Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 14:26
Huffington-post .

Huffington-post .

" Un ensemble de glissements institutionnels se sont produits, dans l'Union Européenne, depuis le début des années 1990, inscrits ou non inscrits dans les Traités et les textes de leur mise en œuvre, qui ont rendu les procédures de décision ( la gouvernance ) totalement illisibles ", ( Etienne Balibar, Sandro Mezzara, Frieder Otto Wolf , 19 juillet 2015, Le diktat de Bruxelles et le dilemme de Syriza ) .

La réponse à la question précédente se trouve cachée dans le théâtre d'ombres qu'a été la nuit du 12 au 13 juillet, à Bruxelles, et qui a accouché d'accords fondamentalement inapplicables, économiquement, politiquement et socialement qui vont se traduire par un " passage en force " de l'Allemagne et de ses satellites qui se révèlera plus violent, pour le peuple grec, que les cinq années qui ont précédé . Ne revenons pas sur leur contenu mais constatons que, désormais, dans les bureaux de Bruxelles, on n'a plus aucune perception de l'Etat de l'Europe .

L'Europe, cette Union aux cinq Présidents : le Président de la Commission, placardisé, le Président du Conseil Européen ( Chefs d'Etat et de gouvernement ) dont on ignore les prérogatives, le Président de l'Eurogroupe ( ministres des finances ), structure totalement illégale car elle ne figure dans aucun texte, aucun traité - mais c'est elle qui décide de tout - , le Président du Parlement européen ( quasi inutile mais très agressif ) et le Président de la Banque Centrale Européenne ( BCE ), tout puissant .

La crise de ces dernières semaines n'est pas une crise grecque, qui n'est que le symptôme d'une autre crise, bien plus profonde, la crise de l'Union Européenne .

Cette crise était inscrite dans le tournant ultra-libéral pris par l'Europe à la fin des années 1980 et concrétisé dans la signature du Traité de Maastricht de 1992, dans la forme du dogme de la " concurrence libre et non faussée " . A partir de là, toutes les dérèglementations devenaient autorisées, la " boucle était bouclée " .

" Le grand paradoxe " était en place, sous la forme de l'injonction rousseauiste qui voulait " forcer le citoyen à être libre " ( mais Rousseau ne pouvait soupçonner l'application " sinistre " que l'on ferait, plus tard, de sa formule ), mais dans le cadre d'une " liberté coercitive ", qui implique que partout où des écarts, " des manquements " au dogme sont repérés, en général chez les plus " faibles " les fautifs soient punis .

La semaine sanglante pour la Grèce vient de montrer la réalité de ces glissements institutionnels de l'UE : la Commission n'a plus ni pouvoir d'initiative politique ni capacité de médiation, son Président a jeté l'éponge comprenant qu'il n'était plus qu'une courroie de transmission . Le pouvoir de négocier est passé à l'Eurogroupe ( ministres des finances ), instance illégale au regard des Traités, mais aussi occulte et impersonnelle, qui donc n'a à obéir à aucune loi et dont le Président " élu " par ses pairs, s'était auto-proclamé " porte-parole " de l'Allemand Dr Schäuble . Une structure de pouvoir est donc venue en cacher une autre .

Et n'allons pas croire que le Conseil de l'Europe " ( Chefs d'Etat et de gouvernement ) est souverain en dernier ressort . Un autre acteur, à Francfort, la BCE, a toute sa place dans ce concert des tout puissants . Car quand le Dr Schäuble et A. Merkel travaillent à conquérir et sécuriser une position privilégiée de l'économie allemande sur le marché mondial, le banquier de Goldman Sachs, Mario Draghi, Président de la BCE, s'emploie à sécuriser le système bancaire : le pragmatisme spéculatif des banquiers qui dirigent la BCE n'est pas toujours en phase avec le moralisme agressif d'un Dr Schäuble .

Ce qui n'empêche pas la BCE ( indépendante mais ultra technocratique ) d'étrangler pendant plusieurs jours la Grèce en la privant de toutes liquidités, afin de préparer le terrain à Schäuble, tout en se déclarant favorable à un effacement partiel de la dette grecque, afin de sauver les meubles de la BCE . Mario Draghi n'était pas pour une sortie de la Grèce de la zone euro, inquiet pour les banques, alors que Schäuble s'en moquait complètement .

Cette division au sein de " l'exécutif " composite de l'Europe prend toute sa part dans ce nouveau " régime politique " que le philosophe allemand Jürgen Habermas appelle " le gouvernement post-démocratique " .

Ce constat, aussi implacable soit-il, nous appelle à la plus grande vigilance . Sur cette base malsaine, des voix s'élèvent déjà, pour une fuite en avant imprévisible, appelant à une solution d'ensemble, en clair une restructuration de la zone euro en espace économique cohérent , non seulement " intégré " et " discipliné " mais orienté par une perspective de développement et de transformation collective industrielle . C'est la dernière proposition de F. Hollande .

Mais que peuvent apporter un gouvernement de la zone euro, un sous-parlement de cette zone, élu au suffrage indirect, " une révolution par le haut ", sur la base du dogme originel de " la concurrence libre et non faussée et des dérèglementations ? " .

Une structure plus efficace pour contraindre les mauvais élèves ? Certainement . Une fuite en avant dans " le grand paradoxe " d'où seront exclus, encore une fois, les citoyens .

Pas de ça ! L'Europe a entamé " sa grande marche " d'où elle ne sortira que par le haut ou par le bas de sa crise constitutionnelle . Des mesures technocratiques supplémentaires signeront une sortie par le bas . " Inventer une citoyenneté européenne et rassembler les forces de son renouveau culturel " - c'est le message que nous ont envoyé les Grecs par le référendum du 5 juillet - pourrait conduire à une sortie par le haut .

PS : réf. ebalibar . " ( 19 juillet 2015 ) " Le diktat de Bruxelles et le dilemme de Syriza " .

Partager cet article

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Regain 2012
  • Regain 2012
  • : Pour un retour à la démocratie réelle où le citoyen redevient acteur de son avenir et cesse de déléguer son pouvoir à des partis ou à des dirigeants trop éloignés des souffrances des peuples.
  • Contact

Vous aimerez peut-être :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Recherche

Nuage de tags

Nombre de visiteurs en ligne

Il y a actuellement    personne(s) sur ce blog

Catégories

Liens