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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 13:48
" Républicains : n'ayons pas peur " ! ( III )

Suite des deux articles : " La République désossée " et " Réunir les Républicains des deux rives " .

" Je me méfie des déclamateurs, des bien-pensants, des bons apôtres, et commence toujours par dégonfler leurs discours " ( André Gide, Les nouvelles nourritures ) .

Dans la seconde moitié de le décennie 1990, les " nationaux républicains " ont le vent en poupe comme le montre la tribune publiée dans Le Monde du 4 septembre 1998 intitulée : " Républicains, n'ayons plus peur ", signée régis Debray, Max Gallo, Blandine Kriegel, Mona Ozouf, Jacques Jullierd du Nouvel Observateur, Paul Thibaud, Olivier Mongin de la revue " Esprit " ou l'ancien ministre communiste Anicet Le Pors .

Le courant s'est trouvé une personne providentielle, " le Che " : Jean-Pierre Chevènement " . L'une de ses chevilles ouvrières sera l'énarque Paul-Marie Coûteaux, ancien du cabinet ministériel de Chevènement, puis du cabinet de Philippe Seguin à l'Assemblée Nationale, avant de rejoindre Pasqua et Philippe de Villiers, puis, bien plus tard, avec son micro-parti " Le Siel ", de tomber dans les bras de Marine Le Pen .

Cette nébuleuse va soutenir vigoureusement la candidature de Chevènement à l'élection présidentielle de 2002, dans un " pôle républicain " qui brasse vraiment très large : à côté de personnalités engagées de longue date à gauche on va trouver des noms qui ne vont pas tarder à dériver vers la droite radicale, politique ou médiatique . Outre Paul-Marie Coûteaux, Bertrand Dutheil de la Rochère, ancien conseiller de Georges Sarre, proche de Chevènement et Président du MRC, aujourd'hui au Rassemblement Bleu Marine ; Dominique Jamet, membre des Comités d'action républicaine de Bruno Mégret, dans les années 1980, aujourd'hui coprésident du mouvement " Debout la République ", aux côtés de Dupont-Aignan mais également cofondateur, avec Robert Ménard du site " Boulevard Voltaire " ; de futures stars médiatiques font partie de l'aventure : Elisabeth Lévy et Natacha Polony ...

La confusion idéologique est à son comble qui entraînera la catastrophe politique du 21 avril 2002 .

Après l'échec de Chevènement à la présidentielle, la nébuleuse " national-républicaine " se scinde et entame le troisième temps de sa mutation : une reconfiguration géo-politique post attentats du 11 septembre 2001 et guerre en Irak de 2003 de G. W. Bush .

Une partie, animée par un rejet viscéral de l'Islam et affolée par des banlieues prétendument devenues des " Territoires perdus de la République ", rompt définitivement les amarres avec la Gauche . Taguieff, Lévy, Dutheil de la Rochère, Coûteaux qui présente les frères Philippot à Marine Le Pen .

Pour les autres, comme l'explique le politologue et spécialiste de l'histoire de l'extrême-droite, Jean-Yves Camus, proche de Georges Sarre et Chevènement : " Chevènement prônait une alliance des républicains des deux rives . Cela pouvait m'aller quand c'était avec Philippe Séguin, beaucoup moins avec Philippe de Villiers, pas du tout avec les souverainistes de l'extrême-droite " .

Mais la défaite stratégique et partisane de ce camp qui avait voulu réunir les républicains de tous bords autour de la défense d'une Nation et d'un Etat forts n'a pas consommé sa victoire idéologique et sa diffusion de plus en plus hégémonique dans les esprits, entraînant un affaissement politique dans lequel sont venus s'engloutir le PS et une partie du Front de Gauche, bien au contraire .

Quand on revendique un slogan qui commence par " National ", l'histoire nous apprend que le second terme, quel qu'il soit, s'efface très vite au profit du premier . On ne peut pas impunément promener le " pré- fascisme " dans les allées de la République .

Deux conclusions paraissent s'imposer à cet essai de décryptage de vingt cinq années de brouillage idéologique . L'une nous est donnée par l'eurodéputé Front national, Gilles Lebreton, ancien de la campagne de Chevènement en 2002, aujourd'hui conseiller pour l'enseignement supérieur de Marine Le Pen : " Chevènement nous a déçus durant la campagne de 2002 ; il a délaissé le positionnement gaulliste et gauchisé son discours . Son électorat de droite l'a lâché . Il n'a pas réussi à créer un souverainisme de gauche, il n'a pas franchi le Rubicon ... Il est normal que les souverainistes soient tentés, aujourd'hui, par Marine Le Pen qui a la volonté d'aller jusqu'au bout " .

" On a récupéré cet électorat national-républicain ", ajoute l'eurodéputé .

L'autre revient à Eric Coquerel, aujourd'hui secrétaire national du Parti de Gauche, ancien de la campagne de Chevènement de 2002 : " Il y a eu une dérive de Chevènement pendant la campagne de 2002 . Dès lors que vous privilégiez la question nationale sur la question sociale, il existe un rique de dérive comme l'a montré l'histoire avec les trajectoires d'un Doriot ou d'un Déat dans les années 1930 ... " .

Des termes antinomiques pour un même constat !

NB : d'après l'article de Joseph Confavreux et Marine Turchi, Mediapart, 27 octobre 2015, " Enquête sur les néo-républicains " .

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Published by regain2012 - dans Politique
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