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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 14:48
lesechos.fr

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" La capture des désirs par le capitalisme néolibéral produit une déprime collective qui s'exprime sous la forme d'une dépolitisation totale " . ( Paul B. Preciado, philosophe espagnol ) .

( Sì, se puede : oui, on le peut ) .

L'indigence des " articles " de la presse française sur les résultats des élections espagnoles du 24 mai dernier est affligeante .

Heureusement, le philosophe espagnol Paul B. Preciado, ( née Beatriz Preciado, à Burgos, en 1970 ) nous invite - Mediapart, 27 mai 2015 - à aller plus loin, dans l'analyse de la secousse politique qui vient de faire " bouger les lignes " en Espagne .

Les plates-formes citoyennes - soutenues par le parti " Podemos " - issues du mouvement des " Indignés " et de l'esprit du " 15-M " ( 15 mai 2011), occupation des places, dans toutes les villes d'Espagne, font trembler les deux grands partis politiques, dits de gouvernement, ( PP et PSOE ) qui s'étaient approprié le pouvoir en 1981, à la fin de la phase de transition, qui avait suivi la mort de Franco .

Ces partis perdent, à eux deux, 3,3 millions de voix, ( le PP perd 10 points à lui seul, 2,5 millions de voix ) par rapport aux élections générales de 2011, et ce alors que la participation est en augmentation de 8% par rapport à la même échéance, grâce aux mobilisations engagées par une multitude de micro-partis " citoyens " qui se retrouvent dans les plates-formes municipales .

La lutte contre la corruption a été un des points forts de cette campagne . La corruption qui gangrène les deux partis de gouvernement, mais d'abord et de loin, le PP et ses caciques .

Non seulement Barcelone et Madrid, les deux plus grandes villes du pays, vont se donner un maire issu de ces mouvements mais probablement, Valencia, troisième ville, peut-être Zaragoza, capitale de l'Aragon, où la liste " En comùn " talonne celle du PP, ou encore La Coruña, capitale de la très franquiste Galicia où " La marée Atlantique ", autre plate-forme citoyenne, est en tête, voire même Santiago de Compostela .

" Podemos " avait choisi de faire l'impasse sur les Municipales mais soutenait et participait aux " plates-formes ", s'associant aux " Actes " communs ( grands rassemblements ) de la campagne . La formation de Pablo Iglesias avait misé sur les élections régionales, menant des listes sous son propre drapeau dans les treize " autonomìas " concernées, va donc entrer dans plusieurs assemblées régionales et participer à certains exécutifs .

Le PP détenait la majorité absolue dans douze de ces treize régions et devrait en perdre au moins quatre, peut-être plus : Aragòn, Asturias, Extremadura, Communauté de Valencia, et même, selon les alliances possibles, Castilla la Mancha, un de ses fiefs historiques .

Ce qui est presque excitant dans ce " choc politique " - qui n'est pas encore un séisme, car le PP reste le premier parti d'Espagne avec 27% des suffrages, le PSOE second à deux points - c'est que ce sont des partis politiques nouveaux qui bousculent l'ordre établi, des partis qui ne reproduisent pas la structure des professionnels de la politique, qui n'ont ni l'argent, ni les réseaux des partis " installés " .

La nouvelle politisation qui s'est emparée de l'Espagne provient d'une mobilisation des classes populaires et moyennes appauvries, précarisées, sacrifiées par les politiques d'austérité engagées après la crise de 2008 . Une politisation qui est le résultat d'un travail extraordinaire mené, à Barcelone par exemple, par Ada Colau ( future maire de la Ciutàt ) et la PAH ( plate-forme anti-expulsions immobilières, lancée en 2009 ) et les actions radicales, dénommées " scratches " , rassemblements organisés devant le domicile des députés complices des expulsions immobilières .

L'intelligence d'Ada Colau aura été d'élargir ces expériences et leur force de transformation au-delà de ces réseaux d'activistes, tout en gardant ses distances avec les revendications indépendantistes . Elle a su combattre la désaffection générale de départ, qui amenait les Espagnols résignés à dire : " Ce sont tous des voleurs, mais on s'en fout " .

Comme l'explique avec une grande clarté le philosophe Paul B. Preciado, avec la PAH, on touchait à la question du logement, de l'habitat, de la survie, de la vulnérabilité du corps . Ada Colau a su organiser la vulnérabilité pour la transformer en action politique .

Et pourtant on revenait de loin . Il fallait repolitiser une classe grisée par vingt ans de " démocratie, même - biaisée ", de développement lié à l'entrée de l'Espagne en Europe - après quarante années de nuit franquiste - puis soudain plongée dans la dépression politique née de la crise de 2008 .

J'aime bien la phrase du philosophe : " Ce qu'il y a de plus beau dans leur victoire : les corps sont sortis dans la rue, et la ville tout entière a été repolitisée par leur présence " .

Les actions de ces mouvements sont, évidemment, qualifiées de radicales, par la presse française, cette gauche, de gauche radicale, même régime que pour la Grèce . Mais quand ont-elles surgi ? A un moment où la corruption des politiques était à son comble, alors que le peuple payait pour des banques cupides, et où la faillite du système démocratique apparaissait de façon béante .

Il faut bien comprendre qu'en Espagne, le franquisme reste tapi dans les oripeaux du PP : les institutions démocratiques demeurent balbutiantes, corsetées par une Constitution ( 1978 ) enfantée dans un post-franquisme vacillant mais pas mort . La démocratie se cherche encore, " on pourrait dire qu'elle est encore expérimentale ", ajoute Paul B. Preciado .

Le qualificatif " expérimental " est essentiel : il signifie que la démocratie espagnole en construction offre des possibilités d'expérimentations institutionnelles plus grandes que " la démocratie installée ", à la française .

Formidable distinction : J.L. Mélenchon devrait y réfléchir !

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Published by regain2012 - dans Politique
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