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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 14:35
" L'institutrice du peuple " (1) .

" Généreux amis de l'égalité, de la liberté, réunissez-vous pour obtenir de la puissance publique une instruction qui rende la raison populaire ou craignez de perdre bientôt tous les fruits de vos nobles efforts . N'imaginez pas que les lois les mieux combinées puissent faire d'un ignorant l'égal de l'homme habile et rendre libre celui qui est l'esclave de ses préjugés " ( Condorcet ) .

(1). " La République doit être l'institutrice du peuple ", ( Jules Barni, philosophe et député, 1818- 1878 ) .

" L'école républicaine " est envoyée au front, mais ne nous enfume-t-on pas avec un slogan dont aucun politique n'est capable de nous donner une définition claire, tout simplement, parce que depuis trente ans, on en a déconstruit l'architecture ?

La thèse républicaine fondatrice, qui suit, a été attaquée de toute part : le progrès des lumières politiques est conditionné par le progrès des lumières générales donc par le progrès de l'instruction publique .

Cette thèse est remarquablement résumée par Condorcet : " Même sous la Constitution la plus libre un peuple ignorant est esclave " .

Condorcet mettait déjà le doigt sur la contradiction dans laquelle les politiques plongeraient, un jour, l'école dont il rêvait : une approche pour une école " démocratique ", on pourrait dire social-démocrate, mais certainement pas une approche pour une école républicaine, conforme à l'avis majoritaire après un débat éclairé entre les citoyens .

En trente ans, les consultations sur l'école - associant enseignants, parents d'élèves, élèves et experts de l'éducation - se sont multipliées, plusieurs dizaines, après lesquelles, ce sont toujours les experts qui ont eu le dernier mot .

Je rappellerai seulement celle de Claude Allègre, sur le lycée, en 1998, dont le questionnaire adressé aux lycéens, commençait par cette question, biaisée et démagogique : " Vous ennuyez-vous au Lycée " ? On n'a pas de temps à perdre avec les finalités de l'école républicaine : " Instruire les futurs citoyens pour qu'ils se conduisent eux-mêmes et puissent jouir de la plénitude de leurs droits " ( Condorcet ), non, on fait " parler les jeunes " pour les empêcher de prendre vraiment la parole .

Aussi, fait-on l'apologie des bons sentiments - on organisera les visites de casernes de pompiers, de maisons de retraite, de crèches - pour remettre à plus tard la connaissance des principes ; on fait l'apologie de la " civilité " ( Ségolène Royal, ministre des enseignements scolaires sous le gouvernement Jospin ) pour ne pas instituer une véritable citoyenneté ; on ne bannit pas l'apprentissage du respect, mais c'est un respect réduit à la politesse, et non le respect de l'opinion de l'autre, de toutes les opinions ; on parle des " jeunes " et non pas des " élèves " ; on commence à marginaliser les idées d'instruction, de culture et d'enseignement au profit du " débat permanent entre les opinions des jeunes " ; les activités remplacent les cours ; les projets remplacent les programmes . On va proposer aux élèves " une culture commune des jeunes ", jamais définie, au lieu d'une culture générale de l'humanité . C'est un processus de déscolarisation de l'école qui se met en place au cours des années 1990 , comme si on voulait pactiser avec l'ignorance .

Dans ces années 1990, l'exercice majeur, - au lycée - d'apprentissage à la vie sociale et à la citoyenneté républicaine, la dissertation philosophique, littéraire ou historique, invitant à la confrontation réfléchie des thèses, à l'élaboration programmatique, à l'exposé clair d'arguments, à un effort de mise en forme, fut violemment attaqué par les pédagogistes, restant dès lors fortement décrédibilisé, amputant le lycée de sa mission " de laboratoire d'une opinion publique éclairée " .

N'oublions pas les débats récurrents, comme celui consistant à comparer " les 35 heures de lycéen à l'école " aux 35 heures du travailleur à l'usine : comme si l'on pouvait mettre sur le même plan le travail scolaire qui est formation personnelle et culture générale et certainement pas productivité marchande immédiate .

N'oublions pas les débats sur " l'école qui doit diffuser des savoirs ", alors que les " savoirs " ne s'adressent à personne, contrairement aux disciplines scolaires qui sont des connaissances précises adressées à des élèves réunis dans des classes, aux fins de les recevoir .

La langue des " Sciences de l'éducation " est symptomatique de la démarche engagée, tourner le dos au modèle républicain : on parle des " jeunes " et non pas des élèves, disions-nous ; on parle de " personnes ressources " et non plus de professeurs ; de " savoirs " et non de disciplines scolaires ; de " culture commune " et non de culture générale ; " d'activités " et non de cours ; de " sensibilisation " et non d'instruction .

On enrichit cette " novlangue " d'épithètes bien pesées : les programmes " trop chargés " ; les disciplines " repliées sur elles-mêmes " ; le baccalauréat , " une loterie coûteuse " ; la correction des professeurs " subjective " ; " traumatisante ", la notation chiffrée ...

Pour son malheur, les " docteurs " en charge de la santé de l'école républicaine, avaient décidé de remplacer Condorcet et Jules Ferry par Baden- Powell, processus où l'aphorisme du philosophe Alain vient prendre toute sa place : " On berce au lieu d'instruire " !

L'école, à un certain moment, a frisé le " boy-scoutisme ", il vaut mieux le savoir .

D'un partage imposé des bons sentiments on ne tirera jamais la moindre définition d'un principe ; la réalité exige une étude sérieuse, approfondie, critique ; si l'on y préfère une confrontation ludique d'impressions furtives, on n'a plus besoin d'apprendre ou d'enseigner .

Dans l'école démocratique - et non républicaine - où l'on joue le " tout préventif ", où l'on accepte que l'acte répréhensible puisse rester " impuni ", pourquoi s'étonner de la montée de la violence ?

De renoncements répétés, en mystifications idéologiques confortées par les manipulations pédagogistes, nous avons oublié que l'école républicaine devait former " une raison publique critique et éclairée " .

Et maintenant, on exige d'elle qu'elle répare tous les errements politiques de ces trente dernières années, ceux de nos gouvernants, ceux des intellectuels, ceux de l'aristocratie médiatique ... tous ceux qui ont voulu maquiller en progrès sa dégradation .

Comment les professeurs pourront-ils " élever " vers un débat organisé, éclairé, critique et respectueux des opinions différentes, des élèves de troisième qui n'ont que " 500 mots " à leur disposition, sur des thèmes aussi lourds que république, religion, liberté de conscience, liberté d'expression, séparation des églises et de l'état, dogme, raison scientifique mais aussi assassinat, tuerie ou terrorisme ?

Pas par du " replâtrage ", Madame la Ministre, comme semblent l'indiquer vos premières annonces . Tout est à reprendre, de A à Z, comme on dit . Et il n'y a aucune minute à perdre .

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Published by regain2012 - dans éducation
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