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5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 15:58
Le quinquennat se défait comme fond la glace .

Le quinquennat se défait comme fond la glace .

" La droite dit : la première liberté, c'est la sécurité ; nous, nous disons au contraire : la première sécurité, c'est la liberté " . ( Pierre Mauroy, Premier Ministre socialiste, 1981- 1984 ) .

" Dans un pays qui vit dans un état d'urgence prolongé et dans lequel les opérations de police se substituent progressivement au pouvoir judiciaire, il faut s'attendre à une dégradation rapide et irréversible des institutions publiques ", affirme le philosophe italien Giorgio Agamben .

L'état d'urgence prolongé, appelé à devenir permanent, vise à instaurer une nouvelle relation avec les hommes, celle d'un contrôle généralisé et sans limites - c'est l'objet de toutes les lois récentes permettant le contrôle total des données informatiques et communicationnelles entre citoyens, y compris le prélèvement intégral du contenu de nos ordinateurs -, à travers la création d'une relation systémique entre Terrorisme et Etat sécuritaire .

Ce nouveau couple appelé à faire système entraîne inéluctablement un changement de statut politique des citoyens et du peuple . Dans l'Etat sécuritaire on voit naître une tendance irrépressible vers la dépolitisation progressive des citoyens, dont la participation à la vie politique est réduite à la convocation, chaque quatre ou cinq ans, à " un énorme sondage électoral ", sans effet réel sur leur vie quotidienne .

Cette tendance est doublement inquiétante . Elle induit d'abord que l'Etat va avoir besoin de la peur pour légitimer l'état d'urgence imposé aux citoyens, donc sa propre légitimation . Il sera donc conduit, soit à produire lui-même de la terreur, soit à ne pas empêcher qu'elle se produise - ce qui est le cas quand on poursuit une politique étrangère qui alimente le terrorisme et qu'on vend des armes à des Etats dont on sait qu'ils financent les organisations terroristes .

La deuxième inquiétude, et c'est l'histoire qui nous le dit, est justifiée par l'étude de la gestion du peuple par le régime nazi . Ce sont les juristes nazis qui ont théorisé la dépolitisation du peuple , commençant par définir le peuple comme " un élément essentiellement impolitique ", dont l'Etat doit assurer la protection .

Il ne s'agit évidemment pas de confondre l'Etat nazi et l'Etat sécuritaire vers lequel nos dirigeants actuels font dériver le pays mais simplement de rappeler que les dictatures du XXe s. se sont, chaque fois, installées à l'abri de l'état d'urgence . Qui sait qu'au regard du droit allemand, toutes les exactions du régime nazi étaient légales, parce que fondées sur un état d'urgence mis en place avec l'élection d'Hitler et jamais abrogé ?

Car, ces juristes nazis, eurent vite fait de rétablir la proposition, dans un sens totalement inattendu : pour eux, il fallait bien sûr rendre politique " cet élément impolitique ", mais il n'y avait qu'une seule façon de le faire : prononcer " l'égalité de souche et de race ", tout ce qui distingue de l'étranger et de l'ennemi et affirmer que " le droit est ce qui est bon pour le peuple allemand ", définition que la philosophe Hannah Arendt ne manquait pas de dénoncer à chaque occasion .

Car le paradoxe pointe déjà : si on dépolitise le citoyen, comment ensuite le sortir de sa passivité quand on lui demandera de partir à la guerre ? Les nazis en firent un jeu d'enfant : inculquer la peur de l'ennemi étranger et qui ne soit pas seulement extérieur : les juifs en Allemagne hitlérienne, les musulmans, en France, aujourd'hui . C'est en tout cas le rôle dévolu au FN .

C'est dans ce cadre qu'il faut considérer le projet de déchéance de nationalité .

Il est un troisième point dont il ne faut pas sous-évaluer l'importance, dans le climat créé par l'état d'urgence : je l'appelle " l'incertitude programmée " .

Nous assistons à la transformation radicale des critères qui établissent la vérité et la certitude dans la sphère publique . L'observateur attentif aura relevé que dans les comptes rendus des crimes terroristes plus aucune certitude judiciaire ne nous est apportée

La certitude judiciaire certifiée par une enquête judiciaire et un procès constituent le paradigme de l'état de droit, dans les crimes de droit commun ; dans le modèle sécuritaire, on doit se contenter de ce qu'en dit la police, en l'occurrence le ministre de l'intérieur, et les médias qui en dépendent, deux instances souvent considérées comme peu fiables . D'où le vague incroyable et les contradictions patentes dans les reconstructions hâtives des événements - par les chaînes d'info en continu , particulièrement - qui, à l'évidence, ont pour but d'écarter toute possibilité de vérification, laissant la porte ouverte à toutes les falsifications .

" Des commérages plutôt que de véritables enquêtes ! " Cela signifie que l'Etat sécuritaire a intérêt à ce que les citoyens restent dans l'incertitude sur ce qui les menace, car l'incertitude et la peur vont de pair .

Répéter aux citoyens, sans autre détail : " Le niveau de la menace est très élevé ", n'est pas innocent .

Etudier le texte de loi, du 20 novembre, prolongeant l'état d'urgence, est plein d'enseignements : " Toute personne à l'égard de laquelle il existe de sérieuses raisons de penser que son comportement constitue une menace pour l'ordre public et la sécurité ... " . Non seulement la formule " de sérieuses raisons de penser " n'a aucun sens juridique, en cela qu'elle renvoie à l'arbitraire de celui qui " pense ", mais elle peut s'appliquer à n'importe qui, et pas seulement à un terroriste .

Dans l'Etat sécuritaire, ces formules indéterminées deviennent la norme, alors que les juristes les ont toujours considérées comme contraires au principe de la certitude du droit .

L'état d'urgence, la menace de la déchéance de nationalité, la dépolitisation progressive du citoyen, la non définition du " terroriste " qui fait de chacun de nous un terroriste en puissance, autant de propositions qui font sortir l'Etat sécuritaire du domaine connu de la politique pour nous emmener vers une zone incertaine dont on va avoir du mal à définir les frontières .

PS : Réf. Article du philosophe italien Giorgio Agamben, Le Monde du 23/12/2015, " De l'Etat de droit à l'Etat de sécurité " .

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Published by regain2012 - dans Société
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