes . La priorité est donc bien de reconstruire un discours fort à la gauche du PS et de redéfinir la vraie gauche .

Imprudent encore, quand il souhaite substituer à la polarité parlementaire " droite-gauche ", l'opposition citoyenne - encore une fois au-dessus des partis - entre " le peuple " et les "oligarchies, donc écartant toute notion de lutte des classes même rénovée comme la théorisait le philosophe marxiste Michel Clouscard .

JLM en proclamant avcec Robespierre " Je suis le peuple ", ( p. 31 ) nous ramène dans un bonapartisme de gauche de mauvais aloi . La polarité " droite-gauche " nous l'avons héritée de la période révolutionnaire, chère à juste raison à JLM, et les Français y sont attachés, car elle structure leur vote au moment de prendre leur décision, que cela nous plaise ou non . Revendiquer le mot " gauche " aurait le mérite d'inscrire " la révolution citoyenne " et la convocation d'une " Assemblée constituante " dans la continuité historique de la tradition républicaine française .

 Mais l'inquiétude majeure que la démarche mélenchonienne soulève est celle des nouvelles modalités de l'action politique qu'il préconise . Elles révèlent un manque de confiance total dans le militantisme politique traditionnel, certes en crise, dans la structuration politique de base, et là réside la divergence essentielle, à mon sens, avec le Parti Communiste . JLM fait passer par pertes et profits " l'enracinement politique " incontournable pour toute formation en mouvement favorisant, du coup, le risque de ce bonapartisme de gauche que nous évoquions et dont il serait, lui, " l'homme providentiel " . 

On devine aisément ce défaut qui le porterait " à ne faire confiance qu'à lui-même " . Cependant reconnaissons que dans les dernières semaines sa pensée est en évolution, sur ce thème .

Accordons facilement à JLM l'effort énorme de penser le politique qu'il a accompli ces dernières années, loin des habitudes de l'homme politique ordinaire . C'est pourquoi nous n'avons pas à renoncer à l'idée que cet effort le conduira à reconsidérer sa position à l'endroit du PCF, qui est celle d'un ralliement sans conditions, en faveur d'un accord plus mobilisateur .

" Ne perdez jamais de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre vie, souffrant des mêmes maux que vous ... " 

( Appel du Comité central de la Garde Nationale, en vue des élections à la première assemblée de la Commune de Paris, 18 mars 1871 ) .

NB : réf. " Regards ", note de lecture, Pscale Fautrier, du 30 octobre 2014 .

 

Partager cet article

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Regain 2012
  • Regain 2012
  • : Pour un retour à la démocratie réelle où le citoyen redevient acteur de son avenir et cesse de déléguer son pouvoir à des partis ou à des dirigeants trop éloignés des souffrances des peuples.
  • Contact

Vous aimerez peut-être :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Recherche

Nuage de tags

Nombre de visiteurs en ligne

Il y a actuellement    personne(s) sur ce blog

Catégories

Liens