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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 14:12
jolpress.com . Ada Colau en campagne .

jolpress.com . Ada Colau en campagne .

" Il nous faut, toutes ensemble, étonner le monde par un exploit encore jamais vu " . ( Laurencia, héroïne de la pièce " Fuente Ovejuna ", du dramaturge espagnol, Lope de Vega) .

Ada Colau, l'activiste, à Barcelone, Manuela Carmena, " la juge rouge ", à Madrid, Teresa Forcades, la religieuse très médiatisée, connue pour avoir dénoncé les profits de l'industrie pharmaceutique pendant l'épidémie de grippe aviaire, soutien d'Ada Colau ...

Certains s'étonnent du " protagonisme féminin " que révèleraient les dernières élections espagnoles et qui expliquerait certains résultats .

C'est vite oublier que les femmes ont investi en nombre la politique, lors de la transition démocratique - à droite comme à gauche -, c'est vite oublier leur engagement dans la défense de la République,( las milicianas ), entre 1936 et 1939, c'est vite oublier leur fureur dans la guerre d'indépendance et la résistance, incarnée par Agustina de Aragòn, à l'occupant napoléonien en 1809 .

L'engagement des femmes espagnoles dans la vie politique de leur pays est une tradition .

Clara Campoamor, militante féministe qui participa à la rédaction de la Constitution de la IIe République de 1931 ; Federica Montseny, première femme ministre, en 1936, lors du Front Populaire, anarchiste et féministe ; Dolores Ibarruri, " La Pasionaria ", secrétaire générale du Parti Communiste Espagnol de 1942 à 1960 .

Quand, en 1932, lors des débuts de la IIe République, des révoltes paysannes éclatent un peu partout dans les " pueblos " pour demander une accélération de la réforme agraire, un médecin lettré et respecté, qui a lutté et été emprisonné pour l'avènement de la république, Gregorio Marañón, une référence morale, publie un article sur ces émeutes, dans lesquelles il croit entrevoir les qualités ataviques du peuple espagnol et invite ceux qui gouvernent à relire, dans l'œuvre du grand dramaturge Lope de Vega, la pièce - publiée à Madrid en 1619 : " Fuente ovejuna " ( la source des chèvres ) .

" Fuente ovejuna est un gros bourg, au nord-ouest de Cordoue, en Andalousie . Selon la chronique de Frey Francisco, de 1572, un siècle auparavant, tous les paysans de ce bourg se révoltèrent contre leur seigneur, un grand d'Espagne, Don Fernando Gomez de Guzmàn, Commandeur du prestigieux ordre de Calatrava, qui utilise son " droit de cuissage " sans retenue, violant les femmes et châtiant les maris mécontents .

Don Fernando est saisi un jour de 1476, dans son château, par les habitants du village excédés et défenestré . Il s'agissait de venger l'enlèvement de Laurencia, l'héroïne de la pièce de Lope de Vega, qui après s'être enfuie du château, était venue haranguer les hommes, et leur reprocher leur lâcheté .

" Une fois à terre, et avant qu'il ne finisse d'expirer, on vit accourir les femmes, avec des tambourins et des grelots, afin de célébrer la mort du seigneur, et tous rassemblés, hommes femmes, enfants, ils transportèrent le corps sur la place du village où ils le mirent en pièces ; et ils refusèrent de le remettre à ses serviteurs qui voulaient lui donner une sépulture ... ", dit la chronique .

Au juge royal venu enquêter sur les évènements et qui posait la question : " - Qui a tué le Grand Commandeur ? Tous ne faisaient qu'une seule et même réponse : " - C'est Fuente ovejuna ! - Qui est Fuente ovejuna, insistait le juge ? - Tous les habitants de cette ville " !, répondaient-ils . Et le juge ne put trouver un seul coupable .

Lope de Vega sauve de l'oubli ce bourg andalou . En 1933, Federico Garcìa Lorca, fera jouer une adaptation personnelle de " Fuente ovejuna " .

En 1932 et 1933, à quelques dizaines de kilomètres de " Fuente ovejuna ", à " Casas Viejas ", ( les vieilles maisons ) ou " Castilblanco ", ( blanc château ), se déroulent des évènements comparables à ceux de Fuente ovejuna : des " amazones ", les sœurs de Laurencia, se dressent avec la plus grande violence contre d'autres mâles arrogants .

A Castilblanco, ( un bourg de 900 habitants, à la frontière entre l'Andalousie et la misérable Extrémadure où vivent des gens " jetés par les dieux car ils ne savent plus quoi en faire ", à la fin de l'année 1931, les " journaliers " ( travailleurs des champs payés à la journée ) manifestent : payés 3 réales par jour ( trois quarts de peseta ), logés dans des dortoirs de trente personnes, couchant sur des matelas de paille, mal nourris, interdits de parler de politique, ne rentrant chez eux que chaque dix jours, pour une nuit seulement, travaillant du lever au coucher du soleil, ils n'en peuvent plus . La garde civile s'interpose .

Et voilà ce qu'il advint : " Un garde paniqué fait usage de son arme . Les femmes poussent le village à s'emparer de lui puis des autres . A coups de pelle, de houe, tous furent tués et les femmes dansèrent avec des grelots autour de leurs cadavres " .

Et comme dans la pièce de Lope de Vega il fut impossible de traduire un seul coupable en justice car le coupable " c'était le village tout entier " .

" Le village tout entier " ! N'avons-nous pas, là, dans cette expression, la force la plus haute, la plus souveraine, " l'unité " dans la lutte pour la justice : unité organique faite de successions d'émotions, de complicités, de partages, de communions et de traces millénaires .

Ada, Manuela, Teresa, en vraies héritières de ces femmes, connues ou anonymes,( précisons qu'aujourd'hui, Mariano Rajoy n'a rien à craindre pour ses testicules ) ont su retrouver et réveiller cette force souveraine qui habite l'âme de chaque femme et homme espagnols .

Loin des modèles du " storytelling " cher aux communicants modernes, elles ont cassé les vieux codes de l'ancienne politique et imposé une nouvelle forme de campagne, faite de conversations, dans la rue, sur les places publiques, dans les halls, dans les jardins publics, où l'écoute, le contact direct, l'émotion, la complicité, la parole remettent le citoyen au centre du jeu démocratique .

Avec ces femmes remarquables, la gauche parle à nouveau et redonne la parole à ceux qui ne l'avaient plus . Là, réside la grande victoire du 24 mai espagnol .

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Published by regain2012 - dans Politique
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