Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 14:04
La Commune : lithographie d'Edouard Manet de 1871 .

La Commune : lithographie d'Edouard Manet de 1871 .

" En société bourgeoise, au fur et à mesure que s'accroît la masse des citoyens jouissant des droits politiques et celui des gouvernements élus, le pouvoir effectif se concentre et devient le monopole d'un groupe de personnalités chaque jour plus étroit " . ( Léon Trotsky ) .

Les Grecs viennent de remettre à l'honneur le mot " peuple ", ce qui nous oblige à revoir la définition de ce mot afin d'éviter tous les pièges de la confusion . Le mot " peuple " est vague, englobant, attrape-mouches, recouvrant aussi bien les oligarchies "dominantes ", les castes, que la masse des travailleurs . Dans la situation actuelle d'une Union Européenne coercitive, les peuples se détachent des idéologies traditionnelles, d'où s'ensuit une crise d'autorité . Le peuple se défie du pouvoir politique, de ses dirigeants, des partis traditionnels et de la manière même de concevoir l'action politique . Antonio Gramsci nous mettait en garde contre " un scepticisme diffus " duquel pourrait naître de nouvelles " combinazione " .

La notion de " peuple " peut-être considérée, aujourd'hui, comme ambigüe, c'est à dire polysémique . Des éclaircissements s'imposent . On peut déjà s'accorder sur les trois significations principales du mot : la signification " ethnique " ( ethnos ), la signification " sociale " ( plebs, vulgus, laos ), et le sens politique ( démos ) .

Le peuple est donc autant une notion démographique que sociologique, que politique . Mais, en tant qu'entité politique, le peuple est politisé à des degrés divers, il n'est donc pas spontanément de gauche ou de droite, selon les classifications propres à la culture française .

C'est J.J. rousseau qui peut nous aider à nous mettre d'accord : pour le philosophe des idées de la Révolution, le peuple n'existe pas comme une donnée naturelle, il n'est au départ qu'un agrégat d'individus tant qu'il ne s'est pas constitué en tant que tel par le biais du " Contrat social " .

Le holisme " rousseauien " du tout ( holos ), de l'entier, de l'ensemble indivisible ne pouvant être réduit à la somme de ses parties parce que transcendé par le " contrat social ", me semble s'être manifesté avec éclat le 11 janvier dernier, dans toutes les villes du pays, le peuple rassemblé autour de ce qu'on peut appeler le " Contrat républicain " . De la même façon, on peut qualifier le vote des Grecs du 25 janvier, comme vote du peuple grec, dans la mesure où ce choix exprimé s'est déterminé sur un mandat précis et clair, donné aux nouveaux élus, un vrai contrat : mettre fin à l'austérité, à la misère, à l'humiliation sans quoi ( et cela se retrouve dans le commentaire répété : Syriza est notre dernière chance ) tout deviendra possible .

Subséquemment, en reprécisant les diverses significations du mot peuple, nous sommes conduits à nous confronter au terme de " souveraineté " .

C'est au juriste strasbourgeois Raymond Carré de Malberg ( 1861-1935, Contribution à la théorie générale de l'Etat ) qui établit la première distinction entre " Souveraineté nationale " et " Souveraineté populaire ", qu'il faut en appeler . Nous avons vécu durant un siècle et demi dans cette schizophrénie .

La première conception est celle qui domine dans nos démocraties représentatives : la souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce à travers ses représentants et par la voie du référendum . Aucune section du peuple, aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice .

Rappelons alors, un fait historique . C'est au nom de cette dernière assertion que s'est construite la Troisième République, contre un mouvement populaire, s'il en est : la Commune de Paris, porteuse d'un contrat social on ne peut plus " progressiste ", écrasée lors " d'une semaine sanglante " où l'on assassina, comme par principe, individu après individu .

Dans la conception de la souveraineté nationale, est donc exclu le " mandat impératif ", le mandat précis que l'on s'engage à accomplir et dont on rendra compte, l'élu ne dépend pas des électeurs, il est plutôt censé penser au nom de la Nation . C'est de cette conception que se nourrit la mystique républicaine - le mois de janvier 2015 français en atteste - et que les oligarchies tirent leur très discutable légitimité .

La seconde conception, nous renvoie, de prime abord, à un pôle individualiste, à la souveraineté populaire que l'on trouve dans le Contrat social de Rousseau : c'est chaque citoyen qui, pris séparément, est souverain, à tout le moins qui détient une part de la souveraineté . ( Jean Jaurès disait : " Vous avez fait des citoyens une assemblée de rois ", discours à la Chambre des députés, 1893 ) .

Dans cette hypothèse, le peuple - et non ses représentants - est le seul dépositaire de la souveraineté . S'il faut, pour des raisons pratiques, se doter de représentants, ceux-ci doivent agir selon " un mandat impératif ", et la révocabilité de l'élu qui trahit son mandat doit être appliquée .

L'importance d'une telle distinction théorique est évidente : la souveraineté nationale produit l'oligarchie, la souveraineté populaire fait, du peuple des individus, l'unique source du pouvoir .

Nous remarquerons alors que tous " les appels au peuple " de ces derniers jours, ne mentionnent à aucun moment, le type de souveraineté qui est en jeu, ce qui n'est pas sans conséquence . La lutte contre l'endoctrinement d'une partie de la jeunesse est plus une affaire de mobilisation populaire que d'injonctions institutionnelles .

Si nos dirigeants avaient une réelle volonté de réintégration du peuple au cœur du processus politique - en lieu et place de son éloignement promu par l'évolution actuelle de l'Europe - c'est vers le pôle individualiste de la souveraineté populaire, de l'action politique construite " par le bas ", qu'ils regarderaient .

C'est le combat de Syriza, en Grèce, c'est celui de " Podemos " en Espagne . L'Espagne, un peuple plus politiquement à gauche qu'il ne le sait lui-même, rejoint, jour après jour, le mouvement " Podemos " . Il ne s'agit plus d'un peuple " ethnos ", indéfini, mais la masse d'individus spoliés ( par les banques ) et meurtris par l'austérité qui cherche une sortie politique digne à la crise, que les partis traditionnels ne leur offrent plus .

" Podemos rassemble, conscientise et radicalise des citoyens venus d'autres horizons que celui de la gauche classique ", sans diaboliser les dirigeants du PP ou du PSOE, ce que ses nouveaux adhérents n'aimeraient pas . Ce qu'ils veulent c'est créer du neuf .

F. Hollande doit faire preuve de vigilance . Les appels indistincts au peuple, répétés, sans contenu émancipateur précis, peuvent légitimer " les discours ethnicisants et nationalistes ", créneau privilégié du FN . Chacun a pu remarquer combien Marine Le Pen sait utiliser le mot " peuple ", à dessein .

N'oublions jamais que la tradition fasciste convoque volontiers le peuple, en tant " qu'ethnos " .

NB : d'après le billet du blog de " Philippe Marlière ", publié par Mediapart, " Le peuple, oui, mais quel peuple ? " .

Partager cet article

Repost 0
Published by regain2012 - dans Politique
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Regain 2012
  • Regain 2012
  • : Pour un retour à la démocratie réelle où le citoyen redevient acteur de son avenir et cesse de déléguer son pouvoir à des partis ou à des dirigeants trop éloignés des souffrances des peuples.
  • Contact

Vous aimerez peut-être :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Recherche

Nuage de tags

Nombre de visiteurs en ligne

Il y a actuellement    personne(s) sur ce blog

Catégories

Liens