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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 21:06

" Pour qu'on puisse ne pas abuser des pouvoirs il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir " ( Montesquieu ) .

( " A la manière des géomètres ", expression de Spinoza ; les géomètres désignant les mathématiciens, les scientifiques en général ) .

Le libéralisme invente la première figure du " plus jamais ça " , ce qui le conduit à la nécessité philosophique, en rupture avec tout ce qui a précédé, de considérer les hommes non pas tels qu'ils devraient être, mais tels qu'ils sont, avec leurs vices et leurs infirmités . Mais pour neutraliser les images du héros vertueux et du dieu détenant le vrai à l'origine des états belliqueux, il est contraint aussitôt, et paradoxalement, de définir ce que les individus devraient être : de bons négociants prosaïques, paisibles et inoffensifs ...

A partir de là, il devient possible de décrire le double mouvement parallèle qui conduit le libéralisme philosophique à proposer, ce qui au XVIIIe s. est encore une utopie : une société rationnelle qui va placer le fondement même de son existence pacifiée dans la seule dynamique de deux structures impersonnelles, le Marché et le Droit .

Il s'agit d'imaginer les mécanismes, les systèmes de poids et contrepoids, sur le modèle des théories physiques de l'équilibre, capables d'engendrer par eux-mêmes tout l'ordre et l'harmonie politiques nécessaires, sans qu'il n'y ait plus lieu de faire appel à la vertu des sujets, source de désordres . Un processus sans sujets, condition de toute société tranquille .

Apparaissent ainsi deux versions parallèles du Libéralisme, le Marché et le Droit, à ne pas séparer, car c'est une nécessité structurelle qui conduit chacune d'elles à rechercher en permanence ses appuis théoriques sur l'autre pour masquer leurs contradictions .

Nous avons donc, devant nous, à l'origine, un tableau philosophique à double entrée . Dans la mesure où le libéralisme politique s'efforce, par définition, d'affronter directement le problème politique moderne, il paraît logique de commencer par lui, si l'on souhaite en développer les principes .

Si la prétention d'un individu ou association d'individus ( les églises ) à détenir la vérité sur le Bien est la source de bien des violences entre les hommes, alors les membres d'une société ne pourront vivre en paix que si le pouvoir chargé d'organiser leur coexistence est philosophiquement neutre, c'est à dire s'il s'abstient, par principe, d'imposer aux individus telle ou telle conception de la vie " bonne " . Dans une société libérale chacun est donc libre d'adopter le style de vie qu'il juge le plus approprié à sa conception du bonheur, sous la seule et unique réserve que ses choix restent compatibles avec la liberté correspondante des autres .

Et c'est cette dernière exigence qui va supposer la présence, au-dessus des individus, d'une instance chargée d'harmoniser les libertés à présent concurrentes, et seule fondée, à ce titre, à en limiter le champ d'action en définissant un certain nombre de règles communes . ( C'est de ce principe originel que naîtront toutes les condamnations assignables aux égarements du libéralisme actuel ) .

Cette instance sera le Droit dont l'Etat, dans cette optique, n'a plus pour fonction essentielle que de garantir l'application effective, ( ce principe condamnant, dès l'origine, l'Etat providence ), condamnation reprise par Benjamin Constant : " Prions l'autorité de rester dans ses limites ; qu'elle se borne à être juste . Nous nous chargerons d'être heureux " .

Quant aux principes censés guider l'exercice du Droit, ce sont les principes de la Justice .

Le Droit en tant qu'instance de régulation suprême doit donc se substituer à toutes les autres : la coutume, la morale, la religion et même, la vertu républicaine . " Il n'a donc plus à se soucier de définir des Idées ", ou à s'exprimer au nom d'une quelconque Vérité .

Nous entrons dans une idéologie de " l'ajustage ", écrit Jean Claude Michéa, bien plus que dans une théorie de la Justice . Comprenons bien !

Il s'agit seulement de mettre au point les combinaisons institutionnelles les plus efficaces, donc de calculer au plus juste le système de poids et contrepoids ( les géomètres de Spinoza ) qui permette de maintenir l'équilibre des libertés rivales, mais en leur imposant le minimum d'exigences .

Une théorie libérale de la Justice n'engage donc jamais, par principe, une réflexion philosophique . Elle se limite au contraire à définir les conditions techniques d'un certain modus vivendi, celui qu'il est nécessaire d'imposer à une multitude de particules en mouvement perpétuel dont on entend réduire, au maximum, les risques de chocs et de collisions, sans plus .

De ce constat, certains n'hésitent pas à parler d'Etat sans idée, d'Etat qui ne pense pas, d'Etat sans valeurs et surtout d'Etat sans idéologie : axiome très couru chez les libéraux, " une pure administration des choses ", écrivait Saint-Simon .

C'est pourtant ici que commencent les ennuis du libéralisme politique . En ne retenant comme critères de fonctionnement que " les exigences de la Liberté elle-même ", critère crucial pour les libéraux, ils vont s'apercevoir , à l'épreuve du temps, que celui-ci se révèle d'un maniement très difficile ...

Mais cela est encore une autre histoire !

NB : d'après " L'empire du moindre mal ", J.C. Michéa, Ed. Champsessais, 2010 .

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Published by regain2012 - dans philosophie
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