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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 17:17
blog.veronis.fr

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Réédition de l'article du 15 janvier 2015 .

" L'homme descend davantage du signe que du singe . Il tient son humanité davantage d'un certain régime symbolique ou signifiant . Nous vivons moins parmi les choses que " parmi une forêt de symboles ", écrit Baudelaire dans le sonnet " Correspondances " . L'empire des signes double ainsi notre monde naturel ... Tout un réseau de représentations codées et de signes qui sont autant de parechocs opposés à la dureté du monde ... ( Daniel Bougnoux , philosophe, Introduction aux sciences de la communication, 2001 ) .

La semaine écoulée constitue un moment paroxystique de l'environnement de signes dans lequel nous sommes plongés d'ordinaire . Le signe est la combinaison d'un concept, la représentation mentale d'une chose, " le signifié ", et d'une image acoustique du mot : " le signifiant " .

Quand j'entends le mot " arbre ", mon cerveau me donne à voir un grand végétal qui vit - le signifiant - et dans le même temps fait germer en moi l'idée de la nature - le signifié - .

La difficulté de la lecture des signes est de deux ordres . A la combinaison précédente se superposent deux phénomènes : un signe a un sens, parce qu'il est déterminé par l'ensemble d'autres signifiés de la langue et qu'il n'est donc pas isolé, d'une part, et par ailleurs, l'aspect matériel du signe, le signifiant, ne nous parvient pas comme " son " en tant que tel, mais comme son perçu par notre psychisme .

C'est à partir de là que l'on peut affirmer qu'un signe est quelque chose qui renvoie à autre chose que lui-même : le nuage me renvoie à la pluie ; la photo me renvoie à un paysage : la flèche à la direction à suivre ; la colombe à la paix .

Ecoutons les débats naissants, après les évènements tragiques qui ont frappé tout le pays .

Et d'abord le premier d'entre eux : comment faut-il désigner les assassins de dizaines de Français qui voulaient seulement se divertir, un vendredi soir .

Terroristes, islamistes, djihadistes, fanatiques, fondamentalistes, ou tout simplement criminels, débat illustré par l'attitude d'un Laurent Fabius stigmatisant tout emploi du terme " islamiste ", dès qu'on évoque le terrorisme ou la situation au Moyen-Orient . On entend très bien les différences de perception dans le pays ( comme le disait Ferdinand de Saussure, le fondateur de la linguistique moderne, " dans la langue, il n'y a que des différences " ) .

Autre débat : Sommes-nous en guerre ? Un Etat nous a-t-il déclaré la guerre, ou sommes-nous confrontés à des entreprises terroristes à prendre isolément ? Y a-t-il guerre, quand les auto-proclamés combattants de telle ou telle religion sont nés, ont grandi et sont allés à l'école, chez nous ? Un porte-avions crève nos écrans, pour la guerre, et à titre de signifiant ; à titre de signifié : on ne fera rien, dans le pays contre le fondamentalisme .

Attardons-nous un peu sur le concept de " liberté d'expression " auquel tout le monde n'a pas l'air de vouloir accorder le même signifié, et le premier dérapage verbal de son pontificat, il y a quelques mois, du pape François, aux Philippines : la liberté d'expression n'autorise pas à " insulter la foi d'autrui " . Nous voyageons, à travers ce débat, du tout au rien . De, " je peux et je veux tout dire " à " je ne dois pas faire aux autres ce que je ne voudrais pas qu'on me fît ", de Voltaire, puis à la nécessité de la censure .

Et que dire du débat sur le " blasphème " ou celui sur la laïcité, que certains veulent réduire à " un vivre ensemble " insipide, voire à " une neutralité " vide de sens ?

Et l'école ? Ses enseignants, envoyés au front - bien avant les militaires -, en pleine onde de choc, dès le lendemain des attentats de Charlie Hebdo, sans réflexion préalable, sans préparation, sans évaluation de la situation, pour deux jours après, lui envoyer " une gifle indigne ", en lui assénant un " elle n'est pas à la hauteur ", indigne, parce quelques centaines d'enfants - sur douze millions - ont refusé d'observer une minute de silence . Cette fois, le blasphème étant du côté des assassins, la minute de silence n'a posé aucun problème .

Cependant, ce qui me trouble le plus, tient dans l'étrange combinaison entre les deux non- signes que sont " l'impensable " et " l'invisibilité " : épouvantable dialectique de la négativité incarnée à la fois à Paris et au Liban, le même jour .

" Ne faudrait-il pas demander des comptes - avant de les réclamer de l'école - à une grande partie des médias sur leur gestion de l'invisibilité et même de l'effacement d'une jeunesse en déshérence, en désarroi, sans avenir, sans culture, ni langue, ni mémoire, une jeunesse qui n'a jamais eu qu'une place réservée à la Star Académie et sur quelques terrains de sport pour accéder à la visibilité " ? s'interroge la philosophe, Marie-José Mondzain .

Ces jeunes viennent, certes, d'une culture marquée par la méfiance voire le refus à l'égard des images . " Ils ont passé leur vie, pour le plus grand nombre, à se masquer et à voiler leurs femmes ; ils ont donc de véritables stratégies d'invisibilité, de clandestinité ", explique la philosophe, comme s'il fallait " redoubler " l'effacement initial des radars de la société .

Et, tout à coup, ces personnes basculent dans " un régime spectaculaire de héros meurtriers flamboyants " . Ils ne sont découverts que morts . Et des médias irresponsables, à le recherche d'audimat, vont en faire des vivants, à coups de photos, de vidéos, de portraits ambigus défilant en boucle sur les écrans . Les médias doivent cesser ce jeu morbide .

Frappés toute une vie par le non-droit à l'image - sur lequel surfent les recruteurs -, tout cela va basculer , durant quarante huit heures, grâce à la télévision, particulièrement les chaînes d'information continue, dans une " survalorisation effarante " . Après, grâce à tous les reportages diffusés sur les parcours personnels, les dits recruteurs n'auront aucun mal à construire un discours en direction d'autres jeunes, dont le début de parcours s'apparente à celui des assassins .

L'impensable niche là, dans la non- identité du clandestin maintenu dans l'invisibilité, à qui les fondamentalistes promettent - non pas des vierges - mais le droit, pour quelques heures, de devenir le metteur en scène de sa propre vie, le réalisateur de sa propre mort .

" Alors, en un effet miroir angoissant, nous sont renvoyées en plein visage, nos propres idoles ".( Marie-José Mondzain ) .

Un exemple concret . La perception de l'état d'exception, durant ce week-end, d'un bruxellois : " Bruxelles, ville morte " ! Non ! " Un cimetière de vivants ! Ville fantôme ! Ville éteinte ! Ville désertée ! ... " Une lourdeur insupportable, une résignation forcée, une tristesse infinie, une colère noire contre une défaite qu'on m'impose ... " ( Le soir, édition du 22/01/2015 ) .

Un cimetière, en tant que signifiant ; une défaite, en tant que signifié !

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Published by regain2012 - dans philosophie
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