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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 14:36
Pastel : dunes dans le désert marocain ( alittelmarket ) .

Pastel : dunes dans le désert marocain ( alittelmarket ) .

" L'esprit chemine souterrainement à la manière d'une taupe malgré l'apparent chaos des événements " ( Friedich Hegel, image empruntée au Hamlet de Shakespeare ) .

Dans son livre " La Voie " de janvier 2011, le sociologue et philosophe Edgar Morin plante le tableau des temps qui viennent : " L'illusion d'un progrès conçu comme une loi de l'Histoire s'est dissipée à la fois dans les désastres de l'Est, les crises de l'Ouest,  les échecs du Sud, la découverte des menaces nucléaires et écologiques ... " Exit Hegel et sa profession de foi : " L'Histoire est progrès " .

Dans " L'ère du peuple ", Jean-Luc Mélenchon prend acte du constat morinien et  appelle à prendre conscience que nous sommes des citoyens de la " Terre-patrie " , que celle-ci est engagée dans " une bifurcation fondamentale " capable de provoquer l'extinction de la vie, s'interrogeant, en fin de livre : " On doit se demander s'il n'est pas déjà trop tard " .

De cet état des lieux, les activités humaines entraînent des dégâts irréversibles sur le climat et la biodiversité, il construit le concept majeur de sa démarche : " l'écosocialisme ", en écho au concept morinien de " Politique des civilisations " .

Des constats concrets, dont des chiffres saisissants ! De 2009 à 2014, en cinq ans, la population mondiale a augmenté d'un milliard d'individus, alors qu'il lui a fallu 200 000 ans pour atteindre le premier milliard, en 1920 ; 80% de la population vit en ville, en Europe et sur le continent américain :  la population urbaine du monde augmente de un million d'habitants par semaine . 

" Il faudrait plusieurs planètes pour répondre aux besoins si tout le monde vivait comme nous ", écrit-il, et cela est dû au modèle occidental productiviste du développement sans fin : " Le chaos qui s'avance est la conséquence directe du productivisme " .

Il propose donc, tout à fait logiquement, un " écosocialisme " qui doit rompre radicalement  avec - et là, notre vigilance est soudain mise en éveil -  " un certain socialisme productiviste stalinien ou maoïste ", pourquoi cet anachronisme,  quand Edgar Morin insiste davantage sur la nécessaire critique de " l'impérialisme occidentalo-centriste " , modèle de développement issu de la première révolution industrielle qui s'impose à la planète entière et la fait entrer dans une crise complexe, écologique, démographique, civilisationnelle .

Ne nous émouvons pas de trop, de ce curieux " écart ", puisque, presque aussitôt, JLM reprend l'ornière d'Edgar Morin dans les propositions d'action : le but devra être d'organiser les rapports économiques entre pays sur une base civilisée et négociée . Mettre fin au libre-échange, un ordre où l'autosuffisance devra être l'objectif, le transbordement l'exception ...

L'axe majeur de son écosocialisme étant la mise en place dans la Constitution, puis au niveau de l'ONU; d'un droit de l'homme nouveau : " La règle verte ", c'est à dire " l'interdiction de prélever à la Nature plus que ce qu'elle peut renouveler " dont il pense qu'elle permettrait de réguler la  prolifération d'objets obsolescents épuisant les ressources naturelles " .

JLM a également le mérite d'explorer l'environnement culturel attaché au " productivisme" : " Le système formate l'intimité de chacun " , et proclame donc la nécessité de mener la bataille culturelle pour nous émanciper de " l'ordre global et totalitaire " productiviste dont l'un des aspects est " l'envoûtement consumériste " ; E. Morin parle " d'intoxication consumériste " . JLM reprend ainsi l'idée du sociologue : " Pas de réforme de vie ni de réforme éthique sans réforme des conditions économiques et sociales du vivre ", et pas de réforme politique sans réforme de la pensée politique, laquelle suppose une réforme de la pensée elle-même " .

La dépendance des habitants du monde entier envers le système de production des biens notamment due à la généralisation du mode de vie urbain conduit à un paradoxe, l'émergence de l'individualisme . Plus l'individu est dépendant d'un système lointain quant à ses capacités de survie, de déplacement, de nourriture symbolique et culturelle, plus il a le sentiment de posséder une intériorité autonome et un intérêt personnel .

La dépendance envers le système techno-économique l'émancipe de son environnement humain immédiat .

A partir de ces constats, l'originalité de la pensée mélenchonienne tient dans la définition de modalités nouvelles et possibles de la conscientisation politique et des actions dans un tel contexte d'individualisme . Le caractère lointain des centres de décision techno - économico-politiques tendant à produire une indifférence sociale et une perte du sentiment démocratique que les oligarchies évidemment favorisent, la " ségrégation spatiale " tendant à rendre " la foule des grandes villes " inapte à être " un acteur collectif de l'histoire ", la reléguant  dans " une passivation consentante ", il faut prendre acte de cet empêchement, et miser sur le retournement de cette inertie " en conscience collective " ( selon le modèle sartrien de " la constitution du groupe " et des petits pois, dans " La critique de la raison dialectique " ) : des individus noyés dans " une indifférenciation sans signification " qui soudainement, à l'occasion d'un incident, prennent conscience qu'ils forment un groupe : des individus attendent un bus et s'ignorent, mais un incident survient, un retard anormal  et soudain ce retard rend visible le caractère collectif de la dépendance à l'égard du système de transport, " le groupe est né " .

Des " actions collectives spontanées " qui déclenchent des " révolutions citoyennes " et JLM en a plein à citer : prix du ticket de bus au Vénézuela ; augmentation du prix de l'eau en Bolivie ; exigence de transports dignes au Brésil ; défense d'un jardin public à Istanbul ...

JLM de conclure :  La révolution citoyenne est davantage dépendante de tels phénomènes imprévisibles mais qui sont des phénomènes de conscientisation que du " militantisme traditionnel " dont il faut bien constater la crise .

Et voilà comment une construction intellectuelle de qualité s'effondre sur le mur d'un rejet idéologique : " la conscientisation d'appartenance à un groupe " - expression d'un flou rédhibitoire et qui condamne à la fausse conscience  - contre " la conscience de classe ", qui veut que chaque classe sociale possède une certaine conscience de ce qu'elle peut accomplir, une conscience de sa position sociale et de sa capacité à agir .

 

NB : d'après la note de lecture de l'essayiste Pascale Fautrier, parue dans le magazine " Regards " du 30 octobre 2014 .

 

 

 

 

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Published by regain2012 - dans philosophie
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