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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 14:14

" Les hommes ne sont, par nature, libres, que pour le mal " , ( Luther, Thèses de 1517 ) .

Si, selon l'idéologie libérale, le désir de soumettre la conduite des hommes à un idéal moral, tenu pour universalisable, est bien le crime de tous les crimes, il s'avèrera impossible de prétendre instituer la tranquillité et la paix civiles sans avoir au préalable neutralisé toutes les forces de la tentation morale , que ces forces soient religieuses ou autres .

Etre moderne , c'est donc être convaincu que l'on résout le problème, d'une part en engageant " la désinstallation " de toutes les figures traditionnelles de l'autorité politique et de l'autre le placement progressif de l'existence collective des individus sous le contrôle de mécanismes impersonnels et idéologiquement " neutres ", mécanismes dont le libre jeu produira automatiquement tout l'ordre politique souhaitable, sans que jamais les individus sujets ( les citoyens ) n'aient à être convoqués, en tant que tels .

Deux mécanismes, auxquels l'ordre libéral octroie, le paradoxe mérite d'être souligné, une propriété providentielle, une sorte de " Grâce ", les horlogeries parallèles du Marché et du Droit .

Les deux versants d'un même mont : le droit de faire tout ce qui n'est pas interdit par la loi ( Montesquieu ), et de façon plus discrète, le droit de faire tout ce qui ne contrevient pas au marché .

Cependant, afin que la société machine puisse atteindre son rendement optimal, c'est à dire pour que les horlogeries du Marché et du Droit soient réellement à même de produire tous les équilibres que la théorie en attend, il est nécessaire d'en protéger en permanence le fonctionnement, et particulièrement des interventions arbitraires qui pourraient en perturber la logique . Il est donc fondamental pour l'ordre libéral de veiller soigneusement, et en permanence, que l'exercice du pouvoir politique reste en permanence à l'abri du parasitage de considérations morales, religieuses ou éthiques .

Et une nouvelle fois, le libéralisme, est confronté à un paradoxe, eu égard au principe de l'Etat minimal . Il doit en effet se ménager le droit d'intervenir sur la société civile chaque fois que les conditions du " laissez-faire " - donc de la liberté - sont mises en danger .

Finalement, c'est souvent qu'il est conduit à devoir briser les résistances culturelles au changement, les archaïsmes de la tradition, ou pire, les " injustes " avantages acquis des luttes ouvrières passées .

Cette action permanente est menée par la Justice, instrument du Droit, au nom de la cohérence de la théorie, aux membres de la société, l'obligation de n'avoir à faire qu'un minimum de choses en commun : comme le soulignait souvent Adam Smith, une société dont les rouages fonctionnent d'autant mieux que chaque individu a renoncé au travail sur soi-même de recherche d'un idéal de perfectionnement moral ou religieux, préférant à une existence " sacrificielle ", une existence " artificielle ", la poursuite plus tranquille de ses intérêts bien compris .

Le Droit libéral qui s'interdit de ne jamais prendre appui sur un jugement de valeurs afin de ne pas réintroduire dans l'existence collective les partis pris idéologiques, sources de violence, ne peut donc être qu'une rationalité calculatrice et procédurale qui ne peut viser qu'à ramener toujours à l'équilibre le mouvement désordonné de libertés opposées , ce qui engendre la technicisation croissante de " l'industrie juridique ", particulièrement dans les affaires, et dont l'OMC et les nouveaux traités d'échanges, intercontinentaux, sont et seront les prochains avatars .

Quand le juriste libéral Daniel Borillo s'insurge parce que " nous n'avons toujours pas le droit de fouetter notre partenaire, s'il nous le demande " ( Philosophie magazine de mars 2007, page 50 ), deux siècles après la Révolution française, " pratique qui ne fait de tort à personne et ne nuit pas à la santé ",( sic ) s'empresse-t-il d'ajouter, mais qui constitue une atteinte à la liberté individuelle, il dénonce des juges qui s'appuient sur " une étrange notion " celle de la dignité humaine , notion fantaisiste et arbitraire, selon lui , il ouvre un abîme philosophique infini : " le droit de tous sur tout " .

En Allemagne, les défenseurs du libéralisme en sont déjà à discuter du droit d'avoir des rapports " cannibales " entre adultes consentants ( Affaire Bernd Jürgen Brandes ) ou encore du droit au mariage entre frères et sœurs ( l'avocat libéral Endrik Wilhelm plaide l'abolition de l'article 173 du Code pénal qui punit l'inceste, interdit qui n'est qu'une " survivance folklorique de l'Histoire " , déclare-t-il .

C'est un véritable programme d'épuration libérale du Droit qui s'est mis en place, voué à un mouvement sans fin .

Si l'on voulait donner une incarnation à tous ces processus de déconstruction, il suffirait de considérer, parce qu'elle se déploie sous nos yeux, la très mal nommée " Construction Européenne " : d'un côté, un marché commun, un espace où les individus, de cet espace, échangent librement leurs biens et leurs services selon la règle de la libre concurrence non faussée ; de l'autre, un ensemble de règlementations juridiques, un espace de Droit, permettant, d'une part, de protéger cette concurrence, et de l'autre, de garantir à chaque individu, ou chaque association d'individus, le droit de vivre selon sa définition privée de la vie bonne . Autrement dit, une agrégation - pour le moment - pacifique d'individus " abstraits ", à peu près respectueux des lois essentielles, mais supposés n'avoir rien d'autre en commun ( ni langue, ni culture, ni histoire - ni défense - ), sauf un " objectif " - que, d'ailleurs, les économistes libéraux ne parviennent plus à définir : " la Croissance " .

Et le projet ? A-t-on jamais vu un mécanisme d'horlogerie accoucher d'un projet ?

NB : Réf. " L'empire du moindre mal ", J.C. Michéa .

site eligunepigouy.com

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Published by regain2012 - dans philosophie
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