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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 14:49
Prise de la Smala d'Abd El-Kader .

Prise de la Smala d'Abd El-Kader .

" L'inhumanité infligée à un autre détruit l'humanité en moi ..." ( Emmanuel Kant, Œuvres philosophiques II ) .

" L'histoire de nos colonies, surtout en Extrême-Orient et en Afrique, n'est que douleur, férocité sans mesure et indicible turpitude ", écrit Léon Bloy dans son ouvrage : " La France colonisatrice " .

En 1830, la France commence la conquête de l'Algérie dont le sommet sera la prise da la Smala ( village nomade ) de l'émir Abd El-Kader, en 1843, par le Duc d'Aumale . Le général Bugeaud est gouverneur général de l'Algérie .

En 1853, elle s'empare de la Nouvelle-Calédonie . En 1854, le futur général Faidherbe entreprend la conquête du Sénégal : campagne longue et sanglante qui ne prit fin qu'en 1898 . En 1857 a lieu la fondation de Dakar .

En 1858, l'armée coloniale française occupe Tourane ( Dâ Nâng ), dans le sud Viêt-Nam avant de prendre Saïgon, l'année d'après .

En 1862, une poussée a lieu sur les côtes de l'Océan Indien cette fois . Les Français s'installent à Obock ( Djibouti ), en Somalie .

En 1863, le gouvernement de Paris obtient, par chantage, la soumission du roi du Cambodge, le pays passant sous protectorat français .

En 1867, l'empereur du Annam ( partie centrale du Viêt-Nam ), Tu Duc, pour préserver ses populations, cède à la France la Cochinchine .

Voici comment, l'écrivain Pierre Loti, alors correspondant du Figaro, et peu suspect d'anticolonialisme, décrit la prise de la capitale impériale Hué : " Les Français sont entrés par deux côtés à la fois dans le grand fort circulaire que les obus de l'escadre ont déjà rempli de morts . Les derniers Annamites qui s'y étaient réfugiés se sauvent , dégringolent des murs, affolés ; quelques-uns se jettent à la nage, d'autres essaient de passer la rivière à gué ou dans des barques, pour se réfugier sur la rive sud . . Les Français qui sont montés sur les murs tirent sur eux, à bout portant, de haut en bas et les abattent en masse . Ceux qui sont dans l'eau essaient, naïvement, de se protéger des balles avec des nattes, des boucliers d'osier, des morceaux de tôle ... Trois ou quatre cents Annamites seront fauchés en moins de cinq minutes par des feux de salve . Puis les marins cessent de tirer, par pitié et laissent fuir le reste . il y aura assez de cadavres à déblayer, ce soir, avant l'heure de se coucher ... " ( Le Figaro du 28 septembre 1883, Paris ) .

En 1873, l'officier de marine Francis Garnier conquiert le Tonkin ( Viêt-Nam du Nord ) .

En 1878, retour en Afrique où l'explorateur d'origine italienne Savorgnan de Brazza, permet au gouvernement français d'établir un protectorat de fait sur le Gabon, puis un deuxième, en 1880, sur la rive droite du Congo où est fondée Brazzaville, face aux rapides du fleuve .

Entre-temps, les montagnards des Aurès, en Algérie, ont déclenché une nouvelle révolte . La répression fut impitoyable, faisant des milliers de morts, surtout des femmes et des enfants .

De 1880 à 1895, le général Gallieni ravage de vastes territoires de l'Afrique Occidentale . Il conquiert le Soudan français, aujourd'hui Mali, malgré la résistance acharnée des tribus autochtones conduites par Samory Touré, le fondateur de l'empire Wassoulou .

En 1881, éclate une nouvelle insurrection en Algérie, conduite par Bou-Hamma, dans le sud-oranais, qui se termine par les habituelles exécutions collectives .

La même année, les guerriers Kroumirs, venus de Tunisie, traversent la frontière algérienne . L'armée française répond par une expédition punitive qui se termine par la mise sous protectorat de la Tunisie ( Traité du Bardo ) .

N'oublions pas, en 1897, l'annexion de Madagascar, par le général Gallieni, et son chef d'état major, le général Gérard, après une opération de pacification ( terme dont on connaît le sens ), l'île étant rattachée directement au Ministère des Colonies .

Mais il est impossible de " boucler " un très bref historique de la colonisation française, sans évoquer " la colonne infernale " du Capitaine Voulet et du lieutenant Chanoine .

Ces deux jeunes officiers sont chargés, en mai 1898 ( il y a un siècle, pas plus ), par le Ministre des Colonies, d'établir, en partant du Sénégal, une jonction entre le Soudan français ( Mali ) et le Lac Tchad, et d'arriver avant les colonnes anglaises qui remontent vers le même point . Ils prennent la tête d'une expédition de 600 soldats, 800 porteurs, 600 femmes .

Les difficultés apparaissent tout de suite . Une telle expédition a besoin quotidiennement, pour subsister de deux tonnes de mil, de centaines de litres d'eau, d'une dizaine de bœufs . Mais les pays traversés sont exsangues et ravagés par une sécheresse historique . Les officiers français exigeaient néanmoins des populations, déjà à moitié mortes de faim, que leurs provisions leur fussent remises . Les paysans s'y refusaient le plus souvent, alors, ils étaient torturés, assassinés, les femmes violées, les enfants mutilés, les maisons et les tentes brûlées, les villages rasés ...

A propos de la ville de Birni N'Konni, ( 8000 habitants ), un rapport indique : " On dut s'occuper d'ensevelir tous les cadavres qui sous l'effet d'une température élevée se décomposaient tout de suite ... Les cadavres furent jetés dans des grandes fosses puis la ville fut systématiquement détruite, sur ordre de Voulet... " .

La route de la colonne était jalonnée de charniers .

Le gouvernement, informé, tint à cacher cette horreur, car on sortait de l'Affaire Dreyfus qui avait déchiré le pays et la République n'avait pas besoin d'un autre scandale .

Les deux officiers avaient eu l'élégance de mourir assez tôt, là-bas, si loin .

" Bugeaud, Gallieni, Faidherbe, Gérard, Voulet, Chanoine, des noms oubliés, chez nous, mais qui obsèdent la mémoire des Maghrébins et des habitants de l'Afrique noire ", n'en doutons pas . ( Jean Ziegler, La haine de l'Occident ) .

Mais pourquoi revenir aujourd'hui sur ces tristes heures ? L'écrivain suédois Sven Lindquist nous donne la réponse : " Et lorsque ce qui avait été mis au cœur des ténèbres se répéta au cœur de l'Europe, personne ne le reconnut . Personne ne voulut reconnaître ce que chacun savait " . ( " Exterminez toutes les brutes " , Paris, Ed. Les Arènes, 2007 ) .

NB : Source : La haine de l'Occident, Jean Ziegler .

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Published by regain2012 - dans histoire
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