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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 13:26

" Que dire de ces tentatives d'organisation du travail, de ces déclarations que l'Etat doit la subsistance, le bien-être, l'éducation à tous les citoyens ; qu'il doit être généreux, charitable, présent à tout, dévoué à tous ; que sa mission est d'allaiter l'enfance, d'instruire la jeunesse, d'assurer du travail aux forts, de donner des retraites aux faibles ... fournir des baumes à toutes les plaies, des asiles à toutes les infortunes et même fournir des secours et du sang français à tous les opprimés sur la surface du globe ... Par la loi et par la taxe " . ( Frédéric Bastiat, idéologue du libéralisme, article " Justice et fraternité ", en réponse aux idées socialistes , dans le Journal des Economistes, 15 juin 1848 ) .

La seule nécessité recevable, dans la société libérale, est celle de ne pas nuire à autrui . C'est là que les ennuis du libéralisme politique commencent, disions-nous, hier, en libérant une multitude de questions, qu'il s'adresse à lui-même, et auxquelles les réponses sont loin d'être évidentes .

Par exemple, peut-on empêcher un individu de se nuire à lui-même, et donc dépénaliser l'usage des drogues ou l'autoriser à refuser tel ou tel soin, comme le revendiquent certaines sectes ? Peut-on interdire à un individu de décider lui-même du jour et de l'heure de sa mort, et refuser le droit à l'euthanasie ? Peut-on refuser à un individu adulte le droit de disparaître et d'échapper à la vigilance d'une société ? Doit-on autoriser des parents à refuser l'obligation d'éducation due à leurs enfants ou les vaccinations obligatoires chargées de les protéger ? Doit-on interdire l'usage du tabac, qui rapporte tant aux caisses d'un Etat et aux multinationales, qui demain, attaqueront un état qui aura osé prononcer une telle interdiction ? Complexe !

Si l'on se place sur le plan des relations humaines, sur quelle base décider que le fait de critiquer, ou de tourner en dérision, une religion, ne nuit pas à la liberté des croyants ? A l'inverse, les enseignements de telle ou telle religion sur le statut de la femme ou la nature de l'homosexualité ne portent-ils pas atteinte aux droits des minorités ?

L'exercice de la parole raciste et antisémite peut-il être permis dans une société libérale ? Les EEUU ont fait le choix de ne rien interdire, la France s'est dotée de lois pour poursuivre ce qu'elle considère comme un délit .

Examinons le cas emblématique de la prostitution . Si le seul critère permettant de départager les actes licites ou les actes illicites, est le consentement des individus , de quel droit prétendre ensuite que, si la prostitution est pratiquée volontairement, elle ne saurait être un métier comme un autre .

Le juriste libéral, Daniel Borillo, évacuant la critique de la marchandisation du corps, parce qu'elle est fondée sur un principe philosophique, dit-il, tente de clarifier ce point, ainsi : " L'Etat n'a pas à promouvoir une morale sexuelle spécifique, sous peine de devenir lui-même immoral . La personne adulte est la seule capable de déterminer ce qui lui convient ... " . L'analyse juridique peut apparaître comme imparable, et d'ailleurs a donné une assise juridique puissante à certains mouvements féministes, si l'on tient toujours pour sacrés les dogmes fondateurs du libéralisme .

L'on peut étendre ce mode de raisonnement minimaliste à toutes les revendications possibles et imaginables : le rapport aux armes à feu, dans la culture nord-américaine, illustre parfaitement ces contradictions .

Devant tant de questions, multipliables à l'infini, le Droit libéral est obligatoirement en grande difficulté . Amené à s'interdire, pour motiver ses arbitrages, de prendre appui sur des conceptions métaphysiques ou philosophiques, que ce soit le salut de l'âme, la décence commune ou la dignité humaine, il devient inévitable, et ce du fait de l'évolution perpétuelle des mœurs, étroitement corrélée aux avancées technologiques, que ce Droit se retrouve confronté à un nombre croissant de problèmes de société, manifestement impossibles à résoudre de façon cohérente, dans le cadre strictement technique qu'il s'est lui-même assigné .

La pente logique ne peut être que de s'engager progressivement dans la voie d'une régularisation massive de tous les comportements possibles et imaginables . Ce processus étant largement entamé .

Mais un autre danger guette la société libérale . Il est à prévoir que dans le cadre de la dérégulation générale des comportements, il se trouvera toujours d'autres individus - ou associations d'individus - pour estimer que chacune de ces nouvelles " avancées du droit ", porte atteinte à leur propre liberté et vient nuire à leur sensibilité et à leur estime de soi ( désormais partie intégrante de leur liberté selon les adeptes du psychologisme ) .

A terme, il deviendra inévitable que le processus d'extension infinie des droits individuels ( libéralisation des mœurs ) ne déclenche, sous l'effet de la tension " provocation/ raidissement ", l'apparition de conflits de nature nouvelle, qui se mèneront devant les tribunaux, par avocats interposés - ces nouveaux soldats de métier - comme nous le rappelle la moindre série télévisée américaine .

La neutralité du droit libéral le prive de tout appui philosophique pour trancher entre tant de prétentions contradictoires, il ne lui restera donc que l'attitude passive de l'institution qui se contente d'enregistrer la variation incessante des rapports de force qui peuvent travailler l'opinion et la société .

Dans un tel cadre, c'est un climat étrange qui attend la société à la faveur de croisades juridiques toujours plus nombreuses et sans fin : plaisirs troubles de la délation, surveillance généralisée des uns par les autres, multiplication des censures, des contrôles et des interdits .

Et la boucle est bouclée ! C'est au nom de la théorie du Droit et de la Liberté, que le besoin forcené de légaliser, d'exclure et d'interdire s'est développé, ne s'accordant plus de limites . Les premiers socialistes avaient bien entrevu cela quand ils dénonçaient un Etat de Droit, certes, mais privé de tout contenu humain .

NB : Réf . " L'empire du moindre mal ", J.C. Michéa . Champsessais, Ed .

Cour constitutionnelle de Karlsruhe  .  polemia.com

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Published by regain2012 - dans philosophie
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