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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 14:36
" Au commencement était Jacques Delors " !

" La négociation collective n'est plus adaptée aux exigences d'une économie moderne et mondialisée " - Rapport au gouvernement de Jean-Denis Combrexelle, ex-directeur général du travail ) .

Tout a commencé en 1982 quand le ministre de l'économie de l'époque, un certain Jacques Delors, fait entrer dans le vocabulaire socialiste le mot " compétitivité " et engage le pays - avec l'aide de deux fieffés coquins, le banquier Jean Peyrelevade et l'économiste Pascal Lamy - dans la logique de la " désinflation compétitive " : un remède de cheval ; blocage des prix et des salaires pendant cinq mois pour que la France produise moins cher et exporte plus . Dans la foulée, les augmentations de salaires vont être encadrées par le gouvernement, aux deux tiers de l'inflation .

Un certain F. Hollande, entouré de trois amis, Jean-Pierre Mignard, Jean-Pierre Jouyet, Jean-Yves Le Drian, s'émerveille devant le courage de celui qui deviendrait son mentor . Enfin, on allait en finir avec " les concepts qui avaient dessiné la seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe et explorer les chemins du réformisme et du compromis ", clamait le quatuor .

( Relevons au passage les mots de Manuel Valls, pour défendre aujourd'hui le projet El Khomri : " Il faut bouger ! Il y en a qui sont encore au XIXe siècle ; moi et mon gouvernement, nous sommes dans le XXIe s. " ) .

Le trio Delors-Peyrelevade-Lamy ne tarda pas à revendiquer " la purge de rigueur administrée au canasson socialiste " et à crier victoire quelques années plus tard quand la France retrouva un haut niveau d'exportations, une balance des paiements excédentaire, un tissu économique modernisé et concentré . Mais le prix payé par le pays était lourd en sacrifices : disparition des " canards boiteux de l'industrie ", réduction des augmentations de salaire ( les augmentations moyennes du SMIC passent de 5,1% - hors inflation - à 1,2% ) et surtout un chômage record, à 12% .

" Qu'importe les pertes " , pouvait s'exclamer le Premier Ministre, Michel Rocard, en 1989, lors de la présentation du 10e Plan : " Nous avons choisi l'Europe car elle est le levier qui nous conduit à une politique de reconnaissance de l'entreprise " .

Depuis, la compétitivité n'a cessé d'obséder les socialistes au pouvoir . En 1999, la loi Aubry, instituant les 35 heures, contenait des dispositions très favorables aux grandes firmes exportatrices .

Renault, Peugeot, Péchiney purent réorganiser, en fonction de la charge de travail, le temps de travail sur les chaînes, sur une ou plusieurs années, tout en profitant du blocage des salaires .

En mai 2012, les électeurs avaient oublié " le socialisme compétititif " à la Delors . En 2016, la France intégrée au marché et à la monnaie unique, enfermée dans une économie européenne cadenassée par le dogme de la libre concurrence n'a plus les leviers de commande sur son économie et sur les grandes entreprises . Alors, après la concurrence fiscale, le dumping social, le blocage des salaires, après avoir épuisé les 40 Mds d'€ de baisses des cotisations patronales qui mettent en péril la Sécurité Sociale, la France n'a plus d'autre choix, pour rétablir une nouvelle fois sa " compétitivité ", mise à mal par toujours plus de " globalisation ", que de s'attaquer au modèle social .

Et c'est pourquoi, les articles les plus controversés du Projet " El Khomri " correspondent très exactement aux besoins manifestés par six secteurs précis du patronat .

Le barème maximal des indemnités de licenciement imposé aux Conseils des Prud'hommes correspond aux voeux des petites et moyennes entreprises et à ceux de la CGPME .

Les facilités offertes pour négocier les hausses du temps de travail, la rémunération des heures supplémentaires et les baisses de salaire par accords majoritaires au sein de l'entreprise constituent, elles, un geste vers les grandes entreprises du MEDEF et de l'AFEP ( les 100 plus grandes sociétés françaises ) .

La réécriture de la définition " du licenciement économique " et la précision des motifs possibles pour y avoir recours, répondent elles aux souhaits des patrons de firmes mondiales ( Volvo, Novartis, Solway, Samsung, stc . ), ces firmes réunies périodiquement à l'Elysée, sous le vocable très officiel de " Conseil stratégique de l'attractivité " . Ces firmes étrangères qu'il s'agit de rassurer pour qu'elles continuent d'investir en France, en les assurant qu'elles auront toute latitude pour réduire leur effectifs, quand elles le voudront .

Tout en bas de la pyramide, les petits patrons n'ont pas été oubliés : ils pourront transformer leurs salariés " en cadres au forfait annuel ", s'évitant ainsi le décompte fastidieux des heures travaillées .

La possibilité de fractionner la plage de repos quotidienne de onze heures satisfait les sociétés de service aux entreprises qui envoient des équipes de dépannage sur les sites, lors des interruptions de la production, en vue d'améliorer leur productivité .

Enfin, un volet du projet, n'oublie pas " l'ubérisation " de l'économie, créant un statut de " non-salarié , non-indépendant ", permettant de sécuriser les activités des plates-formes numériques .

Comme on peut le constater, ce projet est loin de représenter un " sauve qui peut " de la part d'un gouvernement et d'un Président aux abois . C'est un projet pensé, construit, cohérent, qui marque l'aboutissement d'un processus engagé, il y a trente ans, par M. Delors .

Laissons le dernier mot à un ami de la " Troïka " de 1982 : " Les seuls vainqueurs sont les détenteurs du capital et les consommateurs aisés . Les uns vont profiter de la baisse des salaires, les autres de la baisse des prix . A contrario, les travailleurs sont totalement oubliés " . ( Jacques Attali ) .

Eh, oui ! Mais cher M. Attali, n'est-ce pas là, la définition du néo-libéralisme ?

NB . D'après l'article de Hervé Nathan, Marianne No 985, du 26 février 2016 : " Les trente piteuses socialistes " .

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Published by regain2012 - dans Politique
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