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27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 14:24

(1) . " Que ma joie demeure " : Jean Giono, 1936 .

" On ne peut pas le faire pour tout le monde, mais on va le faire pour nous . On servira peut-être d'exemple ... " ( Jean Giono, Que ma joie demeure ) .

Deux informations qui s'entrechoquent !

Le rapport " Planète vivante 2010 " de l'organisation écologique WWF ( Fonds Mondial pour la Nature ) est accablant . L'humanité utilise désormais l'équivalent d'une planète et demie pour subvenir à ses besoins, principalement en raison de la surconsommation des pays riches . La diminution de la biodiversité a été de 30% entre 1970 et 2007, et de 60% dans les zones tropicales . Les 34 pays de l'OCDE représentent à eux seuls 37% de l'empreinte écologique de l'humanité . En 2030, nous consommerons l'équivalent de deux planètes .

Si chaque habitant de la planète vivait comme un habitant moyen des Etats-Unis ou des Emirats Arabes Unis, nous consommerions 45 planètes ; si chaque habitant vivait comme un Indien moyen, nous ne consommerions que 0,5 de la bio-capacité de la terre .

Hier c'était le " Boxing Day ", la journée des soldes monstres en Grande- Bretagne . Le seul magasin " Selfridges " attendait 150 000 acheteurs . Dès l'aube, 4000 consommateurs attendaient l'ouverture, à 9 heures, du magasin qui leur fit distribuer couvertures et boissons chaudes . Dès la première heure d'ouverture, ce dernier affichait deux cents millions d'euros de ventes .

Des kilomètres de files d'attente, des centaines de milliers d'acheteurs, venus du monde entier : c'est cela le " boxing day " .

En 2014, le chiffre d'affaires du commerce de détail, au Royaume-Uni, aura atteint, et ce malgré la crise économique, 436 Mds d'€, presque deux fois le budget de la France .

Le triomphe de la société du désir, permissive, sans freins, trop banalement appelée " société de consommation " .

Alors je me suis pris à rêver à la grande utopie contée par Jean Giono dans son roman " Que ma joie demeure " .

Bobi, le saltimbanque, l'acrobate, apparaît, par une belle nuit étoilée dans la vie des paysans du plateau Grémone . Il vient apporter aux hommes malades de la " lèpre " - l'ennui, l'égoïsme, la solitude - la force d'une parole nouvelle . Il vient leur proposer " une quête collective de joie ", un idéal, un accomplissement da la vie individuelle et sociale dans l'équilibre naturel et dans la paix .

Le plateau Grémone, territoire secret, lieu indéterminé, séparé du reste du monde , par des falaises et des forêts profondes, vaste désert de montagnes : quelques fermes isolées et une vingtaine d'habitants .

Le projet utopique de Bobi suppose une remise en cause radicale de la mentalité paysanne traditionnelle . C'est ainsi que la question du travail se trouve nécessairement posée, d'emblée, puisque le travail est au centre de l'univers paysan et qu'il conditionne l'ensemble des relations que l'individu y entretient avec les autres et avec la nature .

Le projet de Bobi se fonde sur deux principes d'égale importance : la création d'une communauté paysanne et la diminution du rôle et du pouvoir de l'argent .

Il faut commencer par la réunion des hommes jadis séparés : leur réapprendre à se parler, à se prêter leurs bêtes et leurs outils, à échanger le fruit de leur travail .

La réimplantation du cerf dans la forêt, acheté en commun, puis des biches qui accompagneront le mâle, servit beaucoup aux rapprochements qui se concrétisent, un matin, devant " le grand pré de Carle ", qu'il fallait faucher d'urgence parce que le temps pressait : " Ils n'avaient même pas fait une réflexion . Ils étaient tous venus avec leurs faux toutes prêtes et ils étaient là, alignés " .

Mais Bobi veut aussi s'attaquer à l'âme même de l'économie traditionnelle : " l'argent " ! L'argent, le contraire de l'amour, le germe de la " lèpre " . Comme le dit Jourdan, le paysan chez qui Bobi s'est installé : " je suis beaucoup malade parce que j'ai beaucoup d'argent " .

Oh ! Il ne s'agit pas de supprimer l'argent, c'est impossible, mais de réduire son rôle au minimum . Et Bobi va enseigner aux paysans comment supprimer " la partie du travail qui est perdue ", c'est à dire ce qui n'est pas nécessaire à la subsistance immédiate - au pain et aux semences des semailles suivantes - . Ce qui reste, c'est le travail en trop, le travail perdu converti en argent stérile qui dort, inutile et même néfaste, puisqu'il isole et détruit celui qui l'amasse .

Et pour supprimer cette part stérile de soi-même, il faut réduire la part de travail fourni : " il faut rétrécir les champs ", semer moins, récolter moins .

La diminution des surfaces cultivées s'accompagne de la réduction du travail nécessaire, le travail devient moins pénible : les soirs de moisson, les paysans sont étonnés d'être moins fatigués que ce qu'ils étaient d'habitude .

C'est le " bon travail " du plateau, complètement opposé au " mauvais travail " des ouvriers agricoles d'en bas, dans les grandes plaine de la vallée de Roume .

En haut, un travail lent, libre, à la mesure de l'homme, accordé à ses besoins, à ses forces ; en bas, pour la foule des ouvriers venus louer leurs bras, sous la surveillance des contremaîtres, la peine, la douleur, l'humiliation, l'inhumanité d'un travail forcené, soumis aux impératifs du rendement et de la concurrence .

Sur le plateau, les paysans sèment pour eux, dans la plaine, " ils ne sèment pas pour eux, on pourrait même dire qu'ils sèment contre eux " . On peut même aller plus loin et dire qu'ils sèment doublement contre eux, d'abord parce que leur travail est un enfer, ensuite parce que l'agriculture industrielle fait baisser les prix, et que ces ouvriers, qui ont aussi leurs propres terres, travaillent contre leurs propres intérêts, en faisant baisser le prix de leur propre blé .

Absurdité, immoralité d'un système économique fondé sur l'accaparement des richesses par un petit nombre, forçant les plus nombreux et les plus faibles à travailler contre eux, explique Bobi aux derniers hommes libres du plateau Grémone .

Le couronnement de l'entreprise sera atteint quand le travail " triste " aura disparu et que l'équation utopique travail-liberté-plaisir sera totalement réalisée .

Mais Bobi va disparaître, foudroyé dans un violent orage ... Les paysans de Grémone ne croiront jamais à sa mort mais une partie de l'entreprise de Bobi connaîtra l'échec . Et c'est Marthe, la femme de Jourdan qui en comprendra le mieux, les raisons : cet échec était rendu inévitable par l'irréductible égoïsme de l'espèce humaine, ses inquiétudes, ses intérêts qui la séparent du reste du monde .

Qui choisir ? Bobi, le poète du plateau de Grémone, l'homme du sensible et de l'image et non pas de l'idée, ou le PDG des magasins " Selfridges " ?

poete-du-desert.allmyblog.com

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Published by regain2012 - dans Société
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