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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 14:58
On masque, on efface, puis on éradique ...

" Ce n'est pas vrai qu'autrefois tout le monde avait le certificat d'études . En 1940, la moitié d'une classe d'âge ne l'obtenait pas " . ( Antoine Prost, historien de l'école ) .

Le classement PISA, ( Programme international pour le suivi des acquis des élèves ), de l'OCDE, a montré, l'année dernière, combien la France chutait ( 25e place sur 65 pays ), dans le domaine des compétences scolaires acquises par les jeunes de 15 ans, insistant surtout sur l'augmentation des inégalités sociales dues à l'école .

L'enquête PIRLS ( Progress In International Reading Literacy Stady ), Association internationale pour l'évaluation des acquis scolaires, en dit plus, relevant l'effondrement de la capacité de lecture des écoliers français, relégués à la 29e place sur 45 pays concernés .

Les écoliers français réussissent à 67% dans les QCM ( Questionnaires à choix multiple ), mais seulement à 40% les exercices d'expression . " Plus la réponse attendue doit être élaborée, plus le score des écoliers français diminue ", précise l'enquête, ajoutant qu'ils font partie de ceux qui rendent leur copie avec le plus de réponses manquantes . L'enquête souligne également, un point rarement commenté, à savoir que la baisse de qualité atteint aussi les bons élèves : seuls 5% d'élèves accèdent à une " compréhension élaborée des textes " .

Le Ministère se voit contraint, face aux publications internationales de donner ses propres études qui reconnaissent une chute de niveau en calcul, dès la fin des années 1980, et la même chute, en lecture, à la fin des années 1990 .

L'une d'entre elles, menée par le CEDRE ( Cycle des évaluations disciplinaires réalisées sur échantillon ), pointe par exemple " l'affaiblissement de l'assimilation par les élèves d'une culture historique et géographique qu'on ne saurait expliquer par les changements de programme ", ce qui signifie, en termes non technocratiques, que la part des élèves qui ne savent rien en histoire et géographie, c'est à dire, ceux qui " ont du mal à interpréter des informations auxquelles ils ne peuvent donner sens ", s'est accrue de presque 20%, en quelques années .

Regrettons que le Ministère se refuse à incriminer, même pour une partie, les changements frénétiques de programmes, qui agite en permanence, sa bureaucratie .

Dans le même temps, le Ministère reconnaît que " la proportion d'élèves, dans le groupe de niveau le plus élevé, est passée de 10% à 6% " , ces résultats étant imputés à la non maîtrise de la lecture .

Un rapport de l'Inspection Générale de 2013, enfonçait le clou, soulignant que le sabordage de la formation des maîtres, avait entraîné une aggravation de la situation, " la majorité des maîtres ne disposant plus des cadres théoriques minimaux, qui leur permettaient d'être lucides quant à leurs pratiques " .

Complétons le constat avec ces mots du mathématicien Cédric Villani ( Médaille Fields ), " En maths, les horaires ont été réduits, les programmes se sont vidés et les exigences de démonstration sont moins fortes " .

Pendant des années le Ministère a tenté de masquer toutes ces dérives : de la très euphémisante " harmonisation des notes " au baccalauréat, au glissement du Baccalauréat Professionnel en baccalauréat général ; de la suppression des redoublements en fin de 6e, de 4e ou de 1e, qui remonte maintenant à une dizaine d'années et qui a fait diminuer ces derniers de 180 000 à 70 000, au collège, à une orientation en Lycée professionnel, après la 3e, au forceps, en supprimant les commissions d'affectation pour y substituer une affectation par informatique, totalement absurde .

Mais tous ces subterfuges ne suffisant plus, on passe, avec Mme Vallaud Belkacem, à l'étape suivante : l'éradication de toutes les aspérités qui gênent, en vue de créer " un consensus lisse ", son rêve .

Eradication de la note de 0 à 20 ; suppression généralisée de tous les redoublements ( 1Md d'€ d'économies, pour faire plaisir à M. le Président ) ; marginalisation de " l'écriture manuscrite longue ( plus de 10 lignes ), l'effort d'écriture rebutant les élèves, on doit le leur épargner ... " ; interdiction de faire lire les élèves, à haute voix, en classe, afin de ne pas les humilier qui rejoint, celle plus ancienne, du " par cœur " qui n'était qu'un exercice niais, puisque ne sollicitant que la mémoire, comme si la mémoire n'était qu'un outil très subalterne de l'intelligence . etc ...

Mais, l'escamotage des mauvais résultats va être illuminé par une trouvaille de génie : " le miracle numérique " . La Ministre a atteint l'extase quand elle nous a annoncé ( après une déclaration présidentielle, en conférence de presse ) : " Nous allons faire entrer l'école dans l'ère du numérique, une opportunité fantastique pour réduire les fractures sociales, scolaires et culturelles " . Pensée magique ! Le dixième plan numérique, depuis celui de Laurent Fabius, en 1985, et ses célèbres " MO5 ", qui sauva l'entreprise Thomson de la faillite .

En 2016, on distribuera dans les collèges, une tablette aux 800 000 élèves de cinquième . Et, tant pis, si à peine la moitié des professeurs y croient, bien placés pour savoir que si la technologie peut faciliter le travail des élèves et des enseignants, elle ne remplacera pas l'acquisition des bases qui se dégrade du fait de la réduction des temps d'apprentissage . Eux savent que les écrans n'ont d'utilité qu'une fois les apprentissages de base acquis, pour bien savoir s'en servir .

Mme la Ministre, soyons sérieux : " Ce qui ne marche pas sur le papier ne marchera pas mieux sur les tablettes " !

Et si l'on se demandait pourquoi les grands pontes d'Apple, Google ou Yahoo prennent soin de mettre leurs enfants dans des écoles déconnectées, n'utilisant que tableaux, livres, cahiers et crayons, nous apprend la presse américaine ?

Et puis, Mme la Ministre, si l'on redonnait du courage à tous ces enseignants de l'école primaire ? Ils sont les moins bien payés d'Europe, leur pouvoir d'achat a chuté de 40% depuis 1981, leurs salaires sont gelés depuis quatre ans .

Ne voyez-vous pas ce qu'il vous reste à faire ?

NB : A partir de l'article de Marianne ( No 921 du 12 décembre 2014 ), " L'école en échec scolaire ", de Eric Conan, Vladimir de Gmeline et Hervé Nathan .

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Published by regain2012 - dans éducation
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