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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 15:39

Dans le chant introductif de la première des trois parties de la " Divine Comédie ", " L'enfer ", Dante raconte son égarement spirituel : il se représente dans une forêt obscure, dans laquelle il se retrouve, parce qu'il a perdu la " ligne droite ", celle de la " vertu " .

Dans la conception protestante, Dieu est totalement libre, omnipotent, absolument insondable et régit l'ensemble de l'univers dont nous sommes . Reconnaître une liberté humaine impliquerait une limitation de l'omniscience et de la toute puissance de Dieu . Aussi le protestant nie-t-il que notre conduite puisse influencer notre destinée, prédéterminée de toute éternité . L'homme est radicalement face à Dieu et à son destin, voyant partout l'intervention de la divine providence et ne peut alors que chercher à lire le " jeu divin " afin d'y déceler un signe de son élection .

Rien ne pouvant distinguer les élus des réprouvés, sauf toutefois la foi absolue d'être parmi les " choisis ", le moindre doute à ce sujet, signifie une " insuffisante efficacité de la Grâce " . Pour dissiper le doute et s'assurer de cette grâce, un travail sans relâche est recommandé : " Le travail en tant que vocation constitue le meilleur sinon l'unique moyen de s'assurer de son état de grâce " . C'est ainsi que le fondateur de la sociologie en Europe, l'Allemand Max Weber, nous présente la nature profonde du protestantisme sur lequel s'est construite l'Allemagne moderne ( L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme ) .

Dans une Europe en voie de déchristianisation, le poids de la " Grâce divine " - la sélection de l'Elu - est de retour .

Il faut imaginer une Europe qui a perdu " sa ligne droite ", son projet originel, et à qui l'Allemagne des puritains protestants, forte de sa toute puissance économique - pas toujours gagnée par les moyens les plus vertueux - veut faire "expier " les fautes liées aux désordres des comptes publics chez ses partenaires : " étonnante morale intégriste " !

La morale intégriste, incarnée par l'austérité, des revenus et fiscale, imposée aux peuples d'Europe, nous conduit à une " stagnation séculaire ", selon l'expression de l'économiste Michel Aglietta, longue et difficilement réversible .

C'est ainsi que les observateurs ont pu constater, au cours de l'année 2014, une nette baisse des mouvements de bateaux marchands autour du globe, signe indiscutable de cette stagnation .

Le cercle vicieux de la croissance basse se referme : les investissements en Europe ont baissé de 20%, depuis la crise de 2008 et de 40% dans les pays de l'Europe du Sud : doit-on aller chercher le chômage de masse, des jeunes, des vieux, des jeunes diplômés, ailleurs ? Au déficit de la demande lié aux politiques restrictives des revenus, il faut ajouter la dégradation des facteurs de l'offre : les investissements .

Si l'on regarde le niveau du PIB effectif depuis 2007, par rapport au PIB potentiel - celui des prévisions - l'écart pour la zone euro est d'environ 600 Mds d'€, traduction précise de la chute de la demande .

En 2014, entre la production potentielle et le niveau que la zone euro aurait dû atteindre si l'on avait rejoint la trajectoire d'avant la crise, il aura manqué 800 Mds d'€ . Cet écart résulte des pertes définitives dues à la crise, de la baisse massive des investissements productifs, du ralentissement de l'innovation et de la destruction des compétences humaines par le chômage de longue durée .

Cela n'était jamais arrivé depuis 1945, explique Michel Aglietta, dans son ouvrage : " Europe, sortir de la crise et inventer l'avenir " ( chez Michalon ) .

Trois erreurs fondamentales des gouvernants européens - et au premier chef de dirigeants allemands enfermés dans le dogme de " l'expiation " - président à l'enfermement économique dans lequel l'Europe s'est enlisée, enlisement duquel aucune sortie spontanée n'est envisageable .

La première faute se trouve dans le refus de circonscrire la crise grecque, dès le départ, en restructurant sa dette, alors que la petite taille de l'économie grecque le permettait . Le résultat en fut la contagion des taux d'intérêt à des pays dont les finances publiques étaient saines - telle l'Espagne dont la dette publique était, avant la crise, l'une des plus modestes des pays développés, on ne le dira jamais assez - . La conséquence en fut une fracturation de la zone euro, entre pays créanciers et pays débiteurs .

La deuxième faute fut, quand la BCE ouvrit les vannes du crédit aux institutions bancaires à de très faibles taux d'intérêt, de ne pas obliger ces institutions à injecter ces capitaux publics dans l'irrigation de l'économie . Les banques les ont gardés pour conforter leurs bilans et cacher, artificiellement, leurs pertes dues à la spéculation . Cette rétention du crédit par les banques venant s'ajouter aux mesures d'austérité engagées par les Etats ne pouvaient que provoquer le " collapsus " économique que nous connaissons . ( Du latin " collabi ", tomber ensemble, tomber en ruine ) .

La troisième faute massive - au caractère expiatoire - fut la mise en place de l'austérité généralisée, imposée par les gouvernements à partir de 2011, scellée par le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance financières de 2012, dans une situation déjà déprimée où le secteur privé devait lui-même se désendetter .

Cependant, tout ne se passe pas outre-Rhin . Il en est, en France, qui ont été touchés par la " Grâce " . Les propriétaires, qui avaient eu les moyens d'investir avant la crise, s'en tirent très bien . Le rétablissement de la compétitivité française ne repose donc pas que sur le coût du travail qui est à un niveau comparable avec la majorité des économies européennes : le problème réside surtout dans le prix de l'immobilier chez nous, trois fois plus élevé qu'ailleurs, qui plombe le pouvoir d'achat des ménages et les capacités d'investissement des entreprises . Allons ! Soyons raisonnables ! Cher F. Hollande, on ne vous réclame pas " la Révolution ", mais juste de vous attaquer à la rente immobilière . Cela soulagerait déjà et sérieusement les classes populaires .

Michel Aglietta essaie de nous faire comprendre que l'Allemagne n'est pas un modèle imitable car elle est une anomalie et une exception dans la zone euro par rapport aux autres Etats membres .

Si la crise du siècle eut pour ressort la voracité des financiers, sa prolongation indéfinie a pour auteurs des dirigeants politiques bien médiocres .

Mais les sacrifices humains pour apaiser la colère d'un dieu font partie d'une histoire vieille comme le monde .

L'enfer de Dante .

L'enfer de Dante .

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Published by regain2012 - dans Société
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