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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 10:36
Le Monde. fr

Le Monde. fr

" Notre point de vue de départ demeure que la surveillance de masse, celle de chacun d'entre nous, n'est ni nécessaire ni efficace " ( The Guardian ) .

Ce n'est pas le moindre des paradoxes que dans la boulimie sécuritaire vers laquelle nous entraînent le Président de la République, le Premier Ministre, son gouvernement et sa majorité, les appels au calme et à la réflexion nous viennent d'Outre- Manche .

Dans un éditorial remarqué publié aux lendemains des attentats du 13 novembre, le quotidien britannique " The Guardian " a tenu à rappeler quelques évidences au gouvernement français : " Même si l'Etat Islamique voulait que cette nuit de massacres soit une déclaration de guerre, cela ne signifie pas que la France doive lui retourner le compliment, parce que cela serait en effet un compliment . Ce serait lui accorder le statut d'Etat qu'EI revendique mais ne mérite pas ... "

Le quotidien rappelle ainsi l'héritage américain de ce type de réaction en citant la politique du Président Bush aux lendemains du 11 septembre 2001 : " Ce registre de guerre, autorisant implicitement son lot de mesures extrêmes, a conduit les américains et leurs alliés à prendre plusieurs décisions désastreuses ... " . " Si on a le sentiment que les valeurs de l'Europe sont en danger, alors la dernière façon de les protéger serait de les démanteler " .

En un mot : introduire des mesures de mise en oeuvre de l'état d'urgence dans la Constitution ne peut qu'être attentatoire à ces valeurs .

A ce fond éminemment juridique et moral, il faut agrafer, la phrase du Président Obama, d'avant-hier ( interview iTélé ) : " Les forces armées américaines et françaises, déployées au sol, peuvent écraser en peu de temps l'armée islamique, et après ? Il faut du temps pour trouver une solution politique ... " .

Du temps ! Barak Obama, depuis Paris, fait savoir au Président Hollande qu'à trop appeler à " la guerre ", on a la guerre mais pas forcément la solution aux problèmes .

A Raqqa, on en jubile presque : la France, ce vieux pays démocratique qui s'était attiré la sympathie du monde arabo-musulman en s'opposant, en 2003, devant la Conseil de sécurité de l'ONU, à l'aventure irakienne décrétée par George W. Bush, ne s'abaisse-t-elle au niveau d'un bellicisme - sous perfusion russe et américaine - contraire à ses principes démocratiques, à ses libertés intérieures, bouleversant en quelques heures son agenda politique, son budget et même sa Constitution .

Le 20 janvier 2005, lors de son deuxième discours d'investiture, G. W. Bush déclarait : " Par nos efforts, nous avons allumé un feu, un feu dans l'esprit des hommes . Il réchauffe ceux qui en éprouvent la puissance, il brûle ceux qui en combattent la progression et, un jour, ce feu indompté de la Liberté atteindra les recoins les plus obscurs de notre monde " . Une phrase soufflée par un de ses conseillers qui provenait du roman de Dostoïevski " Les Possédés ", dans lequel un anarchiste radical proclamait : " Nous devons mettre le feu dans les esprits, non dans les maisons " .

La phrase de Bush était terrible . En adopter l'esprit, 10 ans plus tard, est diabolique . L'ampleur prise par ce " feu de la puissance " déborde en une crue bientôt indomptable, si nous n'y prenons pas garde, sur tous les réseaux sociaux quand ce n'est pas dans les colonnes de certains quotidiens .

" La pire séduction du mal, c'est la provocation au combat ", écrivait Kafka . Là est le piège du terrorisme : nous contraindre à de nouvelles " croisades " pour mobiliser les peuples de confession musulmane contre l'Occident .

C'est cette croisade engagée en 2001 en Afghanistan, poursuivie en 2003 en Irak puis en Libye en 2011 et en Syrie en 2014 qui nous est revenue en boomerang lors des attentats de Paris : retour de flammes qui a frappé nos rues, nos cafés, nos salles de concert . Jusqu'en 2007, la France s'était tenue à l'écart de la croisade irakienne, elle avait résisté à la rhétorique de la guerre au terrorisme, conservant son discours universaliste, son rôle de médiateur conforme à son histoire . Elle avait été pendant ces années une exception magnifique .

En 2007, avec l'élection de Nicolas Sarkozy, elle est tombée à son tour dans ce piège de l'interventionnisme aveugle, de ce bellicisme ostentatoire mais impuissant, accompagné de la régression sécuritaire qui ouvre la voie à une société de surveillance .

F. Hollande, sollicité par les conséquences désastreuses de la politique de son prédécesseur, a multiplié les interventions . Une fuite en avant sans précédent .

Et pourtant, depuis le 11 septembre 2001, on le sait bien, le défi du terrorisme n'est pas militaire, il n'est pas davantage, pour l'essentiel, religieux, contrairement aux apparences ou idéologique, si l'on considère qu'une idéologie présente une vision du monde qui se veut cohérente .

" Le défi du terrorisme est fondamentalement narratif ", dit le blogueur Christian Salmon, au sens où " la naissance, la maturation et la transformation des organisations terroristes reposent sur des récits qu'il faut décoder, si l'on veut définir une stratégie visant à ruiner leur efficacité ", ( Center for Contemporary Conflict, 2005 ) . En un mot, " il faut prendre en compte ce que les terroristes racontent " pour le déconstruire .

Le 11 septembre fut l'acte inaugural d'une guerre des " récits " qui n'a cessé de s'étendre et de s'intensifier . Une guerre qui n'a plus pour théâtre d'opération des champs de bataille traditionnels, mais des écrans d'ordinateur, des téléphones portables sur les écrans desquels circulent images, histoires, métaphores à partir des réseaux sociaux et sur le mode du " haut débit " , à des fins de persuasion ou d'envoûtement .

C'est donc bien une bataille culturelle qui s'impose à nous, avant toutes les autres, contre le récit des vidéos de recrutement de l'EI, les selfies sur le champ de bataille, les visuels de décapitations, les images subliminales comme celles postées par le recruteur français, du Front Al-Nosra, Omar Omsen, mais aussi les " jeux vidéos " de guerre ( tel Call of Duty ), légaux, mais pourtant bien ciblés en direction des jeunes attirés par l'action violente ou encore les thèses complotistes qui circulent abondamment sur les réseaux sociaux, tout comme la théâtralisation des engagements .

Un combat culturel parce qu'il faudra bien que l'on admette, un jour ou l'autre, que " Daech est un produit de notre modernité " . ( Jean-Pierre Filiu, auteur de " Apocalypse dans l'Islam, 2008 ) .

NB : à partir du billet de blog de Christian Salmon, " Après les attentats, changer d'imaginaire ", Mediapart, 22/11/15 .

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Published by regain2012 - dans Politique
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