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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 15:39
" La lettre volée " (1) .

" La lettre volée " est une nouvelle d'Edgar Allan Poe, de 1844, dans laquelle les protagonistes recherchent fébrilement un billet d'une importance capitale, qu'ils supposent caché, alors qu'il est posé en évidence sur un bureau .

(1) : métaphore utilisée par Frédéric Lordon, Le Monde diplomatique, mars 2014 : " Les entreprises ne créent pas d'emploi " .

" La seule chose qu'on n'a pas essayée, c'est de faire confiance aux entreprises ", déclarait Mathias Fekl, Secrétaire d'état au commerce extérieur, en mars 2013 . Une riche idée traduite concrètement dans le Pacte de responsabilité " hollandais " ( 41 Mds d'€ de cadeaux aux entreprises ) .

A l'instar du romancier américain soyons précis et rigoureux : quelle est la signification d'un tel pacte ? Le règlement de " la rançon " exigée par le MEDEF contre la création d'un million d'emplois : c'est à dire la " prise en otages d'un million de travailleurs " .

On nous a fait accepter le paiement de la rançon, grâce à une arnaque économique bien ficelée : " Ce sont les entreprises qui créent l'emploi ", postulat enrichi aussitôt de l'axiome contestable " et qui créent la richesse " . Relevons tout de suite qu'en géométrie, axiomes et postulats n'ont pas à être démontrés .

J'ai bien conscience que l'expression " prise en otage " ne plaira pas à tout le monde, et particulièrement à ceux qui en abusent à propos de tous les sujets : les cheminots, les agents de la RATP, les personnels d'Air France, les enseignants, en grève, qui prennent, tous les jours, les usagers " en otage " .

Cela dit, qu'est-ce que je fais d'Edgar Poe ? Mais enfin, qui ne voit que F. Hollande a, très habilement, utilisé le scénario de la nouvelle policière, pour nous faire avaler le paiement de la rançon, en faisant remplir tous les tiroirs médiatiques d'incantations à " l'entreprise humaniste ", tandis que restait, sur son bureau, mais devenue invisible au regard des Français, à force de fausses évidences et d'énormités, " la lettre volée ", dans laquelle est révélée la réalité : " L'entreprise ne crée pas l'emploi " !

C'est Karl Marx, pardon aux âmes sensibles, qui remarquait que le capitalisme, c'est à dire le salariat, est une prise d'otages de la vie même . " Dans une économie monétaire et de la division du travail, il n'existe aucune autre possibilité de reproduire la vie que d'en passer par l'argent du salaire ... c'est à dire l'obéissance à l'employeur " . ( Frédéric Lordon ) . Et s'il n'y avait pas eu la conquête de haute lutte des institutions sociales, on ne voit pas bien ce qui séparerait la logique capitaliste de " la mise au travail " de l'esclavage .

" Les entreprises ne créent pas l'emploi " n'est pas un énoncé empirique, la banale observation d'un processus, c'est un concept . Les entreprises n'ont aucun moyen de créer par elles-mêmes les emplois qu'elles offrent : ces emplois ne sont que la résultante que de l'observation du mouvement de leurs commandes dont, évidemment, elles ne sauraient décider elles-mêmes, puisqu'elles lui viennent du dehors, c'est à dire du bon vouloir, des moyens et des besoins de leurs clients, particuliers, ménages, collectivités ou autres entreprises .

C'est ce qu'avait reconnu l'ancien président de la CGPME, Jean-François Roubaud, en véritable Saint-Jean Bouche d'or : " Pour créer de l'emploi, encore faut-il que les carnets de commandes se remplissent " . ( Les Echos, 3 janvier 2014 ) .

Et il avait raison ! Si les entreprises produisaient elles-mêmes leurs propres carnets de commandes, cela se saurait depuis longtemps et le jeu du capitalisme serait d'une déconcertante simplicité . En fait, les entreprises n'enregistrent que des flux de commandes sur lesquels elles n'ont que des possibilités d'action marginales, et à l'échelle macro- économique aucune, puisque ces commandes ne dépendent que de la capacité de dépense de leurs clients, laquelle capacité ne dépend elle-même que des propres carnets de commandes de ces clients et ainsi de suite .

A quelques variations près, la formation des carnets de commande ne relève donc pas des entreprises individuellement prises, mais du processus macro-économique général . Passives face à la formation des commandes, les entreprises ne font qu'enregistrer et convertir en emplois les demandes de biens et de services qui leur sont adressées ou qu'elles réussissent à anticiper .

D'ailleurs, les entrepreneurs l'avouent, implicitement, quand ils réclament des aides à l'Etat, dès que la conjoncture va mal .

L'idéologie patronale nous invite à voir dans l'entreprise une sorte de " démiurge " mais le spectacle est moins grandiose et la fameuse mécanique de" l'offre ", chère à F. Hollande, n'est qu'une simple réponse à une demande .

Qui peut voir là-dedans une sorte de geste " créateur " du type revendiqué par l'idéologie patronale et largement suivi par F. Hollande ? Les entreprises ne créent rien, en matière d'emploi, ce qui ne veut pas dire qu'elles ne font rien : elles se font concurrence pour capter comme elles peuvent les flux de " revenu-demande " et font leur boulot avec ça .

Et donc, " si on veut créer de l'emploi, c'est à la conjoncture qu'il faut s'intéresser, pas aux entreprises " ( Frédéric Lordon, Le Monde diplomatique ) .

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Published by regain2012 - dans Société
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