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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 10:38

" Le néofascisme sera l'ultime expression du libéralisme social-libertaire, de cet ensemble qui commence en Mai 68 " . ( Michel Clouscard ) .

Le néofascisme n'est pas la tyrannie caractéristique de temps encore proches, le néofascisme est à prendre dans le sens qu'Hannah Arendt donne au totalitarisme : " Le régime totalitaire est porteur d'une vision du monde qui lui permet de prendre possession de l'homme dans sa totalité " .

L'exploitation et le développement maximal de la contradiction constitutive du libéralisme nous conduisent au libéralisme absolu, terminal . Ce dernier, grâce au développement simultané de deux marchés : le marché traditionnel et le marché du désir, et du plaisir, a réalisé, avec une habileté exceptionnelle, la double exploitation de l'homme, la double économie, celle " du diurne et du nocturne, du licite et de l'interdit ", explique Michel Clouscard : la terreur économique et la permissivité des mœurs .

Mieux encore : je ne suis plus un exploité, je m'exploite moi-même à travers mon addiction à la consommation, au besoin d'assouvir mes désirs, créés par d'autres, tout de même, Microsoft, Apple, portables et autres tablettes supposées interactives .

A partir de là, le marché est virtuellement infini dans la mesure où la gestion libérale-libertaire accapare tout à la fois le principe de réalité et le principe de plaisir , dualité propre à l'ultralibéralisme sauvage .

Cependant cette dualité fonctionnelle, cette complémentarité opérationnelle, n'ont pas été véritablement théorisées par le néolibéralisme . C'est ainsi que le nouveau marché du désir, de l'interdit, du nocturne, a bousculé et déstabilise, encore aujourd'hui, le marché officiel, légal, juridique, selon trois déterminants capitaux : il lui adjoint un nouveau système de profits, il lui sert de vitrine publicitaire, il lui a injecté clandestinement d'énormes capitaux .

Certes, grâce à ce deuxième marché, la première économie, en crise, résiste provisoirement , aidée par une nouvelle structuration de la conscience humaine selon la contradiction libéral-libertaire .

D'une société organisée selon la dualité conflictuelle : classe ouvrière exploitée, bourgeoisie consommatrice, ( les uns produisent sans jouir, les autres jouissent sans produire ), nous sommes passés, grâce à l'importante augmentation des classes moyennes - quoique plus souvent populaires que moyennes - à une société où le conflit a migré dans les têtes, où la lutte des classes a été intériorisée, ( le salarié épargnant, le retraité actionnaire ), dédoublement schizophrénique qui nous vaut la nouvelle structure de la conscience et de l'inconscient . Ce sont les mêmes, aujourd'hui, qui tantôt travaillent - quand il y a du travail - tantôt consomment .

Michel Clouscard traduit cela dans une jolie image : " Tantôt esclaves, tantôt maîtres du monde " . Si l'on voulait résumer le nouveau paradigme : " Pour jouir, je m'exploite, moi-même " . Ces maîtres du monde là, restent tout de même un peu corsetés : à toi les lunettes de soleil de marque, mais à l'autre, les vacances à Miami . N'exagérons pas, s'écrie le people, enfant bâtard du système .

Nous disions que le système avait insuffisamment théorisé ses contradictions . Cet oubli tient dans une formule : " Tout est permis, mais rien n'est possible ! " . Le libéralisme social- libertaire croyait à la fin des crises, grâce au miraculeux consensus de Mai 68, permissivité suscitant l'abondance, consommation du plaisir générant la croissance, mais, horreur, le système, par nature trop cupide, persiste à produire des crises . Et voilà que, au " tout est permis " succèdent les interdits, la pénurie, la paupérisation absolue de la crise .

Comme deux plaques tectoniques qui se heurteraient dans nos têtes, la collision de ces deux moments historiques, créent dans nos esprits une effervescence qui va accoucher " de frustrés revanchards " et des conditions subjectives à l'apparition d'un néofascisme ?

Et le livre ouvert en Mai 1968 pourra être refermé !

NB : à partir de l'article de Michel Clouscard , " les trente honteuses " , journal l'Humanité du 30 avril 2002 .

 Mai 68, pour quoi faire ? ( II ) .

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Published by regain2012 - dans histoire
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