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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 15:07
Il veut " décroisser " la lune !

Il veut " décroisser " la lune !

" Le vieux Lénine s'y connaissait en détection des grondements pré-révolutionnaires qu'il désignait avec l'expression, " les circonstances objectives " : une part d'humeur et une part d'événement ; une élément de surprise d'un côté et, de l'autre, la certitude chez un nombre suffisant de dominés qu'ils n'ont cette fois plus rien à perdre ... " ( François Cusset ) .

" Pour que la logique de la révolte aille jusqu'au bout et ne reste pas un prurit saisonnier ou la bonne conscience de quelques indignés, il faut que les rages collectives contenues atteignent une masse critique et qu'une étincelle mette le feu aux poudres ", ajoute le sociologue .

La masse critique des exaspération n'est pas, pour le moment, encore atteinte, car elle est provisoirement contenue par la chape de l'état d'urgence, l'amas de peurs coagulées et une violence policière qu'on n'avait plus vue depuis très longtemps à pareille échelle .

Certes, " les silex s'entrechoquent " jour et nuit, Place de la République à Paris et ailleurs, dans de puissantes manifestations syndicales, dans les conflits au sein des entreprises qui se multiplient mais pas encore d'étincelle en vue .

Cependant, cette masse critique des " ras-le-bol " apparaît nettement plus manifeste qu'en d'autres temps . Elle pourrait bien n'avoir rien à envier aux deux grands épisodes les plus récents d'insurrection à la française .

En avril 1968, le journal Le Monde titre " La France s'ennuie ", et personne n'y trouve à redire, tant, les bouleversements qui vont suivre, au mois de Mai, sont aussi inenvisageables que la colonisation de la lune . Mais la France est alors engourdie sous le paternalisme gaullien et une croissance qui paraît ne devoir jamais connaître de fin .

A l'automne 1995, salariés, précaires et jeunes vont se soulever contre le plan de réformes des retraites et de la Sécurité Sociale du Premier Ministre Alain Juppé . Experts médiatiques, intellectuels de cour, politiciens conservateurs et autres sociaux-démocrates jugent, d'une seule voix, qu'une telle contestation est passéiste et ne prendra pas : il s'ensuit la plus longue grève générale du pays, depuis trente ans, le retrait du projet Juppé et le réveil de forces sociales qui avaient été anesthésiées par quatorze années de mitterrandisme .

Or, au printemps 2016, le moins qu'on puisse dire est que la France ne s'ennuie pas .

D'un côté, l'état d'urgence constitutionnalisé - ou presque -, des pouvoirs policiers extraordinaires, le suréquipement anti-émeutes des CRS - usage des drones -, les villes militarisées, l'abandon définitif des banlieues exangues, des millions de mal-logés, la criminalisation des mouvements sociaux ...

De l'autre côté du fossé que ne cessent d'élargir des médias complices, en face donc, ce ne sont que feux et contre-feux allumés partout dans l'espace social, se multipliant à un rythme qui ne trompe pas : grèves sectorielles en rafales et bien coordonnées, des cheminots aux hôpitaux, de la justice aux transports, militants syndicaux battant le pavé, sans relâche, réfugiés et sans-papiers bravant l'inhospitalité officielle, étudiants et lycéens que les diplômes inutiles et le chantage aux stages ont convaincus qu'il fallait se battre .

Entre les deux, la " NuitDebout " que les sociologues myopes de la " bobocratie " croient pouvoir déjà enterrer, alors qu'on peut percevoir qu'elle n'emprunte que peu de choses aux mouvements antérieurs, " Occupy Wall Street " ou " Puerta del Sol ", ou aux doux utopistes d'un " autre monde possible " .

Nous sommes d'accord : " la convergence des luttes ", dont se réclament tous ces mouvements, ne se décrète pas .

Mais ici et aujourd'hui, les écarts d'intérêts, d'agendas et d'objectifs de ces mouvements, sur lesquels comptent le gouvernement et les dominants, pourraient constituer, non plus une faiblesse mais " une possible puissance " au nom du concept théorisé par le philosophe Jacques Rancière " le pouvoir humanisant de la division ", quand, en face, tout est bloqué et que l'incapacité du système à se remettre en cause devient avérée . Cette convergence suppose trois conditions remplies :

La première, la désignation d'un adversaire commun, autrement plus vaste que la seule Loi El Khomri et moins flou que " l'hydre abstraite du Capital " : les adversaires ont des noms, des postes, des rôles précis, des fonctions ...

La deuxième, le refus du mirage électoral, cette fois largement partagé - " le roi des urnes est nu " - .

La troisième, la plus difficile à obtenir, est celle d'un accord à minima sur les moyens d'action, compte tenu des réticences croissantes à la logique de la discussion mais aussi aux risques de scission que font courir au mouvement les virées de certains activistes, plus ou moins manipulés par un pouvoir en état de faiblesse .

C'est certain, la marge d'action est étroite, " le dernier verrou " n'a pas encore sauté, mais c'est ce débat qui s'impose, plus que jamais, aujourd'hui, à tous ceux qui veulent changer les choses .

Et pourtant, " le dernier verrou " finira par céder .

" Ce sera demain, après demain, au pire la prochaine fois ... mais c'est pour bientôt " .

NB : D'après le billet de l'universitaire et sociologue François Cusset, " Quand sautera l'ultime verrou ", Politis.fr, 27 avril 2016 .

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Published by regain2012 - dans Politique
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