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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 14:30
" Découper des meubles ", composition de Jacques Lizène, 1964 .

" Découper des meubles ", composition de Jacques Lizène, 1964 .

" Les nains sapent sans bruit le travail des géants " ( Victor Hugo ) .

(1) Titre de l'article de Benoît Bréville et Pierre Rimbert, Le Monde diplomatique, mars 2015 .

Depuis trente ans, la gestion politique par les partis de gouvernement de la question populaire a reposé sur le concept de la non-gestion de l'abstention populaire aux différentes échéances électorales ( cumulée à la non inscription sur les listes électorales ), à l'exception des scrutins présidentiels .

Ce concept fut décrit avec une précision chirurgicale par un ancien ministre UMP, Patrick Devedjian - mais n'eût pas été désavouée par n'importe quel ténor du PS - par une belle journée de l'année eschatologique que fut 2002 :

" C'est vrai que plus une démocratie est pacifiée, moins les enjeux sont passionnels et moins on est au bord de la guerre civile, et moins il y a de participation . Les alternances successives ont rendu notre peuple un peu plus sceptique sur la politique , et c'est le début de la sagesse " . Mon Dieu, faites qu'ils restent sages !

Pas de chance ! Trois ans plus tard, les taux de participation élevés des ouvriers, employés, chômeurs, faiblement diplômés, lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen de 2005 - contre 90% d'une presse en faveur du texte et contre les deux partis centraux, UMP et PS - combinés, déjà, au discrédit des institutions, faisaient voler en éclats le cynique constat du dirigeant UMP . Ces braves gens qui prenaient, soudain, la parole, furent traités de fascistes par le journal Libération et son illustre directeur de l'époque : Serge July .

Branle-bas de combat, dans les états-majors : comment faire revenir ce fleuve - la participation - dans " le lit douillet des alternances " paisibles ?

Ce fut toute la tâche des candidats du système aux élections présidentielles de 2007 .

N. Sarkozy se lança dans un numéro d'équilibriste entre deux discours juxtaposés : un discours pour les classes dirigeantes où il était question des efforts et des sacrifices que devraient consentir les salariés à l'adaptation finale du pays aux standards de la mondialisation ; un autre, centré sur les valeurs du travail, la sécurité, la protection, l'identité, destiné à séduire les travailleurs ( Travailler plus pour gagner plus ) .

Ségolène Royal, avec son concept " d'ordre juste ", ne décline pas autre chose, même si elle le fait en format " petite musique de nuit " .

François Bayrou, vient , entre les deux, combler les trous laissés par ses deux concurrents directs .

Cette sorte de cohabitation théorique a fonctionné, reconnaissons-le .

Mais l'arrivée de Marine Le Pen dans le marigot politique, en 2011, va rebattre les cartes . Pas besoin de " Think tank " pour la fille de son père . L'œil du cyclone est grand ouvert devant elle .

La Conquête passe par trois axes : conquête de la souveraineté populaire prisonnière de la triple alliance européiste ( sortie de l'euro ) ; mondialisation ( protectionnisme ) ; islamisme ( réarmement culturel ) . Résultat : 18%, en 2012 .

Essoré par la crise de 2008 et ses foucades multiples, N. Sarkozy ne peur tenter en 2012, qu'une résistance perdante, en s'inscrivant dans le sillon hasardeux de la conquérante .

Et le PS ? Multiplicité de candidats mais aucune stratégie !

Sa " boîte à idées ", la fondation Terra Nova, phosphore . Et en mai 2011, elle accouche, sans péridurale, d'une proposition à couper le souffle à tous les géants qui construisirent l'Idée française : ceux de 1848, de 1870, de 1936, de 1945 . " Une nouvelle coalition émerge : la France de demain, plus jeune, plus diverse, plus féminisée " . ( Bruno Jeanbart, Olivier Ferrand, Romain Prudent, " Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ? ", mai 2011 ) .

Hypnotisés par la victoire de B. Obama, trois ans plus tôt, grâce à la mobilisation des Noirs, des Latinos et des femmes, les auteurs ne suggèrent pas moins, aux dirigeants socialistes, que de jeter à la poubelle la traditionnelle alliance des classes moyennes et de la classe ouvrière au profit d'un conglomérat de divers groupes, sociologiquement bien peu définis : " diplômés, jeunes, minorités, quartiers populaires, femmes ", et ce, sur la base d'un constat, fort loin d'être établi, devenu dogme : " La classe ouvrière n'est plus le cœur du vote de gauche " . Applaudissements dans les salles frontistes !

Vigilance : il ne s'agit pas de changer quelques éléments de l'ancienne coalition . On renouvelle, de fait, son mode de constitution : " Contrairement à l'électorat historique de la gauche, coalisé par les enjeux socio-économiques, cette France de demain est avant tout unifiée par ses valeurs culturelles, progressistes, elle veut le changement, elle est tolérante, ouverte, solidaire, optimiste, offensive " . N'en jetez plus, la cour est pleine ! " Mort aux beaufs ! ", aurait pu hurler Cabu !

Le FN est devenu le parti des classes populaires, " il sera très difficile à contrer ", constatent , dans une ultime illumination, nos penseurs socialistes, donc on les lui laisse .

Quelques voix s'élèvent au sein du PS contre cette aberration politique ( Laurent Baumel, un frondeur d'aujourd'hui, François Kalfon, " Plaidoyer pour une gauche populaire " ), ou Laurent Bouvet au sein de la Fondation Jean Jaurès, prônant un retour " au sens du peuple ", à l'instar de ce qu'avait tenté Pierre Mauroy, en 2002, en vain, auprès de Lionel Jospin . On vit le résultat .

Ceux-là, non plus, ne sont pas entendus . C'est qu'il eût fallu jeter par dessus bord, mariage pour tous, multiculturalisme, communautarisme, théorie du genre, et par-dessus tout, réduire les impôts des ménages modestes . Un drame !

Et cela donne dans les premiers mois de 2012, une opération de " marketing commercial " . Pas de programme, pas de projet répondant aux intérêts de la majorité, mais un catalogue de 60 propositions, dont certaines pourront disparaître en cours de route, si le contexte y oblige : une addition de parts de marché électorales, en somme .

Le PS venait ainsi de s'asseoir définitivement à la droite du peuple . Et Marine n'avait plus qu'à attendre !

NB : d'après l'article de Benoît Bréville et Pierre Rimbert, " Une gauche assise à la droite du peuple ", Le Monde diplomatique, mars 2015, pages 8 et 9 .

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Published by regain2012 - dans Politique
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