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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 15:34
courrierinternational.com  .

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" Il y a pire que d'avoir des mauvaises pensées, c'est d'avoir une pensée toute faite " ( Péguy ) .

" Le point commun des crises économiques, du point de vue de l'immigration, c'est qu'elles représentent des phases de stabilisation des communautés étrangères . Celles-ci entraînent à chaque fois une prise de conscience du caractère irréversible de l'implantation de nouveaux venus . Avec l'augmentation du nombre de femmes et d'enfants, l'enracinement est à l'origine d'une nouvelle visibilité dans l'entreprise, dans le quartier, à l'école, à l'hôpital ... d'autant plus que, du point de vue professionnel, la stabilisation tend à rapprocher le travailleurs immigrés des " normes nationales " ( aujourd'hui, en 2014, 63% des immigrés sont des diplômés ) . On a là l'une des principales clés pour comprendre l'autre grande constante des périodes de crise : la xénophobie dont sont victimes les étrangers et les violences qui s'abattent par prédilection, sur les derniers arrivés .. ", nous explique l'historien Gérard Noiriel .

Et le phénomène ne date pas d'hier . " Du mois d'avril au mois de juin 1848 ( débuts de la IIe République ), les manifestations hostiles aux ouvriers belges devinrent quotidiennes dans le Nord ; il s'agissait tantôt d'agressions contre des groupes regagnant la Belgique, tantôt d'expéditions en bandes pour se saisir des " Flamands " répartis entre Tourcoing et Halluin et les reconduire à la frontière, et toujours de coalitions obtenant l'expulsion de travailleurs belges ( le 18 mai 1848, sur le chantier du chemin de fer à Armentières, ou le 20 mai à Lille ... ( d'après le géographe Firmin Lentacker, 1974, " La frontière franco-belge " )

Dans l'Ouest ce sont les ouvriers qualifiés anglais en train de construire le chemin de fer, qui affrontent l'hostilité des autochtones ; à Paris , les artisans allemands ; sur tous les chantiers de travaux public disséminés à travers le territoire national, on retrouve les mêmes tensions .

Lors de la crise économique des années 1890, la violence xénophobe va atteindre une intensité inouïe . Ce sont à nouveau les travailleurs belges qui vont constituer une cible privilégiée . " En 1892, à Drocourt, dans le Pas-de-Calais, où ils représentent 75% de la main-d'œuvre employée dans les mines locales, ils sont victimes d'une mobilisation collective inégalée, pour obtenir leur départ . " Les trains arrivaient en Belgique, bondés de familles misérables, ayant tout perdu, posant des problèmes de logement très difficiles ", ( Alain Dantoing, historien belge, 1974 ) .

Jusqu'à la Première Guerre mondiale le Nord est le théâtre de scènes xénophobes régulières : rixes mortelles et chasses à l'homme dans les rues de Liévin et de Lens, en 1901 ; furie collective menaçant la colonie belge de Montigny-en-Gohelle, en 1910 ( F. Lentacker ) . Malgré toutes ces menaces, l'ancienneté et l'ampleur de l'immigration belge favorisent l'intégration de cette population et " les vents mauvais de la xénophobie ", à la fin du XIXe s. , vont commencer à souffler dans le Sud avec l'arrivée massive des " nouveaux invités " : les Italiens . " La dernière décennie du siècle coûte à la communauté transalpine plus de vingt morts, à la suite de manifestations qui se transforment très vite en mouvements populaires de plusieurs milliers de personnes ", écrit l'historienne Michelle Perrot .

Les scènes xénophobes se renouvellent d'année en année jusqu'à la veille de la Première Guerre Mondiale . Trois " grandes chasses à l'homme " vont traumatiser la communauté italienne, à la fin du XIXe s.

Marseille, en 1881 : " De véritables scènes d'émeutes ont lieu dans les rues de la ville pendant plusieurs jours ", écrit Le Petit Marseillais , des rixes ont lieu entre Français et Italiens en plusieurs points de la ville . A cinq heures trente du matin, au moment où les ouvriers se réunissent sur le cours Belsunce, pour se faire embaucher, des troupes de jeunes gens commencent la chasse aux Italiens, les huant, leur administrant des coups, les poursuivant en leur ordonnant de crier : " Vive la république ", raconte le journal . Des centaines de Piémontais quittent Marseille, en quelques jours .

Lyon, en juin 1894 : nouvelles émeutes à la suite de l'assassinat du Président Carnot, par un Italien .

Le paroxysme de la haine sera atteint en 1893, à Aigues-Mortes . Après des rixes entre ouvriers des salines, trois cents personnes munies de bâtons, pelles et branches d'arbres s'en prennent aux travailleurs transalpins . Pendant la nuit, des bandes déchaînées rameutent la population au son du tambour . Un convoi de 80 travailleurs italiens protégé par la gendarmerie, est pris à partie par les émeutiers munis de fusils, faisant de nombreux morts, les blessés sont achevés à coups de bâtons . Les jours suivants, la population locale n'en a pas encore assez et ratisse la campagne, les vignes, les marais . Un journaliste du " Times " présent sur les lieux donne le bilan suivant : 50 morts et 150 blessés .

Dans le reste du pays, les Tsiganes, dont beaucoup sont français, ne seront pas épargnés . En 1895, à Toulouse, à la suite d'un bal populaire, quatre mille manifestants, sous les " hourra " des Toulousains, se rendent dans le quartier Saint-Cyprien, où vivent les Bohémiens et brûlent et pillent de nombreuses maisons .

Dans l'entre- deux- guerres, avec la crise des années trente, les violences reprennent .En 1923, puis en 1931, dans le Nord , les bagarres se répètent entre grévistes français et non-grévistes belges, molestés et bombardés de pierres et de briques, certains étant jetés dans les canaux, ou entre mineurs espagnols grévistes et mineurs français non-grévistes .

En 1934, à Lyon, une altercation entre Français et Marocains fait un mort et deux blessés graves . En 1938, un contremaître polonais est assassiné par cinq ouvriers français .

A la même période, à Valence, des agressions ont lieu, pour les mêmes raisons entre ouvriers français et manœuvres arméniens .

Nous n'insisterons pas sur la période récente . Rappelons simplement l'épisode de " l'été rouge " de Marseille, en 1977, qui fit quinze victimes, dans la communauté algérienne, contraignant le gouvernement à bloquer momentanément les entrées d'Algériens en France .

On peut ajouter à ces évènements, le processus de " dénonciation " des étrangers, à travers les nombreuses lettres reçues par les préfets et le Ministère de l'Intérieur, conservées dans les archives publiques .

" Seule l'histoire peut permettre de dégager des lois sur les questions d'immigration ; c'est donc sur cette discipline qu'il faut s'appuyer pour bâtir une nouvelle politique de l'immigration ... ", c'est ce que nous apprend le sociologue, historien et géographe français André Siegfried .

NB : source : " Le creuset français ", de Gérard Noiriel, Seuil, 1988 .

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Published by regain2012 - dans Société
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