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6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 14:00

" Le libéralisme en France, à partir de la Libération, s'est développé maximalement selon le développement contradictoire du profit : oppressif sur le producteur, permissif sur le consommateur . Toute une métamorphose de la société française qui lui a permis d'accéder à son hégémonie " . ( Michel Clouscard ) .

Le principe constitutif de toute société est la mise en relation de la production et de la consommation .

"Mais - nous autres civilisations -, ne voulons pas savoir que nous vivons de cette éternelle et prosaïque relation " . Pourtant, sans cette mise en relation dialectique et historique, aucune identification des enjeux, du jeu de l'éthique et du jeu politique, aucune philosophie politique, ne sont possibles .

La société libérale de l'après guerre se caractérise par une évolution, d'une société de rareté - voire de restrictions - à une société dite d'abondance, " la société de consommation ", expression qui nécessitera, cependant bien des clarifications ; d'une société de produits peu nombreux, donc d'une consommation sélective, à une production en série, grâce à l'industrie légère, et donc à une consommation de masse .

C'est l'apparition d'un tout nouveau et immense marché pour d'énormes et illimités profits, mais qui implique une toute nouvelle organisation du travail, pour répondre à la demande et pour la susciter .

Le capitalisme se fonde et se développe à partir de deux sources de profit : l'une est l'exploitation du producteur ( l'ouvrier ), en vue de " l'extorsion de la plus-value ", l'autre est le profit sur le consommateur . La société de consommation ne peut donc être qu'un phénomène de développement maximal du profit, qui s'accomplit par le dédoublement de celui-ci, la double exploitation de l'ouvrier, du travailleur, du producteur et du marché, l'économique poussé jusqu'à ses dernières limites : aucune possibilité de profit ne doit échapper à son exploitation . C'est pourquoi, nous pouvons affirmer, en toute rationalité, que le développement social s'identifiera au développement économique .

C'est là qu'apparaît la dualité constitutive de l'idéologie libérale : le processus de production et le processus de consommation ne peuvent s'organiser que selon des modalités différentes, puis opposées, car les cibles sont différentes : producteur/ consommateur . Cela donnera, la nouvelle contradiction de l'économie politique libérale : " une production répressive, une consommation permissive " .

Le libéralisme va se déployer, alors, selon trois axes : d'abord, l'oppression économique qui va porter sur la classe ouvrière et les travailleurs en général ( extorsion de la plus-value ) ; ensuite, la consommation permissive qui se diffusera dans un nouveau corps social engendré par le développement d'un nouveau système des métiers : les nouvelles couches moyennes - non parties prenantes de la production - et cibles de la consommation ; enfin, la mise en place du système politique à même de gérer le fonctionnement de la nouvelle contradiction, nécessaire au bon fonctionnement du capitalisme .

Toute une politique politicienne se mettra en place avec pour objectifs, la liquidation du Programme du Conseil National de la Résistance, d'abord, puis la mise en place du " consensus politicien de l'alternance politique ", entre Centre-droit et Centre-gauche . ( Nous laisserons, à chacun, le choix de son incarnation ) .

Pour l'idéologie dominante, le souci aura été de camoufler la contradiction constitutive du système, par l'élaboration d'une sémiologie adaptée : images de l'abondance contre la figure de " l'exclu " ; l'exclu servant à cacher la pauvreté du producteur et donc de l'oppression qu'il subit .

Pour maîtriser l'éconmie libérale il faut contrôler, réduire, abattre ce qui nuit à son développement : les forces productives traditionnelles, celles qui ont fait la Nation, la République, le Modèle français . Il faut les atteindre, non seulement en leurs représentations, mais dans leur être, leur essence .

La classe ouvrière d'abord, la paysannerie ensuite, les forces productives élémentaires ( le primaire et le secondaire de nos livres d'école ), dans leur existence même, à coups de délocalisations et d'agriculture intensive ou productiviste .

On commencera donc par éliminer, au nom du progrès, les métiers jugés non rentables . ( Pour qui, est-on en droit de se demander ? ) .

C'est " l'épuration économique ", le démantèlement , auquel nous assistons depuis plusieurs décennies, de la classe ouvrière et des forces productives en général : artisans, travailleurs indépendants, petits patrons, dans les secteurs des industries de base, comme des petits commerçants et des services de proximité , dans le tertiaire .

On fait le vide !

On élimine l'adversaire par l'élimination de son métier, de ses moyens d'existence, de son environnement afin d'en réduire le nombre à un noyau complètement dépendant et soumis aux impératifs financiers et bancaires d'une économie mondialisée .

Nous sommes loin du discours porté par les idéologues du libéralisme " d'une intégration de la classe des producteurs dans la société de consommation ".

Ce long glissement de paupérisation de la classe ouvrière et des travailleurs peut se lire, très aisément, en termes concrets et historiques, selon six figures .

  • Déplacement de population, des centres villes vers les banlieues, qui favorise la spoliation par la spéculation foncière, et sur des territoires que l'on veut dédier aux loisirs .
  • Spéculation sur l'installation dans les territoires dédiés au travail ( HLM, transports en commun, écoles ... ) de cette population déplacée .
  • Exploitation productiviste par les cadences infernales et la parcellisation extrême du travail .
  • Double exploitation par la vente des biens d'équipement, grâce au crédit à la consommation .
  • Développement de la précarité et du chômage pour peser sur les salaires .
  • L'austérité sur les biens de première nécessité, dès que la crise frappe .

L'image des " Trente glorieuses " fut une invention à la gloire du libéralisme : les ouvriers " dansaient " devant leurs biens d'équipement reluisants . Aujourd'hui, le triomphe du libéralisme étant consommé, ils dansent encore, certes, mais c'est " devant leur buffet " .( 1) .

(1) Au XVIe s., danser, se disait aussi " fringaler " .

NB : D'après l'essai de Michel Clouscard , " Les métamorphoses de la lutte des classes ", Ed . Le temps des cerises, 1996 .

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Published by regain2012 - dans philosophie
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