Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 13:58

" La mort et le mal nous agressent et nous laissent sans réponse, tout en nous fécondant : il faut que l'impensable soit pensé et lui seul mérite finalement de l'être " . ( Marie-José Mondzain , philosophe ) .

Notre désarroi d'aujourd'hui ( après Charlie Hebdo, Montrouge et Porte de Vincennes ) vient de ce que nous y réfléchissions depuis des mois et des années, du fait de ce qui s'est passé en Irak, en Libye, en Syrie, au Mali ; Proche-Orient, islamisme, immigration, intégration ou non intégration d'une certaine communauté musulmane en France, autant de questions qui n'ont cessé de se dresser devant nous . Non ! Nous ne tombons pas des nues . " Nous attendions ça ", nous dit la philosophe Marie-José Mondzain .

Et l'on nous répète que ce n'est pas fini . Mais quand cela recommencera, nous serons à nouveau commotionnés, envahis par le même chagrin et le même désespoir parce que nous sommes pris dans un double registre émotionnel : celui de l'attente et de la surprise .

Il faut que nous fassions très attention ! Si nous nous unissons au nom de l'impensable, nous nous livrons aux mains de ceux qui pousseront à prendre ou prendront des décisions hâtives, et sûrement terribles, sans que nous ayons pu exprimer nos doutes, nos interrogations, nos analyses .

" Je suis Charlie " est une très jolie expression, mais qui fait partie du lexique classique des lendemains de catastrophe - Roland Barthes va nous manquer - : une signalisation de l'identification, empathique, compassionnelle, à haute valeur " fraternisante ", certes, mais qui peut se révéler, à un moment ou à un autre, contre-productive .

En effet, " Tous unis dans la terreur " implique un état d'indistinction, une union de tous à tous les niveaux, dans toutes les classes sociales, qui peut nuire à la réflexion, laquelle ne peut être féconde que dans la diversité .

En un mot, le piège réside dans " une fausse universalité " alimentée par les slogans d'une communication " massifiante " aux antipodes de ce que doit être la pensée qui veut décrypter l'impensable pour le combattre .

Disons-le clairement : nous ne sommes pas tous pareils face à cet évènement . Certains vont tenter d'en tirer parti politiquement ; d'autres vont le vivre d'une façon primaire et affective, d'autres d'une façon haineuse ; enfin une minorité - qui constitue l'enjeu parce qu'elle a vocation à devenir majoritaire - entend réfléchir aux causes véritables et profondes de cette situation : en sachant bien que c'est en avançant dans les analyses des causes que nous rencontrerons nos désaccords, désaccords nécessaires à l'ouverture d'une brèche dans la muraille que " l'impensable " dresse devant nous, aujourd'hui .

Paradoxalement, c'est un responsable de la police, qui, sur un des plateaux télévisés qui se multiplient, a posé le meilleur diagnostic, au soir du dénouement des attentats : " Nous continuerons à nous opposer par la force au terrorisme, mais il faut réfléchir aux sources, nous ne sommes pas la solution ", tel a été le message de cet homme aux politiques, aux médias, aux intellectuels .

Il est au moins un constat que l'on peut faire : à l'organisation pyramidale passée, du djihadisme, avec un chef charismatique ( Ben Laden ), s'est substituée une constellation d'instances disséminées, souvent rivales, explique l'observateur des phénomènes terroristes Gilles Képel . En face, nous n'avons pas, non plus, de " chef " et surtout pas charismatique . "Aucune figure rédemptrice à l'horizon ", dit Marie-José Mondzain, pour transcender la République, pour transcender la Démocratie .

Les citoyens doivent donc s'organiser pour ne plus penser en termes de " politiciens providentiels " ou de partis .

Finis les héros, pensons en termes de réseaux, d'associations, de groupes de réflexion, de sentinelles, de lanceurs d'alerte, travaillons la " trame de la société " pour en extirper " l'impensable " dont jusqu'à présent nous ne connaissons que le prix : 17 morts .

NB : d'après l'entretien accordé à Mediapart par Marie-José Mondzain, philosophe, ( 11/01/2015 ) .

Pourquoi un tel désarroi ?

Partager cet article

Repost 0
Published by regain2012 - dans philosophie
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Regain 2012
  • Regain 2012
  • : Pour un retour à la démocratie réelle où le citoyen redevient acteur de son avenir et cesse de déléguer son pouvoir à des partis ou à des dirigeants trop éloignés des souffrances des peuples.
  • Contact

Vous aimerez peut-être :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Recherche

Nuage de tags

Nombre de visiteurs en ligne

Il y a actuellement    personne(s) sur ce blog

Catégories

Liens