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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 14:18
24 juin 1984 : Nouvel Obs .
24 juin 1984 : Nouvel Obs .

24 juin 1984 : Nouvel Obs .

Ne croyez pas le slogan, ci-dessus, tout droit sorti d'un meeting d'une quelconque organisation islamiste . Cet appel faisait partie des différents slogans brandis par les membres des organisations catholiques , manifestant dans les rues de Paris, en juin 1984, contre le projet de Loi " Savary " portant sur une réorganisation du système scolaire .

Le début de la lente succession d'abandons et d'abdications du " bloc républicain " que constitue " la laïcité ", par le Parti Socialiste, peut être daté : 24 juin 1984 . Ce jour-là, plus d'un million et demi de personnes défilent dans les rues de Paris contre le projet de Loi du Ministre socialiste de l'Education Nationale de F. Mitterrand, Alain Savary, projet en débat depuis le mois de décembre 1982 . Le Premier Ministre s'appelle Pierre Mauroy .

Rappelons que ce texte est la traduction d'une des 110 propositions portées par le candidat à la Présidence de la République, en 1981, F. Mitterrand .

Que proposait le projet ? " Un grand service public unifié et laïc de l'Education Nationale " . Il proposait de transformer les écoles privées et confessionnelles en EIP ( Etablissement d'Intérêt Public ), liées à l'Etat et aux Collectivités Locales par convention, chaque établissement consentant à faire titulariser dans la fonction publique, la moitié de ses enseignants - ce qui était un cadeau et sûrement pas une contrainte -, à accepter le contrôle de l'Etat sur son enseignement général ( mais pas confessionnel ), à ne créer d'écoles maternelles ou primaires dans une localité que s'il existait déjà une école publique .

Et pourtant ce projet protégeait l'enseignement privé pour longtemps, mais les politiques surent le diaboliser .

Les organisations catholiques, l'épiscopat et surtout la droite : J. Chirac, Raymond Barre, V. Giscard d'Estaing ( plus leurs " porte-flingue ), et un petit malin, qui commence à faire parler de lui, Jean-Marie Le Pen, mobilisent tout ce qu'il y a de réactionnaire dans le pays, d'anti-socialo-communistes, et rassemblent, le 24 juin 1984, une foule immense à Paris, après le très important rassemblement de Versailles, le 9 mai précédent .

Le pouvoir mitterrandien prend peur : lors de son discours du 14 juillet suivant, donc quelques jours à peine après la manifestation, F. Mitterrand, dans un propos d'une confusion inhabituelle, annonce le retrait du projet de loi . Le 17 juillet, il " démissionne " P. Mauroy, le remplaçant par L. Fabius : l'apôtre d'une gauche jeune et moderne a le terrain libre devant lui pour commencer à débarrasser le pays de ses " vieilleries " .

Rappelons, en incidente, que quelques mois auparavant, le 15 octobre 1983, la première marche spontanée " pour l'égalité et contre le racisme ", aussi appelée " marche des beurs " quittait Marseille pour Paris, où elle fut accueillie, à son arrivée, par plus de 100 000 personnes et les leaders reçus à l'Elysée par F. Mitterrand .

Le 15 octobre 1984, tout cela va très vite, Julien Dray et Harlem Désir ( cornaqués depuis l'Elysée par Jean-Louis Bianco, Secrétaire Général de la Présidence, et une certaine Ségolène Royal, annoncent la création d'une association " SOS Racisme " dans le but, non avoué, de substituer aux " marches des Beurs ", des grands concerts avec le soutien de stars célèbres - c'est moins dérangeant qu'une manif - afin de donner l'image d'une jeunesse rassemblée par delà ses différences, multiculturelle, mais au sein de laquelle les " beurs ", justement, seront un peu trop vite marginalisés .

Et ce n'est pas, l'invention de la belle main jaune et du slogan " Touche pas à mon pote ", le 15 juin 1985, qui changera la direction idéologique : louable initiative mais qui passe complètement à côté de son sujet en faisant de celui qui aspire à trouver sa place dans la société, non pas un acteur de sa vie, mais un petit être attachant protégé par ceux qui ont tout et surtout " savent " . Le slogan généreux qui met sur la touche celui qu'il veut aider à se hisser sur le mur .

Cependant, le combat antiraciste pouvant être interprété par beaucoup de gens comme l'expression de l'idéal laïque, la petite main va entrer, sans que personne y voit malice, dans les établissements scolaires . Julien Dray et Harlem Désir n'ont pas alors conscience de créer un précédent .

Et lorsque éclate " l'affaire dite du foulard ", dans un collège de Creil, en octobre 1989, les deux compères ne mettront pas de gants pour traiter le principal, qui refuse l'accès de deux jeunes filles, aux salles de cours, si elles n'enlèvent pas leur voile, de raciste .

F. Mitterrand qui n'a rien " du petit père Combes " n'a pas envie - lui qui prône une Europe de tribus et de cultures multiples, rassemblée par quelques intérêts communs - de se lancer dans une nouvelle guerre laïque . Il laisse à son Ministre de l'Education Nationale d'alors, Lionel Jospin, de traiter le sujet . Très courageux, le Ministre botte en touche vers le Conseil d'Etat qui finira par émettre un avis, renvoyant la " patate chaude " vers les proviseurs et les principaux, les laissant juges d'appliquer ou de déroger aux principes laïques : " avis du 27 novembre 1989 " . Une pierre noire dans l'histoire de la laïcité : le nombre de jeunes filles portant le voile dans les collèges et les lycées et les conflits avec les familles ne vont cesser de se multiplier jusqu'au vote de la Loi du 15 mars 2004 encadrant le port de signes religieux, portée par la droite, le PS se divisant, encore une fois, sur le texte .

En avril 1992 et mars 1993, les accords " Lang-Cloupet ", mettent à genoux l'Etat, un ministre socialiste accordant à l'enseignement catholique des avantages financiers sur la rétribution et la formation des professeurs de l'enseignement privé, sur le renforcement du Concordat d'Alsace-Moselle auquel les évêques n'auraient pas osé rêver quelques mois plus tôt , si bien qu'aujourd'hui 80% du fonctionnement d'un établissement privé est à la charge de l'Etat et de la collectivité .

" Nous voulons Dieu dans nos écoles ", mais une présence divine payée par d'autres !

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Published by regain2012 - dans Société
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