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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 14:59

" Le clivage droite/ gauche ( moderne), tel qu'il en est venu à fonctionner de nos jours, est la clé politique ultime des progrès constants de l'ordre libéral ; il permet, en effet, de placer en permanence, les classes populaires devant une alternative impossible " . ( J.C. Michéa ) .

Les classes populaires aspirent légitimement et avant tout à être protégées contre les effets économiques et sociaux immédiats du libéralisme : licenciements, délocalisations, réformes des retraites, démantèlement de la protection sociale ... Elles se résignent donc parfois à chercher un abri provisoire derrière la gauche, celle qui a rompu, dans les années 1980, le compromis historique qu'elle avait passé avec le mouvement ouvrier socialiste de la fin du XIXe s. Mais il y a un prix à payer : valider toutes les conditions culturelles du système - même celles qui peuvent le plus la heurter - qui engendre ces effets .

Elles peuvent aussi se révolter contre l'apologie permanente des transgressions perpétuelles, mais dans ce cas, en se réfugiant derrière la droite, elles valident le démantèlement systématique de leurs conditions matérielles d'existence, facilité par la culture de la transgression illimitée .

Quel que soit le choix politique des classes populaires , il ne peut leur offrir aucun moyen réel de s'opposer au système qui détruit méthodiquement leur vie : elles sont prises au piège .

Les intellectuels organiques ( selon le concept gramscien ) du libéralisme, conscients des dangers que le sentiment, des classes populaires, d'être exclues du mouvement peut engendrer, ont inventé et proposent cette étrange dialectique qui veut que plus le Marché devient autonome, et bien qu'il déploie ses ravages sur la planète entière, plus le Droit abstrait, et la culture qui l'accompagne, autorisent, à l'inverse, une émancipation réelle du genre humain .

L'un d'eux, le philosophe Jacques Rancière, va beaucoup plus loin, dans son essai " La Haine de la démocratie ", ( La Fabrique, 2005 ) dans lequel il ne s'agit, ni plus ni moins, que de culpabiliser les classes populaires .

La critique du libéralisme est une attitude antidémocratique, qu'il faudrait faire remonter à Platon ( La République, livre VIII, ) - passons très vite sur l'audace philosophique - , car le capitalisme a ses bons et ses mauvais côtés .

La liste habituelle des dénonciations des méfaits du libéralisme , dans laquelle rien ne manque, a le don d'exaspérer le philosophe : " règne du bazar et de sa marchandise bigarrée, égalité du maître et de l'élève, démission de l'autorité, culte de la jeunesse, parité hommes-femmes, droits des minorités, des enfants et des animaux , comme l'individualisme de masse à l'heure des grandes surfaces et de la téléphonie mobile - accessoires modernes de la dénonciation - relèvent de la fable platonicienne de l'âne démocratique ", écrit-il .

Et le philosophe a tôt fait d'extirper une conclusion, en forme de syllogisme gracieux, de cet amalgame osé : puisque le capitalisme n'existait pas encore à Athènes et que Platon n'était pas un démocrate, " la critique des grandes surfaces et de la téléphonie mobile " procède avant tout, sous couvert d'anticapitalisme, d'une haine de la démocratie et de l'aspiration à un monde élitiste , voire totalitaire . C'est l'autre formulation de la rengaine de nos chers éditorialistes appointés : les classes populaires ne se reconnaissent que dans une seule aspiration, le bonapartisme, le chef protecteur .

( Rappelons, en passant, sans volonté aucune de cruauté, que Ségolène Royal, s'inspira beaucoup, pour la campagne des élections présidentielles de 2007, de ce livre ) .

On peut retrouver ce type de rhétorique frelatée, dans d'autres domaines . L'essai de Baudelot et Establet ( Le niveau monte, Seuil, 1989 ), est édifiant : " Plus le capitalisme transforme l'école en fonction de ses seuls critères économiques, plus l'intelligence critique des élèves tend à s'élever, les rendant imperméables à la propagande publicitaire, à l'industrie du divertissement et à la manipulation médiatique ", écrivent-ils .

Les tenants de la psychologie politique, n'hésitent pas, quant à eux, à entonner le refrain sur les déplorations à l'endroit du monde tel qu'il se transforme, qui ne seraient que des constantes de la psychologie humaine .

Le même Jacques Rancière n'hésite pas , afin de rester sur les positions d'homme de la gauche moderne, à utiliser un sophisme, assez inélégant : " La critique de l'individualisme libéral a été initiée par les théoriciens de la contre-révolution, après la Révolution française ... puis relayée par les socialistes utopiques de la première moitié du XIXe s." . Le socialisme originel, vu comme un simple relais de la politique réactionnaire, contre-révolutionnaire !

Toute l'intelligentsia de la gauche moderne est ainsi mobilisée, pour aller plus loin, accélérer le procès, convaincue que le libéralisme vit son moment historique le plus important, les principaux obstacles politiques et culturels à son développement ayant été levés, qu'il peut désormais tourner sur ses propres bases et en fonction de sa seule logique ( l'Union Européenne en est un témoin significatif ), devenant ainsi , ce que d'aucuns n'hésiteront pas à appeler " le libéralisme réel " .

Mais le libéralisme a , comme tant d'autres systèmes, son talon d'Achille, comme le reconnaît l'économiste Ian O. Williamson : " Une confiance fondée sur le seul calcul constitue une contradiction dans les termes " . La simple possibilité pratique d'établir des échanges économiques et des contrats juridiques suppose, entre les individus qui décident de privilégier ces relations particulières, un certain degré de confiance préalable, par conséquent l'existence minimale , chez les différents partenaires, de certaines dispositions psychologiques et culturelles à la loyauté . Comment des individus supposés égoïstes pourraient-ils, d'eux-mêmes, entrer dans le cercle vertueux de la confiance ?

Le développement " illimité " d'un système basé sur le seul intérêt privé, et ayant exclu de son déploiement toute référence aux valeurs communes, comme la confiance, ne peut pas tenir indéfiniment . Et donc , lui est posée la question, majeure pour son avenir, de la " limite " . Mais quelle limite, qui ne pourrait être, au sens essentiel de la théorie, qu'arbitraire, c'est à dire fondée, en dernière instance, sur des préjugés moralisateurs ?

Seules les classes populaires, dépositaires de cet héritage des valeurs humaines, sont à même de définir cette limite, et ce faisant, de se sortir de l'alternative unique, dans laquelle le Droit libéral les a assignées .

NB : Réf. " L'empire du moindre mal , J.C.Michéa, Champsessais .

archives-lepost.huffingtonpost.fr

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Published by regain2012 - dans philosophie
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