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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 15:17
slate.fr

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" Nous vivons dans une époque où les mots doivent avoir un sens " ( Dominique de Villepin ) .

Si nous évoquions hier la puissance des " signes " grâce auxquels nous codifions nos existences, c'est bien parce que, en ce moment, la " parole politique " ne peut pas se permettre les approximations sémantiques .

Le Président de la République semble croire avoir gagné l'élection présidentielle de 2012, grâce à un effet de style, " une anaphore " : " Moi, Président ... ", qui aurait tétanisé son adversaire . Aussi, aujourd'hui, pense-t-il pouvoir rejouer la partie, avec, le concours des " oxymores " . ( Oxymore, association de deux mots, du grec ancien : le premier signifiant aigu, spirituel ; le second, niais, stupide ) . En résumé, l'oxymore rend compte de l'inconcevable par l'absurde ; l'oxymore se veut spirituel sous une apparente stupidité ...

En qualifiant les attentats du 13 novembre, à Paris, " d'actes de guerre commis par une armée terroriste, Daech, une armée djihadiste ...", déclaration confortée par ​l'expression utilisée devant le Congrès, à Versailles : " terrorisme de guerre ", le chef de l'Etat a, en forgeant un concept inédit, basé sur un oxymore improbable, surtout démontré son incapacité à penser le phénomène terroriste .

Il appartiendra aux historiens de se pencher sur cette situation ubuesque, mais on peut d'ores et déjà, extirper de la confusion politique régnante, certains points, eux, beaucoup plus clairs .

Le choix du mot " guerre " , accolé à " terrorisme ", peut prendre tout son sens en terme de politique intérieure .

Le journal " Le Monde " du 17 novembre, rappelait que dans son discours du 20 septembre 2001, après les attentats du 11, devant le Congrès américain, le Président George Bush, avait utilisé quatorze fois le mot " guerre " ; sa formule " nous sommes en guerre contre la terreur " avait fait date .

Le 17 novembre 2015, devant le Congrès réuni à Versailles, F. Hollande a utilisé le mot " guerre ", treize fois .

Bush avait annoncé un vaste chantier législatif pour permettre de connaître les plans des terroristes et de les frapper avant qu'ils n'agissent .

F. Hollande a annoncé la même chose en mettant en place l'état d'urgence, pour trois mois, renouvelable, si nécessité .

A ce stade, il n'y a pas de place pour les oxymores . La clarté doit faire loi . Que dit le texte présenté par Manuel Valls, le 20 novembre, au Parlement ?

Durant le temps de l'état d'urgence, la possibilité est donnée aux autorités, de dissoudre des associations salafistes, des assignations à résidence, d'islamistes radicaux pourront être prononcées, voire couplées avec le port d'un bracelet électronique : sorte de prison à domicile qui a l'avantage d'éviter de créer des camps, ( comme le demandait N. Sarkozy ), d'internement, qui nous rapprocheraient de la frontière d'un état policier .

Relevons que Manuel Valls a compris qu'il y avait une limite à des mesures d'exception, et qu'il introduit la possibilité de l'intervention des juges, garants des libertés individuelles et supprime la censure des médias du projet .

Jusque là, rien qui ne soit inacceptable pour des républicains attachés à une République bâtie sur des lois .

Mais quand il s'agit de changer la Constitution pour y intégrer l'état d'urgence, de durcir les articles 16 et 36 de la dite Constitution, et d'une extension des pouvoirs du Président, en terme d'ordre public, donc d'un seul homme, rien ne va plus .

Changer la Constitution signifie réunir le Congrès - Assemblée Nationale plus Sénat - et en obtenir 3/5e des votes, résultat impossible sans la droite . Une telle configuration signifierait pour F. Hollande, de durcir son texte, de répondre favorablement à une surenchère des " faucons " de cette opposition, emmenés par un Sarkozy hystérisé par l'occasion .

Un danger réel : nul besoin d'oxymore pour le voir .

Un député PS n'a pas voté le texte, Pouria Amirshahi . L'explication de son vote est un exemple d'esprit démocratique : " Non seulement le droit commun permet d'agir efficacement comme l'ont montré les opérations policières de Saint-Denis effectuées sous la seule base du code pénal et des lois antiterroristes, mais il est surtout inconcevable d'annoncer une réforme de la Constitution dans les trois mois de l'état d'urgence . Au nom du respect de la démocratie, on ne doit pas confondre les temps démocratiques . C'est une confusion inouïe et jamais vue en démocratie . L'efficacité et le respect du droit valent mieux que la communication martiale et anxiogène ... " .

Est-ce vraiment répondre au terrorisme que cette volonté opportuniste " d'occupation de tout l'espace politique " - que N. Sarkozy a du mal à avaler - ? Images héroïques d'un porte-avions, voyages au bout du monde, marches martiales entre deux files de gardes-républicains, discours professoraux - mais sans lyrisme -, répétitions à l'infini de dépôts de roses, débats dans le débat, appels au texte sacré : ce n'est pas sous-estimer la barbarie qui a frappé dans les rues de Paris que d'exiger de nos gouvernants, sinon une loyauté à l'égard de leurs engagements, au moins une certaine éthique du langage .

NB : sources : Marianne No 971, " De l'urgence mais pas d'imprudence ", Hervé Nathan ; " Après les attentats ", Christian Salmon, Mediapart du 24/11/2015 .

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Published by regain2012 - dans Politique
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