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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 15:15
A l'assaut du Palais d'hiver .A l'assaut du Palais d'hiver .

A l'assaut du Palais d'hiver .

" Au prix d'épreuves et de sacrifices, les êtres humains s'adapteront " ( Raymond Barre, Premier Ministre de Giscard d'Estaing, 1976-1981 ) .

La lobotomie durait depuis vingt ans, depuis la fin des grandes grèves de l'automne 1995 qui avaient laissé un Alain Juppé, droit dans ses bottes complètement lessivé , alors que le grand Alain Minc prophétisait, sur France 5, le 9 décembre 1995 : " On se souviendra aussi peu de ça que de la grève SNCF de 1986 " .

Les élites françaises et leurs relais médiatiques se mirent à estimer qu'elles touchaient au but . Ils avaient chanté sous l'ère Mitterrand , dans les années 1980, " Vive la crise ", célébré l'Europe et la modernité, conjugué des alternances sans changement, ils allaient embastiller la justice sociale dans le cercle de la raison capitaliste .

Et pendant qu'allait s'opérer le grand ajustement structurel qui enfin dépouillerait la France de son reliquat d'archaïsme et d'irrationalité, plus rien ne devait bouger . La gauche de gouvernement ne s'était-elle pas déjà ralliée, les syndicats affaiblis, les intellectuels de cour et d'écran laissé séduire par une société qui leur permettait de naviguer sereinement d'un colloque à une commission, en attendant de gagner le soir de l'argent, en dormant ?

Alors, F. Hollande, Manuel Valls et l'ovni Emmanuel Macron se mirent à parler . Il s'agissait une fois encore de mener " la seule politique possible ", c'est à dire de " faire payer les salariés " tout en prétextant qu'on voulait sauver notre protection sociale et l'emploi . Rien de nouveau sous le soleil, en somme !

Le diagnostic était connu - la faillite du pays -, la thérapie prévisible - les sacrifices -, la dialectique familière - équité et modernité - ; pour Président Hollande et Manuel Valls, le succès était assuré .

Aussi, sans trop se soucier de cohérence et de préparation - les médias assureraient la mise en musique idéologique - nos très habiles gouvernants firent partir le coup : " le projet de loi Travail " . Aussitôt, Libération, Le Monde, Le Point, L'Obs, le Figaro, le JDD, les chaînes de télévision d'applaudir un plan, à la fois " courageux ", " cohérent ", " ambitieux ", " novateur ", " pragmatique " ...

Dans la foulée des " scribes ", l'Europe, Wall Street, la City, furent aussi séduits . L'affaire était entendue : après quatre ans d'impairs et de tâtonnements politiques, Président Hollande venait de prouver sa mesure et " François l'audace " prenait toute sa place dans le coeur des journalistes de " marché " .

Mais on ne se défie jamais assez des gueux . On les croyait vaporisés par " la fin de l'histoire ", à tout le moins relégués au rang " d'exclus " sur le sort desquels se pencherait quelque fondation compatissante .

Et voilà qu'ils réapparaissent, "debout ", en colère, déterminés, ayant tout compris . Quelle incongruité ! Nos journalistes " à la solde " se déchaînent : leur discours de haine contre une centrale syndicale et son secrétaire général rappelle celui de Tocqueville lors des journées de juin 1848 .

Comme en 1995, on peut relire des insanités du genre : " Les cheminots et la RATP rançonnent la France pour la pressurer davantage, c'est un vrai racket social " ( Franz-Olivier Giesberg, Le Figaro du 5 décembre 1995 ) ; " D'un côté la France qui veut travailler et se bat, et de l'autre la France aux semelles de plomb, campée sur ses avantages acquis ", clame Claude Imbert, dans Le Point, termes repris aujourd'hui par le Ministre Macron, en personne .

Et le grand Alain Minc d'en rajouter une couche : " Dans un monde unifié par les marchés financiers, il demeure une spécificité française : le goût du spasme " ( TF1, le 4 décembre 1995 ) .

" Un coup de lune ", " une grande fièvre collective ", " un carnaval ", " une dérive schizophrénique ", entendait-on alors, tout comme aujourd'hui .

Mais pour qui se prend-il, cet ouvrier métallurgiste, qui veut abattre " le rêve " des " néo-libéraux ", celui d'une " République du centre " , au service de la Finance, qui dresse contre nous des centaines de milliers de manifestants, des dizaines de milliers de grévistes " mentalement décalés " qui " dessinent les contours d'une France archaïque " ?

Et pourtant la courbe des sondages reste obstinément contraire à celle des marchés et des commentaires, les Français restent majoritairement solidaires ( à 61% ) de ceux qui luttent .

Les gueux " se marrent " quand Manuel Valls leur dit que Philippe Martinez et la CGT n'ont qu'une obsession, prendre d'assaut " le Palais d'hiver " .

NB : interprétation actualisée de l'article de Serge Halimi, dans le Monde Diplomatique de Janvier 1996 ( Les médias et les gueux ), après les grandes grèves de l'automne 1995 .

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Published by regain2012 - dans Politique
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anonyme 27/05/2016 13:20

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